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Publié par Paris 8 philo

Spinoza a le premier formulé cette idée capitale : nous ne désirons pas une chose parce quelle est bonne, mais nous la jugeons bonne parce que nous la désirons. Il n'y a donc rien de bon ni de mauvais dans l'absolu, ni Bien ni Mal mais en-deça de notre volonté quelque chose qui en nous désire. Dans le texte qui suit c'est l'Appétit, et en tant que nous le concevons, c'est le Désir. On peut aussi dire que bien avant Maine de Biran, Spinoza articule son système autour de la notion d'effort, l'effort pour persévérer dans son être, sur lequel reviendra Nietzsche, lui qui préfère une persévérance dans le devenir ; le devenir n'étant pas éternel (ou plutôt il faut s'en méfier, car les points d'arrêt comptent et forment des seuils dans l'existence). Aux mois de janvier-février, nous espérons dévellopper un peu plus Spinoza. En attendant pour faire un lien avec les deux articles précédent, voici le passage ou Spinoza introduit de manière centrale la notion de Désir dans la philosophie. Paris8philo

    

    " Proposition IX
     L'Esprit, en tant qu'il a tant des idées claires que des idées confuses, s'efforce de persévérer dans son être pour une certaine durée indéfinie, et  est conscient de cet effort qu'il fait.
   [...] 
 

Scolie

     Cet effort, quand on le rapporte à l'Esprit seul s'appelle Volonté ; mais quand on le rapporte à la fois à l'Esprit et au Corps, on le nomme Appétit, et il n'est, partant, rien d'autre que l'essence de l'homme, de la nature de qui suivent nécessairement les actes qui servent à sa conservation ; et par suite l'homme est déterminé à les faire.
     Ensuite, entre l'appétit et le désir il n'y a pas de différence, sinon que le désir se rapporte généralement aux hommes en tant qu'ils sont conscients de leurs appétits, et c'est pourquoi on peut le définir ainsi : le Désir est l'appétit avec la conscience de l'appétit. Il ressort donc de tout cela que, quand nous nous efforçons à une chose, quand nous la voulons ou aspirons à elle, ou la désirons, ce n'est pas parce que nous jugeons qu'elle est bonne ; mais au contraire, si nous jugeons qu'une chose est bonne, c'est précisément parce que nous nous y efforçons, nous la voulons, ou aspirons à elle,ou la désirons".
     Spinoza, Éthique, Partie III,trad. B. Pautrat, éd. Le Seuil, 1988, p. 219


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Jean Louis 29/01/2007 10:54

Oui, la volonté se convainc puisqu\\\'elle est dépendante. (Mais il faudrait distinguer volonté et volition. Y-a-t-il vraiment une volonté qui donnerait naissance à la volition ?...)
Kant nous éclaire-t-il vraiment quand la"raison" "l\\\'entendement", bref le "moi" connaissant de sa philosophie reste une hypothèse ?. (Que Fichte a essayé vainement de fonder) 
Le sens n\\\'est sans doute plus un concept efficient. Trop vague semble-t-il . (Oui, l\\\'histoire, la psychanalyse, et certaines philosophies sont passées par là) Mais pas d\\\'accord pour dire que la "volonté de puissance" dont vous parliez est différente de la domination. (Sauf si on donne à ce mot domination un sens clairement politique ou une définition sociétale)
La quête de capacité, si on considère les choses de façon neutre, froide, conduit à la maîtrise, à l\\\'utilisation, l\\\'exploitation. Le rapport du sujet capable à l\\\'objet manié est clairement un rapport de domination. (Toute la science s\\\'inscrit dans cette perspective)    

Jean Louis 20/01/2007 14:31

?
Pour moi la volonté naît de la pensée. Le sens, l'entendement, la pensée donnent à la volition une raison d'être, un mobile,  et une direction. (pour la motivation, c'est autre chose) Quant à savoir comment se forme cet entendement, c'est dans notre rapport au monde.
Donc, au fond, pour moi, il n'y a pas de contradiction si on considère que la volonté est toujours seconde. C'est à dire que nous trouvons une chose bonne parce que nous la voulons; mais  nous la voulons suite à une intervention du mental.    

Paris 8 philo 29/01/2007 00:56

?
Certe mais désir et volonté ce n'est pas la même chose. La volonté se convainc, porte sur une croyance. Le désir se libère et est quant à lui premier. Sur la volonté il faut remonter plutôt à Kant même si la voluntas existe chez Spinoza. Du concept qu'en a fait Kant déoucle la volonté (comme Un) chez Schopenhauer et la volonté de puissance chez Nietsche. Le sens n'est plus un thème de notre époque (c'est Weber qui avait je crois introduit cette notion, quant au sens de l'histoire et qui éclatera comme sujet central après la Shoah : Quel est le sens de tout ça, notre histoire a-t-elle un sens).
La volonté de puissance (qui n'a rien à voir avec une métaphysique de la Volonté comme le pensait Heidegger) est la traduction d'une quête de capacité, d'une volonté d'avoir une plus grande aptitude à faire les choses, mais elle n'a pas à voir avec une domination ou un pouvoir. En ce sens Nietsche conjugue la volonté de Scoprenhauer en la pluralisant à la potentia que Spinoza à extirper de la philosophie politique de Hobbes et la métaphysique Aristotélicienne. Puissabce et rigueur, sans doute est-elle la "vraie" philosophie à la quelle s'attchait spinoza et qu'il voulait décliner dans son éthique.

Jean Louis 13/01/2007 11:19

D'un côté, Spinoza dit : " nous jugeons une chose bonne parce que nous la voulons " et ailleurs il déclare qu'il n'y a pas de volonté distincte de l'entendement. Plus " il n'y a dans l'esprit aucune volition...en dehors de celle qu'enveloppe l'idée en tant qu'idée" 5Ethique, parie II. Proposition 44)
Antériorité de l'idée, de l'entendement dans le second cas. Antériorité de la volonté dans le premier !!.

Paris 8 philo 15/01/2007 13:57

La vraie distinction se situe-t-elle là ?