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Publié par Federica Bertelli et Yovan Gilles

2ème Prélude à une philosophie en acte pour des philosophes debout

 

Voici une pièce d'antiquté que nous avons déniché dans les archives de Paris 8 datant de 1996

“On ne peut penser et écrire qu'assis” (Gustave Flaubert). Je te tiens, nihiliste ! Être cul-de-plomb, voilà, par excellence, le péché contre l'esprit ! Seules les pensées que l'on a en marchant valent quelque chose.

Nietzsche (Le crépuscule des idoles)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Pourquoi donc « debout » ? Debout, pour congédier une certaine hauteur de ton, « un ton grand seigneur » de la philosophie, comme dit Kant, qui veut édifier les profanes sur des sujets sérieux. Mais debout, veut dire surtout, que les protagonistes sur cette scène n'ont pas trouvé d'autre moyen pour donner vie aux idées que cette irruption du corps sur la scène de la philosophie. Irruption du corps lorsque celui-ci fait de la musique, émergence de la musique lorsque le son tente d'épouser le geste, espace encore où la pensée s'exprime en acte.

Debout !, c'est aussi une posture de résistance. C'est, pour la philosophie, ce moment où perdant le sentiment de sa propre importance, elle déploie ses oreilles pour se mettre à l'écoute de quelque chose d'un peu barbare, d'étranger, d'insignifiant, d'accidentel, de grotesque. A l'affût d'un langage qui ne soit pas réductible aux mots, en quête d'une parole qui ne soit pas assujettie à la vérité du texte. Le philosophe debout se met alors à la recherche d'un sens qui ne préexiste pas à l'acte de le produire sur une scène, sur ce théâtre des opérations.

Lorsque la philosophie cesse de s'afficher comme une catégorie d'expertise, elle peut devenir cette dérision qui nous montre l'absurdité de notre temps, cette manière de voir qui balaye les vieilles questions, ce « voir autrement » qui nous fait explorer le hors-champ.

Face au débat sur la mort de la philosophie, nous ne prônerons certainement pas une résurrection de la pensée sur les ruines d'un monde fini, mais bien une présence de l'homme, de son activité, un mouvement pour prendre possession de la parole, du souffle, de l'espoir. À la spéculation, nous préférerons le frayage, le balbutiement, l'esquisse de ce qui ne saurait être philosophie avant de se dire, de se rompre à l'éclat de voix, de se jouer comme expérimentation, au risque de se perdre.

Musique/Danse/Overflow à l'université Paris 8 Saint-Denis, quand la musique épouse le geste, le corps fait de la musique.
Mercredi 10 avril 1996

Nous partageons le point de vue de François Châtelet sur la philosophie universitaire : « La philosophie a besoin de ce médiocre objet contre quoi elle va diriger sa critique, qu'elle posera comme l'anti-objet définissant précisément son objectivité. Il faut que la pensée vulgaire soit, avec ses divers niveaux d'informations, sinon la fonction salvatrice de la philosophie disparaîtrait, s'effondrerait l'assise sur quoi elle s'élève et contre quoi elle polémique ».

Que la philosophie puisse être faite « par tous » et « pour tous », comme Lautréamont l'affirmait de la poésie, signifie qu'il n'existe rien qu'elle ne puisse frapper d'indignité sous prétexte que ce serait de la pensée vulgaire, de la non-philosophie.

Il y a une manière de considérer nos actes et nos pensées qui ne proclame pas notre faiblesse ou notre autorité devant ce qui serait ou ne serait pas philosophique.

Que la pensée soit, à travers le corps, une manière d'être, aujourd'hui, dans un contexte incertain où il y a risque de chutes, d'affrontements, de cassures !

James Joyce a fait de l'or en littérature avec le langage des putes qui traînaient dans les bars de Dublin ; il a donné à ce langage dépravé sa noblesse et du coup il a fait de la littérature une activité un peu sale, salement profane. Pour nous la philosophie ne doit pas mettre ses oreilles dans sa poche et s'il y a une poésie aujourd'hui, ce n'est certes pas la poésie des poètes : des faiseurs de vers. C'est plutôt la hargne scandée des rappers en train de livrer la langue française aux raccourcis du meurtre, à la tchatche, aux invectives, aux embrouilles.

Federica Bertelli et Yovan Gilles

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jbetthib 24/11/2006 15:44

http://infopoliticonet.over-blog.net/article-4596237.html
LE blog politique !

Paris 8 philo 26/11/2006 14:31

Ton blog est très intéressant, ne seraient que pour les petites phrases que tu as déniché, les interviews que l'on peut consulter. Bonne continuation à toi. N'hésite pas à repasser. Peut-être qu'on fera un lien vers ton blog, s'il se développe bien.

job 24/11/2006 01:56

salut. beau texte, merci
un extrait de mon mémoire de maitrise (2004)
http://lejob.over-blog.com/article-3911382.html
lire la partie qui s'appelle "faire les 100 pas" qui peut faire écho... filez l'addresse à zouzi mais j'ai peur qu'il ne le lise pas, le bougre :) (il me somme de lui ramener mes trucs qu'il ne lit jamais)