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Publié par Anthony Le Cazals

Double peine. — L’esprit de vengeance : Mes amis, c’était la meilleure pensée de l’homme jusqu’ici, et là où il y avait souffrance, là il devait y avoir punition, Nietzsche NzAZ°II/ « De la délivrance ». … car le fait que l’homme soit délivré de la vengeance, c’est pour moi le pont vers la plus haute espérance et un arc-en-ciel après de longs orages, Nietzsche NzAZ°II/ « Des tarentules ».


On a reproché à Nietzsche de considérer l’existence comme une maladie, d’avoir une haine amoureuse envers lui-même, parce qu’il serait revenu plusieurs fois sur la dernière phrase de Socrate : « Ô Criton, je dois un coq à Esculape ». Esculape, le dieu latin de la médecine, son homologue grec c’est Asclépios. Pour Nietzsche sacrifier un coq au dieu de la médecine, l’emblème même de ce dieu, c’est le signe qu'on pense en silence que « la vie » est une maladie. Penser que l’existence est une maladie oblige à un sacrifice auprès du dieu de la médecine. En fait, il n'y a pas d'admiration de Nietzsche pour Socrate, car il est hypothétique qu'il ait « appartenu à une classe d'esprits supérieurs » et  Nietzsche parlait à son égard d'un « attrapeur de rats », toujours dans le même aphorisme. Qui plus que Socrate demeure par son esprit théorique et par l'influence raisonnée qu'il a eue sur Euripide celui qui a éteint la tragédie ? Ainsi retient-on que Socrate a souffert de « la vie », aussi a-t-il soumis les personnes qu’il rencontrait à sa vengeance en les questionnant soit sur leur activité soit sur ce qu’ils pensaient du bien. Platon y ajouta  simplement l’abstraction  et la négativité de la pensée « spirituelle » — soit le goût pour le néant et l’infini. L’abstraction est alors un résidu de cette vengeance, de cette inadaptation retournée contre les vivants. Nietzsche va plus loin NzGS°359 et parle de l’esprit de vengeance de la plèbe ; l’aristocratie n’en est pas exempte sauf qu’elle l’exerce avec style et de manière à se décomplexer. Nietzsche nomme cette part d’« esprit » volonté de vengeance ou état habituel de vengeance, mais ce n’est là encore et toujours qu’un instinct. Cet instinct se retourne contre l’esprit plus libre : c’est l’intériorisation de la douleur d’où naît la mauvaise conscience.

 

On a reproché à Nietzsche… — E. Bertram, Nietzsche. Essai de mythologie, p. 408 et Pierre Hadot, Exercices spirituels et philosophie antique, Etudes Augustiniennes, p. 113. D’après Nietzsche, Le gai savoir, §340, Le crépuscule des idoles, « le problème de Socrate », §1.

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