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Publié par Anthony Le Cazals

L’esprit qui s’est construit dans l’église chrétienne est son plus grand monument NzGS°358.


Classiquement, on tend à dominer ce qui nous échappe et à obturer toutes les failles offertes à une possible effraction FcPT_18 de ce qui est enclos dans la limite d’un rendement. Dénégation et déni, dirait Freud. Ce que certains nomment « Esprit » n’est que la disposition des corps à ingérer de la littérature idéaliste, c’est-à-dire des chimères.  L’effet énergétique de cette indigestion peut donner la tonalité d’une époque. Il y a surenchère dans l’hyperbole 401/526 et de là équivoque. C’est aussi l’énergie native plus ou moins grande, ce qu’il y a de plus matinal chez les Grecs FcPT_28, la gründstimmung des Allemands de Schiller à Heidegger, l’affectivité qui passe entre chacun, les passions qui stimulent et provoquent pensées et métabolismes créateurs 919. L’esprit d’une époque est ainsi la capacité de quelques-uns à percevoir l’ambiance de cette époque dans son ampleur et à la « sublimer » en tant qu’« esprit ». L’esprit, quant à lui, vise à constituer des communautés. Même les défenseurs d’un esprit plus libre, Nietzsche le premier, conviennent que le premier esprit est un outil de domination mis en place par l’Église. L’Esprit comme outil de domination s’adjoint la « conscience » et non la connaissance comme moyen de transmission NzVP°II,253+ et de communication NzGS°354 entre les « sujets », pour en faire des corps déterminés par les lois de L’Esprit — ou du Même. Cela assure aux hommes hautement spirituels le rang suprême NzGS°358 : les fameux prêtres — les homonomes 334b qui justifient la loi héritée. « Au point de s’interdire les moyens des plus grossiers de la violence » et donc par la même occasion le combat 630/800 déclaré, ils instillent à la manière du père Alesch leurs idées sournoises. Le père Alesch est un prêtre d’origine luxembourgeoise qui officiait dans une paroisse parisienne tout en vivant avec ses deux maîtresses ; il s’agissait aussi d’un agent des services secrets allemands ; à force de sermons prônant la résistance, il infiltra le réseau d’information des services secrets anglais auxquels Germaine Thillon et Samuel Beckett appartenaient ; Beckett et sa femme échappèrent de peu à leur arrestation, ce ne fut pas le cas des 80 autres membres du réseau dont beaucoup moururent en déportation. Déblaiement après déblaiement, l’esprit apparaît comme force directrice, l’acquis contingent par excellence. L’esprit de surplomb et de sérieux NzGS°358, l’esprit de vengeance NzGS°359 et l’esprit de direction NzGS°360 sont, avec l’esprit de répartie des ironistes et avec l’esprit de lourdeur des idéalistes, différentes formes classiques d’esprit. Reste la tentative avortée de Nietzsche de fabriquer des « esprits libres » avant de ne se rendre compte qu’ils sont le type même de l’homme de bonne volonté et de la belle âme, bref des neurotypiques 972. Cet idéal a correspondu à la tension d’un moment, mais pour Nietzsche, ceux qui font le choix du silence et de la solitude, se retirent face à l’esprit. Reste que la tension qu’il nomme « esprit » pourrait se voir comme une commotion de pensée teintée de détresse 416. C’est là tout ce qu’il en reste, après déconstruction. Nous ne sommes plus à l’âge classique des genres et des registres homonomes. Les classes, ces catégories qui s’apprennent par l’analyse en faisant nos classes, n’ont plus la même importance. Il ne semble pas qu’il y ait à prendre à revers cette lente tradition et pour insuffler un quelconque contre-point baroque 816, comme subversion de l’ordre classique 411. Cela va plus simplement et plus loin. En passant à l’ère quantique, nous sortons de l’âge de la représentation et de son analyse que constitue le classique. Cela a donc aussi des conséquences politiques 816. C’est n’est pas l’homme qui pense à travers l’esprit mais bien l’Église puis l’État qui ont pensé jusque là. L’homme comme objet d’harmonie ou de cohérence a été pensé au travers de l’esprit, comme monument de l’Église, puis au travers de l’humanisme de la fin du xixe siècle et du début du  xxe siècle comme homme supérieur.  Mais de là à faire que la pensée soit Esprit ce serait faire de l’Église la plus grande réalisation de la pensée. Toute communauté a besoin de vertus pour se donner un ferment. L’Église n’est pas capable d’une pensée incisive et « terrible » comme l’homme, puisque, si elle est chrétienne, elle s’appuie sur le dogme de la Trinité, son ferment. S’en suivent les petites vertus qui ne sont point de la fougue ou de la vaillance. Si l’État 816, quant à lui, a philosophé, c’est au travers du diplomate et bibliothécaire Leibniz, du professeur Kant et du juriste Hegel principalement. Il s’est mis à penser le droit et les statistiques au travers des codes. Ces deux institutions ont ainsi permis la déclinaison sémantique de l’« Esprit ».

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