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Publié par Paris 8 philo

"« Décadence » est un terme de l’histoire des civilisations (Montesquieu) et surtout de l’histoire littéraire, inventé au 19è siècle pour un certain type de littérature (une partie tardive de la poésie latine, par exemple). Il désigne globalement un excès du passé sur le sentiment de l’avenir, de l’histoire sur la création, de la jouissance des chefs-d’oeuvre sur l’effort d’invention. On peut préciser ainsi, en prenant pour guide la « Bible » de la Décadence fin 19èsiècle, A rebours de Huysmans (éd. éd. Fumaroli, Folio classique), a) le changement de fonction de la description qui, de subordonnée à la prescription ou au récit, devient excessive et l’emporte sur toute autre fonction, l’ornement devenant le tout du style littéraire, le bizarre l’emportant sur la cohérence, b) l’envahissement de la pensée par son passé de chefs d’œuvre, le renoncement à l’originalité et à l’effort de la création au profit du commentaire historique, c) la dissipation dans l’errance du détail ou la stupidité du divers, d) l’érudition stérile qui se substitue comme activité principale à la création, e) le passé ou l’histoire comme source d’une inspiration défaillante, f) la revendication de la singularité des idées ou de la « mauvaise » individualité, sa manifestation médiatique qui démontre la vulgarité d’une pensée faisandée, g) la prise d’autonomie du langage, une tentation sophistique qui éclate plus dans la manipulation des idées et des vocabulaires tout faits que dans des thèses sophistiques explicites, h)la recherche de la rareté, de l’écart, de la formule frappante, la crainte de l’insipidité, i) la recherche du second degré de la pensée, l’extraction de l’essence du degré élémentaire ou premier degré, j) l’impression du faux créée avec du vrai, comble du raffinement nietzschéen."

Jean-François Laruelle, lettre du 11 Septembre 2006 : Survie et Clandestinité de la non-philosophie.

 

Il y a peu de douleur aussi vives que d'avoir vu, deviné, senti intimement comment un homme extraordinaire s'est égaré hors de son chemin et a dégénéré Nietzsche, Par Delà Bien et Mal, § 203

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