Archives

Publié par Paris 8 philo


''Les USA s'abaissent aux pratiques terroristes'' par Geneviève Sevrin,
présidente d'Amnesty France

Dans quelle mesure la nouvelle loi antiterroriste adoptée par le Congrès américain va-t-elle à l'encontre de la convention de Genève ?

- Le vote de ce texte est pour nous un véritable coup de Bambou. On régresse. La plus grande démocratie du monde autorise le recours à la torture. C'est la faillite du juridique, du droit international, de toutes les conventions signées au fil des années. La politique, au final, l'emporte au profit de ses intérêts, géostratégiques et mercantiles. On le sentait poindre. Le voilà dans toute sa splendeur. C'est une remise en cause de notre action. Elle ne représente plus un bouclier. A présent, nous allons insister sur l'éthique plus que sur le droit puisque ce dernier argument ne pèse plus. Nous sommes à un tournant. C'est un nouveau défi.
Nous avions un espoir lors de la décision de la cour suprême condamnant Guantanamo. Or, cet organe juridique par excellence est aujourd'hui bafoué. L'appellation "Combattants ennemis" prouve l'affranchissement du droit, puisque cette notion ne correspond à rien en droit international. Les prisonniers sont soumis à l'arbitraire.


En accordant aux détenus la possibilité d'accéder aux éléments à charge, cette loi ne présente-t-elle pas tout de même un mieux par rapport à la situation actuelle ?

- Doit-on s'en réjouir, ou condamner une situation inacceptable? C'est un minimum que de stipuler les charges retenues contre un détenus. Amnesty vient de sortir un rapport sur le Pakistan montrant qu'un grand nombre de prisonniers a été monnayé aux autorités américaines. On s'aperçoit que parmi eux, 80% sont innocents. Par conséquent, quelles charges va-t-on leur signifier? Il serait limite indécent de se réjouir de ce droit accordé. Les Etats-Unis reviennent actuellement sur un fondement de la démocratie.

La création de la Military Commission Act a-t-elle, selon vous, pour objectif de légaliser une politique de plus en plus contestée ?

- Le président Bush a besoin de faire valider des subterfuges. Il y a des élections bientôt. Son bilan est calamiteux.
En Afghanistan, les chefs de clan reprennent le pouvoir, jamais autant d'opium n'a été vendu. Le président Musharraf indique que la violence n'a jamais été aussi importante.
Peut-être, demain, aura-t-on une loi sur les prisons secrètes autorisant la délocalisation de prisonniers.
Ce qui va être intéressant, c'est la réaction des cours fédérales, de la cour suprême, de voir jusqu'où ira l'application de cette loi. On sait, par exemple, que des généraux à plusieurs étoiles dénoncent la guerre d'Irak. L'opinion, elle, risque de refuser l'assimilation des Etats-Unis à un pays pratiquant la torture. Cette loi est à double tranchant. L'asministration Bush veut des actes forts à l'approche des élections. J'espère que l'Europe va maintenir sa pression. Un certain nombre de chef d'Etat vont dans ce sens. Les Etats-Unis, avec leur concept de guerre contre le terrorisme, s'abaissent aux mêmes pratiques.

 

source : NOUVELOBS.COM | 29.09.06 | 15:53

Propos recueillis par Bernard Javet
(le vendredi 29 septembre 2006)

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article