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Publié par Le Cazals

En parlant de capacité d'expérimentation, nous voulons simplement relever les signes avant-coureurs d’un changement d’appréhension, d'une manière différente d'envisager le monde pour parler le langage courant. Bref nous relatons ici toujours le même bouleversement de société, il n'y a rien de métaphyique ici bien au contraire.

 

Passé nos différentes introductions que nous esérons les plus intéressantes et les plus abordables possibles, nous allons rentrer dans des considérations plus techniques qui montrent les pièges et impasses dans lesquels sont tombés les formalismes quantiques peu éloignés des conceptions de Kant et Wittgenstein. Pour des questions de désintrication de ce qui est un mélange obscur nous avons été obligé d’employer les concepts d’hétéronomie, d’autonomie et d’homonomie que nous explicitons dans d'autres articles (notamment ici). L’hétéronomie est ici l’ontologie traditionnelle de corps matériels BitMQ_374, l’homonomie l’idéal ascétique de se poser dans l’absolu cf. BitMQ_372-373 l’autonomie se retrouve d’une part dans la capacité prédictive BitMQ_35 du physicien quantique et d’autre part l’aptitude à la détection BitMQ_50 des particules en état quantique bref dans la relation qui se noue entre les deux, indépendamment des lois communément admises. Cette sous-partie peut paraître obscure pour une simple raison c’est qu’elle confronte et rend complémentaires la réalité quantique et son principe d’incertitude et la réalité autonome et sa doctrine de l’éternel retour : tous les deux ouvrent sur le fini-illimité DzF_fin ou le fini sans bord comme Hawking qualifiait l’espace-temps HawHT_150/177-178. Ce qui veut dire qu’il faut soit avoir compris la réalité des comportements quantiques soit avoir compris la pensée de la capacité autonome que nous exposons dans ce mémoire, ayant compris l’une vous êtes en capacité de comprendre l’autre. Cette compréhension qui comme nous l’avons montré : il s’agit de changer de vision du monde, de changer d’opinions (ou doxai), bref d’habitudes. Ces opinions ou affections sont le premier genre de connaissance chez Spinoza. La pratique prédictive, les anticipations de la physique reste prisonnière du formalisme élaboré par Heisenberg et Schrödinger (formalisme théorique mathématique qui appartient au deuxième genre de connaissance chez Spinoza). La mathématisation de la physique a aussi ses inconvénients, il s’agit par exemple des infinis qui grèvent le calcul. Ce qu’on appelle la renormalisation, le fait d’ôter tous les infinis HawHT _202 avait été évité par Richard Feynman et ses diagrammes qui eux n’ont pas recours aux équations, mais ces diagrammes furent longtemps passés sous silence. Notons que La renormalisation… a un sérieux inconvénient du point de vue de la recherche d’une théorie complète, parce que cela signifie que les valeurs réelles des masses et les intensités des forces ne peuvent être prédites par la théorie mais doivent être choisies de manière à coller aux observations HawHT_201. Les diagrammes ou « intégrales de chemin » de Feynman, HawHT_174+/176+ BitMQ_315+, BitPP_344-345 sont une autre manière de formaliser la mécanique quantique longtemps sous-estimé mais qui ont eu une profonde influence sur les travaux d’Hawking comme il le dit lui-même HawHT_148+. On trouve là, avec Bôhr, Feynman, Hawking, trois auteurs qui ont la même sérénité vis-à-vis de la mécanique quantique.

 

 

 

 

 

La raison de notre propos est ici de sortir les théoriciens quantiques « français » de l’imbroglio. Pourtant certains comme Michel Bitbol parlent de signes avant-coureurs d’un changement d’« ontologie » BitMQ_374. Nous mettons ontologie entre guillemets pour des raisons précises de conversion du langage). Parler d’ontologie c’est rester prisonnier d’un langage dominant qui pose l’être, et considère la réalité quantique comme une exception propre à l’hétéronomie ou comme un absolu propre à l’homonomie et non comme une autonomie. L’ontologie fait en dernier lieu référence au genre homologue de l’être. C’est-à-dire que l’être désigne avant tout des identités, des prédicats et l’ensemble désigné sous le terme d’être serait réel. On reste sur un mode descriptif ou explicatif comme c’est le cas quand une théorie ordonne des prédicats. On reste surtout prisonnier d’une abstraction parce que notre langage lui-même en reste à la description ou à la désignation (être) et l’on se s’implique pas. Comme le confirme Quine : « ce qui prive de sens les questions d’ontologie (hétéronomie) quand on les pose dans l’absolu (homonomie) ce n’est pas l’universalité, c’est la circularité » BitMQ_369. Cette circularité marque la limite de la loi du multiple ou au-delà duquel on pose en philosophie le vide de l’être ou en physique quantique le gap (trou) par delà lequel se fait le saut quantique. Cette confusion, ce manque de discernement entre les régimes de l’hétéronomie, de l’homonomie et de l’autonomie a une conséquence précise de donner toute confiance au problème de la mesure et de la dite « objectivité » plutôt que de laisser libre cours à une nouvelle pensée, celle tout en nuance du Dehors ou du Surpli. Ainsi le discernement est reporté dans la mesure (expérience) et non dans la capacité d’expérimentation (de la pensée). Au congrès de Solvay en octobre 1927 BohPA_210+ BitPP_37+, qui marqua l’avènement de la réalité quantique par rapport à la physique classique et la physique relativiste. La physique quantique n’aurait pas tenu face aux coups de boutoir amicaux d’Einstein et si on avait eu recours à la seule mesure. Ceci nous met en rapport avec la distinction entre observation et mesure. Au fond les théoriciens quantique le savent bien le problème de la mesure ne se résout qu’en se dissolvant. Certainement y a-t-il deux pendants à l’observation d’un côté l’expérience de la mesure qui met face à des incongruités pratiques quant aux buts souhaités (sont-ils les bons ?) et de l’autre la capacité d’expérimentation. Plus largement se pose ici la question de savoir si la science est descriptive et prédictive BitPP_35 (c’est-à-dire hétéronome) ou expérimentale BitPP_342 (autonome), la réponse étant sans doute les deux à la fois, mais on ne peut et doit réduire la science à des systèmes de description ou d’expérience paramétrée, ou alors il en serait fini de son indépendance HawHT_224. « La logique de la certitude nous fournit le domaine du possible » BitMQ_35 mais en aucune manière ne mène à celle de la capacité. La résignation de la part des théoriciens quantiques face à leurs propres capacités ne leur permet pas de résister avec force tant aux théories réalistes BitPP_36 ainsi qu’aux théories à variable cachée. Une transposition de celle-ci en philosophie la limiterait aux propos des analystes et aux secrets bien gardés de Jacques Derrida. Science comme philosophie pourtant participe de la même physique, de la même nature, même si celle-ci est disparate et sans bord, et n’a donc rien à voir avec l’éther, la substance ou Dieu.

 

 

 

 

 

Les questions posées BitPP_338 par le problème de la mesure ne se résolvent qu’à mesure que ce problème se dissout. On peut parler à l’instar de Michel Bitbol de (dis)solution _339 de faux problème. Par exemple poser le problème de la vie est un faux-problème, pour la connaître il faut avant tout s’immerger dans la réalité non en restant derrière un œilleton. C’était la phrase de Wittgenstein : « la solution du problème de la vie, on la perçoit à la disparition de ce problème » _329. Il faut vivre de telle manière qu’il ne se pose pas c’est-à-dire de manière libre et autonome. Décrire et prédire (c’est-à-dire connaître) réclament une aptitude de coordination et d’anticipation moins grande que expérimenter et transfigurer (c’est-à-dire comprendre). Wittgenstein faisant bien la distinction entre l’explication et la simple description BitMQ_18 au travers de la question de la mesure, la description est bel bien ramenée à une représentation qui n’est qu’une explication, une interprétation dite du « monde ». Décrire et expliquer en vue de prédire suffisent dans un monde fait d’hétéronomie (hiérarchisation des faits en lois qui définissent des corps matériels), mais l’irréductibilité quantique nous invite à sortir du champ des possibles irréalisables pour celui des capacités. La question pourrait se demander ce qu’est le fait d’observer. Il faudrait s’entendre sur ce terme, sur l’importante question des observables qui a permis de mettre de côté, comme de bon sens, tout ce qui était inobservable, bref métaphysique. Observer est-il seulement constater ? Observer est-il aussi mesurer ou expliquer ? Percevoir n’est pas voir, et comme nous y invite Michel Bitbol au début de l’un de ses livres il faut sortir des schémas visuels. Pas plus que l’intuition ne peut se réduire à une vision actuelle, pas plus, une appréhension visuelle ne peut être intuitive BitMQ_379. Il est un but que la science s’assigne à elle-même : fournir une théorie unique qui décrive l’Univers dans son ensemble HawHT_29. Mais devant jouer le rôle aisé des sceptiques, on peut dire il n’y ni Univers (auquel cas il aurait un créateur), ni réussite dans l’unification de théories disparates. A chacun d’expérimenter qu’entre l’ordre et le chaos il existe un tiers à la richesse insoupçonnée. Tout processus d’unification est vain, dans le sens ou ce sera une nouvelle théorie qui prendra le pas, comme Galilée a fait sa révolution, comme Newton la sienne et comme Einstein la sienne. N’oublions pas de rappeler cette phrase de Bohr : les études (du physicien) se bornent à la recherche des propriétés de la matière inanimée BohPA_149. Il faut bien comprendre qu’une théorie unifiée de l’Univers devrait aussi comprendre cette anomalie qu’est la vie et qui a surgi à un moment donné de la « matière » inerte. Ceci simplement permet de suggérer que les vivants, les premières bactéries et mitochondries, ont pris naissance dans des conditions d’oppression fortes, hautes pressions et fortes chaleur, leur autonomie vis-à-vis de la matière inerte s’est faite loin de toute observation, mais nous le constatons aujourd’hui. On peut tenter de comprendre dans quelle mesure encore, la réalité quantique possède une autonomie vis-à-vis des lois de physique classique qui sont celles de notre représentation ordinaire. La physique se déploie à une autre échelle qui serait celle d’une expérimentation qui transfigure la réalité simplement en nous la faisant percevoir autrement. C’est là le grand dam du théoricien quantique kantien trop proche des équations dont les variables sont de positionnement et de vitesse qui marquent une physique des corps visibles plutôt que des relations d’énergie et d’impulsions. Mais clairement depuis les théorie électromagnétique de Maxwell (1873) notre réalité est faite de champs dynamiques. Quelque part c’est une pour nous que cette la spécificité de la physique quantique qui oblige à un effort nouveau de compréhension qui va bien au-delà de la science mais conditionne aussi la manière d’envisager la réalité et donc la manière de faire de la politique, de tisser des relation par exemple comme le permet aujourd’hui le réseau internet. Pensons là, pour ne pas déborder du domaine de la science, à Richard Feynman qui par ses diagrammes dépassa les impasses de la « renormalisation » HawHT_202. La renormalisation est la nécessité de supprimer les infinis et les divisions par zéro dans des équations ayant un trop grand nombre de variables.

 

 

 

 

 

Encore une fois, il faut bien nuancer nos propos, il ne s’agit de dire que la mesure ou la représentation du monde par la science sont inutiles mais que la science était conditionnée jusqu’alors par le système de représentation qui provenait d’un régime hétéronome. Ce régime de représentation est aussi bien de pensée que politique. C’est aussi pour cela que la réalité quantique peut faire peur et pousser à un certain conservatisme kantien qui lui souhaite conserver ses habitudes et sa tranquillité. Mais nous sommes passés en un siècle de la représentation de l’expérience classique à l’expérimentation d’intensités plus inhabituelles et moins enserrée dans une vision du quotidien. Notre intérêt porte davantage sur une conception somme toute éclatée mais articulée du monde. : parler de différents régimes comme l’homonomie, l’hétéronomie et l’autonomie n’est que la suite logique du principe dit d’« incertitude », de sa prise en compte. Nous n’allons tout de même pas tomber dans un solipsisme parce que les lois formelles classiques sont inadaptées à la réalité et que celle-ci dans leur dimension quantique reste inintelligible au physicien kantien : il y voit des paradoxes parce qu’il souhaite tout contrôler en termes de quantités et de qualités, de vitesse et positionnement. Mais on ne sait pas dans quelle case tombera la bille d’un jeu de roulette. Non qu’il y ait une prépondérance du hasard, mais que cela n’a pas d’importance. Ce n’est pas une question de maîtrise mais d’autonomie. Les lois ne sont qu’un crible posé sur la réalité qui nous permettent de mieux nous y orienter. C’est pourquoi il vaut mieux parler de disposition et d’impulsion qui en grec se disent orgai (III.2.f.) que parler de propriétés de la matière, en termes de quantité et de qualité.

 

 

 

 

 

Ce n’est peut-être pas seulement à une émancipation BitMQ_22 de la description vis-à-vis des mœurs habituelles pour adopter la seule structure légale. On peut observer autour de nous, et personne ne peut en bien ou en mal les apports des nouvelles technologies dans lesquelles le monde occidental baigne. Notons que le présent mémoire a été rendu possible, tant dans la mise en œuvre que dans les sujets de réflexion, par la micro-informatique, bref par les technologies issues de la physique quantique : preuve d’un cercle vertueux d’une sérénité non-maîtrisée ! La science n’est plus seulement la description du monde, il faut en avoir une conception élargie qui montrerait combien elle a transformer, en bien comme en mal, mais de manière indiscutable la réalité que nous traversons. Toutes les théories autour de la réalité quantique ont conduit à faire proliférer des objectivations  plutôt qu’à en abolir le nombre. Cette prolifération provient d’une vision inadéquate de la réalité plus qu’une perception adéquate et intuitive de celle-ci. Pour la physique quantique le problème (ou exigence posée) n’est ni celui de l’objectivité (hétéronomie), ni celui de la subjectivité ou esprit (homonomie) mais celui de la performativité ou capacités d’expérimentation BitPP_342 (autonomie) : au rêve de la complétude formelle s’est tacitement substituée la réalité d’une complétion performative BitPP_337. Les théories classiques sont des idéalisations (homonomies) qui ne peuvent être appliquées sans ambiguïté que dans la mesure où toutes les actions mises en jeu sont grande par rapport au quantum (minimal d’action ou d’énergie découvert par Planck en 1900, de l’ordre de 6.10-34 joules-seconde) BohPA_196. Cette nouvelle conception de la science touche aussi la théorie de la Relativité. La Théorie de la Relativité Générale d’Einstein est classique en ce qu’elle ne tient pas compte du principe d’incertitude HawHT_88/201 qui laisse la place non au hasard mais à un dispositif sélectif qu’on peut comme Nietzsche appeler l’éternel retour : encore une fois éternel retour comme son pendant scientifique qu’est le principe d’incertitude ouvrent au fini-illimité ou fini sans bord HawHT. On peut penser comme le suggère Hawking, que la Théorie de la Relativité Générale classique, en prédisant des points de densité infinie, prédit sa propre perte HawHT_88.

 

 

 

 

 

Nouvelle conception de la science. — Toute la science classique est une science qui possède des absolus. Ce sont l’espace absolu, le temps absolu, la température absolue (avec un zéro absolu, une vitesse absolue celle de la lumière en l’occurrence. Pourtant la théorie de la gravitation de Newton s’est débarrassée de la notion de repos absolu HawHT_41, la théorie de la Relativité à l’idée d’un temps absolu HawHT_44. Quant à la température absolue, on peut penser aux condensats de Bose-Einstein qui se rencontrent à des températures en deçà du zéro absolu. On peut donc en déduire que de cette chute en série des absolus ne se limite pas là. Niels Bohr disait même que l’usage adéquat des notions mêmes d’espace et de temps absolus est intrinsèquement lié à la propagation pratiquement instantanée de la lumière, qui nous permet de localiser les corps autour de nous indépendamment de leur vitesse, et d’ordonner les événements en une succession temporelle univoque BohrPA_252. La vitesse dite absolue et qui n’est que la vitesse finie de la lumière HawHT_40, ce qui laisse présager des vitesses tout aussi finies mais nettement plus grandes et qui ne sont pas de l’ordre du visible, c’est-à-dire d’une représentation hétéronome (comme tout ce mémoire cherche à le démontrer par ailleurs). Ces vitesses peuvent être des interactions de toute sorte, parmi lesquelles la vitesse des photons ou quanta de lumière. Ceci peut-être dérangeant pour les calculs des scientifiques mais n’interfère en rien sur notre manière plus ou moins finie d’exister. On peut toutefois s’en saisir et se dire qu’il y a une manière finie mais sans limites (et absolus) d’exister. On appelle celale fini-illimité ou éternel retour qui autorise des autonomies dans les lois hiérarchiques et explique que les lois communes sont incapables d’expliquer certaines singularités au-delà d’un certain seuil. Il y a brisure spontanée de l’idée qu’une seule loi vaut pour tous : il y a abandon, passé un cap, de toute « symétrie » en physique quantique.

 

 

 

 

 

Toute la physique contemporaine, à partir de la théorie électromagnétique de Maxwell (1873), est faite de champs. La théorie électromagnétique représente, par l’émergence du concept de champ, une évolution essentielle de la tradition dynamique. L’un des buts de Maxwell était de faire une théorie qui ne fasse aucun usage d’hypothèses sur la microstructure de la matière BohPA_330. Un champ, en physique moderne, ce n’est donc pas un endroit où l’on fait paître son bétail et où on le fait garder par un pasteur. Un champ n’est pas clos, c’est un « objet dynamique », un ensemble en mouvement avant même de connaître le repos. C’est principalement ce qui distingue la physique quantique et l’astrophysique de la physique aristotélicienne, ou de la concurrence que voulais lui faire Husserl en inventant une science la phénoménologie. Immense gabegie pour ce dernier, vouloir contre l’expérimentztion imposer une réduction du monde dans des expériences répétitives, induire des concepts statiques plutôt qu’à « géométrie variable ». Ces concepts tenaient de la métaphysique comme ordre immuable qui soutient la physique. Aristote comme Husserl, par lassitude, par manque d’audace posaient le repos et la passivité comme premiers, comme étant l’état naturel. Ce sont des vues réduites à un monde hétéronome ou une hiérarchie impose le repos sur le mouvement.

 

 

 

 

 

Cette nouvelle conception implique un nouveau langage. — Malheureusement les physiciens quantiques n’ont eu comme références actuelles que Kant (qu’ils ont su dépasser dans le cas de Bohr ou qu’ils n’ont pas étudié dans le cas de Hawking ou Feynman) et le 1er Wittgenstein HawHT_220 (empêtré dans ses jeux de logique et de langage). Un théoricien quantique ne s’occupera que des fonctions d’onde qui évoluent selon l’équation de Schrödinger plutôt des particules qui sont observables sans avoir à être décrites par ces même fonctions d’ondes. C’est tout l’inverse du fameux enthousiasme de Deleuze pour la course aux particules introuvables DzD_81-82, ou pour les potentialités du silicium DzF. C’est la différence entre une science et une pensée structurales (abstractions homonomes) et une science événementielle dont la pensée vise l’autonomie. N’est-ce pas vain une fois de plus, que d’essayer de traduire dans les termes d’un langage (représentatif et hiérarchique) ce qui se tient au-delà les limites de ce langage (dominant et hiérarchique) ? Et les derniers aphorismes du Tractatus de Wittgenstein ne suffisent-ils pas à nous mettre en grade contre la faillite programmée des entreprises de cet ordre ? BitMQ_51. Pourtant au-delà de langage dominant et désincarné, il existe un langage intime et dynamique. Différence que nous avons montré par ailleurs chez les stoïciens entre logos prophoricos et logos endiatitos, la soi-disant limite du langage de Wittgenstein passant entre les deux, entre le langue majoritaire et classique et le langue minoritaire des concepts quantique à laquelle en appelait Böhr. Si l’on ne prend en compte cette distinction, on tombe dans une « vanité » et un « nihilisme », propre à l’attitude et au langage hétéronomes. C’est ainsi seulement qu’on comprend : « le langage ordinaire (hétéronome) n’est pas le dernier mot, (mais) il faut nous souvenir que c’est le premier mot » BitMQ_50. Qu’il y ait un travail à faire sur le langage même, J. Bell le confirme, il ne peut pas accepter… qu’on ne cherche pas à remplacer le lexique pragmatique et flexible (=équivoque). Il faut donc forger des concepts à géométrie variable qui épousent si bien les capacités de l’expérimentation que tout contraste entre le théoriquement conçu et le pratique connaissable s’efface BitPP_342 (cf. Lettre de Schrödinger à N. Bohr du 5 mai 1928).

 

 

 

 

 

La science se conçoit désormais en termes de relation réciproque entre situations (complémentaires) et tentatives de s’affranchir secondairement de leur effet de partialité par des procédés sans cesse améliorés de coordination et d’anticipation BitPP_342. Cette nouvelle appréhension n’est que la connexion  presque automatique entre une révolution scientifique et une révolution ontologique BitMQ_371. Et encore une fois, faisons attention avec le terme ontologique porteur de confusion : il contient une confusion entre homonomie et hétéronomie. Pour être précis le terme même d’ontologie porte une certaine vision des choses, que tout tournerait autour d’une entité statique ou englobante l’être ou disséminé dans des êtres. Au terme ontologie nous préférons l’acception non-métaphysique de système des visée référentielles BitMQ_371 qui ne renvoie pas à l’abstraction métaphysique (homonomie). L’ontologie des corps matériels BitMQ_374+ se comprend alors comme une nécessité hétéronome qui participe de la représentation classique. Mais elle ne rend pas compte de la réalité quantique. Cette réalité nécessite une appréhension différente car elle ne peut se représenter sans être dénaturée. Or c’est précisément cette manière d’envisager la réalité, qu’elle soit entendement réformé ou appréhension du monde par affect, qui est en train de se modifier. Notre manière d’envisager la réalité assez radicalement, non seulement dans le secteur de la mécanique quantique BitMQ_375, mais dans bien d’autres domaines : changer de paradigme scientifique c’est aussi changer de monde BitMQ_365 ou plutôt l’image qu’on s’est fait. Il ne s’agit pas de changer d’ontologie, de structure mais plus radicalement d’abandonner ou de mettre de côté toute ontologie philosophique (homonomie) ainsi que l’ontologie des corps matériels (hétéronomie) puisque elles rendent confus précisément ce que peut-être le saut quantique, le basculement de compréhension de l’autonomie ou de la singularité quantique. L’homonomie est ici l’abstraction et le langage dominateur construit autour d’un hypothétique Être qui en réalité inconsiste Badiou et l’hétéronomie le langage courant fait de représentations statiques qui renvoient à ce qui est et ne dépasse les faits. Ce mélange au fond dissuade de comprendre la réalité quantique dans toute sa nouveauté. On en reste à l’efficacité du langage de choses, à notre course au profit. Le fait de l’efficacité du langage de choses, souligne Carnap, ne constitue en rien la preuve de l’existence du monde des choses, mais seulement l’indication qu’il est opportun d’accepter le langage des courant dans lequel il y est fait référence, comme grille organisatrice de ce qui arrive et comme outil de communication BitMQ_367. Grille organisatrice et communication ne sont que des éléments de l’hétéronomie, de la hiérarchies des faits ou des représentation. Il ne renvoie qu’à la domination d’un ordre classique qui souhaite se perpétuer. Mais la réalité quantique fait irruption dans tout cela et exprime une nouvelle impulsion où il faut précisément d’un point de vue hétéronome tenir compte non des faits mais des événements. Encore une fois que nous dit Niel Bohr qui avec son opérationnalisme a su se tenir loin du formalisme d’esprit platonicien, en une certaine autonomie vis-à-vis d’Einstein et dépassant ainsi la pensée de son maître-philosophe Kant, il a rejoint ainsi ce que l’on appelle la pensée du Dehors ou du Surpli propre au fini-illimité ou au fini sans bord.

 

 

 

 

 

Ce que nous avons chercher à dire c’est que la pensée transcendantale se trouvera confrontée à des impasses, à des seuils de pensée qui réclament un saut « quantique » ou autonome, Einstein pour sa part a bien été obligé avec ondes-corpuscules de transgresser le principe de non-contradiction qui tient tout entier dans une hétéronomie. Cela aujourd’hui nous fait sourire. On est passé en un siècle d’une physique de représentation des possibilités (souvenons-nous du discours de Lord Kelvin) à une physique d’expérimentation des capacités. Bref on bascule d’un monde compliqué où les savants font des expériences closes sur un paramètres à un monde complexe où les scientifiques quantiques font des expérimentations sur événements complémentaires. « la microphysique est un monde d’intensions (impulsions et énergies autonomes), où les objets individuels et les noms (hétéronomes) sont des notions qui ne sont pas naturelles » BitMQ_375. Ces notions propres à la désignation par une ontologie sont malvenues, sont inadéquates face aux comportements quantiques et les potentialités qu’ils offrent. On est passé d’un monde de propriétés à un monde de dispositions, ce qui a des incidence bien plus larges que les limites de la sciences, ce monde pour grossir les traits n’est plus celui des hommes supérieurs (les « bourgeois » de Brel) mais celui des créateurs, qui viennent prendre le relais. Pour reprendre des anecdotes de Niels Bohr, on est passé d’un monde où les danois et les suédois s’usaient en des guerre de rivaux BohPA_194 (antinomies, conflits et concurrence propre à un monde d’hétéronomie) à un monde où les savants interagissent sur le milieu étudié et quelque part l’expérimente en le transfigurant, dans ce cas précis les ethnologues et les physiciens BohPA_192.

 

 

 

 

 

Ce n’est qu’en posant que tout est relations que l’on comprendra la théorie de la relativité et la physique quantique. On peut dire que tout est relation sans tomber dans un absolu, sans croire que l’être ou la chose en soi, pour reprendre des termes abstraits, seraient englobés dans la relation elle-même. La relation ne forme pas un tout auquel cas on en demeure à une pensée de l’Ouvert ou du Dépli. Elle fait envisager que tout est accélération ou ralentissement et non simple dualité de mouvement ou de repos. Ce que l’on nomme des êtres, des individus ou des points ne sont que des points de ralentissement des croisements. Ici on ne pose pas le primat du mouvement sur le repos, mais qu’à une certaine échelle tout est traversé par une dynamique. Ceux qui sont cloisonnés ne le voient pas ou plutôt ne l’envisagent pas car il faut se détacher de la vision propre à notre intelligent. Cette dynamique tient plus des impulsions et des énergies, pour parler physique, ou des processus et des forces que des formes arrêtées ou instituées. Si l’on oublie les formes et les représentations, on se situe d’emblée dans un champ de forces comme ceux qui peuplent toute la physique moderne sans exception. Ceci nécessite un effort du cerveau, une autre manière d’utiliser ses capacités qui renforce son interaction vis à vis du du corps et de ses hormones. Laissons en suspens nos propos par ces quelques phrases d’Hawking : les gens dont c’est le métier de poser la question pourquoi, les philosophes, n’ont pas été capables de se maintenir dans le courant avancé des théories scientifiques… Aux xixe et xxe siècles, la science est devenue trop technique et mathématique pour les philosophes, ainsi que pour quiconque sauf quelques spécialistes [elle acquérait sa véritable autonomie]. Les philosophes réduisirent tant l’étendue de leur intérêt que Wittgenstein, le plus grand philosophe de notre siècle, a pu dire que « seul le goût qui reste au philosophe c’est l’analyse de la langue ». Quelle déchéance depuis la tradition philosophique, d’Aristote à Kant ! Cependant si nous découvrons une théorie complète qui unifie toutes les théories, elle devrait un jour être compréhensible dans ses grandes lignes par tout le monde, et non par une poignée de scientifiques. Alors, nous tous philosophes, scientifiques et même gens de la rue, serons capables de prendre part à la discussion comment nous existons HawHT_220. Quelles sont les possibilités de vie inouïes ? On peut ajouter aussi que l’importance de la physique pour le développement de la pensée philosophique générale ne vient… du fait qu’elle nous a conduits sans cesse à examiner et à affiner nos instruments conceptuels BohPA_145. Quelles sont nos capacités d’existence limite puisque la limite a été repoussée ? Après un monde clos, un univers infini, nous voici dans l’espace-temps fini sans bord.

 

Bibliographie pour cet article

BitPP : Michel Bitbol, Physique et philosophie de l’esprit, Paris, Champs-Flammarion, 2000

 

 

BitMQ : Michel Bitbol, Mécanique quantique, Paris, Champs-Flammarion, 2000

 

 

BorPA : Niel Bohr, Physique atomique et connaissance humaine, Paris, Gallimard, 1991

DzF : Gilles Deleuze, Foucault, éd. de Minuit, 1986.

HawHT : Une brève histoire du temps, Paris, Champs-Flammarion, 1991 (écrit en 1987)

 

 

 

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