Archives

Publié par Le Cazals

La capacité autonome n’est ni spéculation abstraite sur la métaphysique ni spéculation financière sur le profit. Pour parler en termes moins courants elle n’est ni homonomie ni hétéronomie qui sont d’autres manière d’envisager ce qui nous entoure, ce dans quoi nous nous impliquons. La capacité autonome n’éprouve aucun ressentiment ni aucune mauvaise conscience. Elle n’est ni haine ni honte. Elle n’est ni résignation ni révolté mais la simple implication dans les problèmes de son temps et leur dépassement. C’est pour cela qu’elle est création au sens où l’on peut dire que toute solution à un problème est créatrice en même temps qu’elle le dissout. C’est par exemple la résilience, Antigone parvenant à s’enfuir, c’est-à-dire la capacité que l’on a à surmonter un traumatisme ou une épreuve oppressive souvent imposée par la morale issue d’un Etat ou d’une Eglise bref d’une communauté d’individus. Il faut sans hésité s’immerger dans la réalité comme Spinoza, assumer le caractère tragique de l’existence. Il faut savoir avec gaieté comme Dostoïevski que l’important n’est pas de commettre un crime mais ce que l’on en fait de tout cela. Ceci nous fait entrer dans un monde plus dynamique, plus nomade, mais où le motif principal n’est pas le mouvement ou la contingence mais l’effort consenti pour réduire les problèmes. Il n’y a pas urgence. Ce nomadisme n’a rien à voir avec le fait d’être migrant, le nomadisme s’attache à ce qui est ici et qui peut être problématique. Mais le nomadisme ou la pensée affective s’attache à ce qui nous affecte directement comme les signes porteurs de vie par exemple. Les signes porteurs d’une vie plus riche, plus nuancée et donc plus intense.

Il ne s’agit pas, pour reprendre les réflexion de Castoriadis sur Rousseau dans Figures du pensable, d’ « instituer un peuple » CstFP_42 par un contrat ou un projet en abolissant un régime, un peuple précédents mais de réveiller ce qui est proprement vital en chacun, ce qui est résigné dans la haine ou la honte pour le tourner vers d’autres mœurs qui paraissent aujourd’hui immoraux à la majorité mais sont la marque de l’amour le plus libre, le plus fort. Rousseau parlait de « changer de mœurs » CstFP_42, d’ « instituer un nouveau peuple » mais on en restait à un sentimentalisme qui porte à l’égalité et à la compassion. Choses que Rousseau ne pratiquait pas dans les faits. L’amour le plus libre porte sur la vie et non sur des sentiments envers des personnes, il porte sur des affects non des affections , il n’est pas une amitié qui tourne bien souvent à un rivalité. Amitié et rivalité sont la même chose chez les amoureux de la sagesse que sont les philosophes. C’est tout autre chose que nous pointons : on peut l’appeler constellation affective, c’est-à-dire un ensemble de penseurs qui recueille ce qui doit être affirmer comme valeurs et se les échangent pour se simuler, se contaminer d’une énergie active. Cette constellation affective nous met d’emblée ce que Nietzsche comme Badiou nomment une surhumanité.

La surhumanité n’adviendra que si d’une part on simplifie ce qui est complexe et d’autre part que si on se ose la question du travail libre et du travail forcé. Le premier genre de travail est un travail thérapeutique sur soi comme nous l’avons montrer avec les multiples guérisons chez Nietzsche, d’une plus grande santé que la petite santé de Spinoza. Le second travail est plus proche d’une forme quotidienne et pessimiste faite de la peine de la semaine et d’ennui du week-end. S’éduquer au premier genre de travail changerait considérablement l’humanité et ses aspirations habituelles et nous éloignerait aussi des spéculations dans le vide que sont la métaphysique et le boursicotage (l’abstraction et la finance). Alors se produira une autre appréhension des problèmes qui irait au cœur des choses et mettra de côté de les atermoiements. Il est tout à fait possible comme le montre la neurobiologie avec la plasticité du cerveau d’atteindre une capacité cérébrale et intuitive hors du commun. Que ceci ne soit pas une anomalie vaincue mais une anomalie puissante et contagieuse est tout à fait envisageable : Toni Negri le pense en parlant de Spinoza, simplement en dépassant le stade de l’oppression et du souffre-douleur pour celui de l’autonomie et de la liberté (L’anomalie sauvage p. 29). Tel est le collectivisme de la surhumanité. Ce n’est ni un communisme égalitaire ni un individualisme libéral mais la prise en compte d’intensité et de potentialité nouvelles. Telle est la capacité autonome.

 

Renversons les valeurs : toute capacité résulte d'une organisation heureuse, toute liberté résulte d'une capacité (la liberté entendue ici au sens d'aisance dans la direction de soi ; tout artiste me comprendra), Nietzsche, La volonté de puissance NzVP°I,248

Si la capacité résulte d’une organisation heureuse comme l'affirme Nietzsche, d’une société qui tolère une pulsion libidinale plus grande, on peut aussi dire que la liberté résulte d’une capacité à se tenir à distance de la haine et de la honte, de l’ennui et de la peine. Mais suppose de s’être immergé et d’avoir traverser les turbulences tragiques de la vie car sinon comme le dit par ailleurs Nietzsche l’homme capable, fourvoyé dans sa capacité, ne peut en juger librement. C’est que tout penseur doit avoir subi une période de détachement par rapport à la réalité mais plus nécessairement par rapport au discours et langage creux avant de s’en réimprégner plus librement. En en appelant à la capacité autonome, pensons à cette phrase de Spinoza à la capacité autonome disons que : « nous sommes reconnaissants les uns envers les autres d’être libres ».

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article