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Publié par Le Cazals

Cette lettre a été écrite le 31 mai, je ne sais plus si elle est terminée, qu’importe, la voici tel quel…

 

 

 

Je vais partir d’une expérience comme vous aviez eu l’expérience d’une œuvre dans le musée Van Gogh ou de la libération par le deuil, c’est expérience dont je vais dire peu de mots est somme toute banale mais elle situe une tonalité affective (Grund stimmung). Dans ma petite enfance, je me souviens fortement de quand je traversais le lotissement valonné qui m’amenait à l’école. Je me souviens fortement de la traversée des parkings peu rempli sous l’éclat du soleil, sorte de désert rayonant entre la maison et l’école. Dès lors l’arrivée à l’école se manifestait par une poignée de main, qui provoque en moi le sourire, qui fait qu’ne moi j’ai un allant vers les gens, au sourire se renvoie un sourire. Chose toute bête, sociologiquement rabattable. Mais ces deux expériences en une, séparables comme réunissables, cette traversée et cette arrivée (ou rencontre), se marque d’un élan, d’une tonnalité. Simple élan qu’est la joie. On ne peut rien y enlevé, rien y ajouté, ça n’a même rien à voir avec mon expérience théatrale, qui elle se trouve niée dès que l’on y a pas assistée (C’est n’est plus de l’ordre de la Grund stimmung mais de la réversibilité de l’événément, la négation d’un continuum). C’est souvent ce que je cherche dans vos cours et qu’il se passe quelque chose, simplement dans l’assistance, dans la parole se diffussant qui débloque quelque chose. Mais s’y rajoute la réversibilité de l’événement, sauf si on embraye sur quelque chose qui est de l’ordre de l’endurance.

 

 

 

Pour comprendre que le mot Joie a d’indéfinissable dans la bouche d’un architecte, et ce que le destin réengagé à travers toutes les épreuves peut dire, je vous renvoie à L’Autobiographie de Frank Lloyd Wright (vous la trouverez sans problème à la librairie Le Moniteur qui jouxte le théâtre de l’Odéon). Frank Lloyd Wright était un grand lecteur de Nietzsche et de Lao Tseu. Plusieurs fois sa maison a brûlé, m’une de ses femmes lors d’un des incendies a eu la tête tranché par un serviteur, mais lui a traversé tout cela. A l’occasion un documentaire circule sur arte ou la chaîne Histoire qui raconte cela. Il y a un passage (p. 309) où il parle du mot Joie sans l’expliquer, et oh coïncidence il y parle de liens à la famille Lloyd-Jones. Comme si les joies enfantines déterminait par vases communiquants les joies que nous vivons actuellement (ou pouvons vivre). C’est tout l’art de l’artiste de dire une mot sans l’expliquer et comme le relève Badou et Nietzsche un mot seul n’explique rien. Naïvement prononcer le mot Joie est ce qui caractérise l’impuissance au discours des architectes et la manipulations qu’il en font. Au combien quelque chose passe à la lecture de ce livre au visionnage du documentaire. A l’occasion, lisez. Il y a bein sûr d’autres figures, Mies van Rohe, chargé d’une spiritualité hégélienne, qui construisit à 21 ans la maison de Richter (?) qui à l’époque était le grand exégète de Nietzsche, Loos le viennois witgensteinien qui posait la fin de l’architecture, Le Corbusier, le sophiste kantien qui prescrit un savant mélange (poison) fait d’espace absolu et d’espace sensible, vous auriez encore Alvar Aalto, le finlandais, que je ne saurais classé si comme naturaliste et aujourd’hui Koolhaas le deleuzien au milieu d’une brouettée de « sophistes ».

 

 

 

Deleuze est certainement l’une des plus grande autoroute qui comme toute autoroute elle traverse des désert, ou même les renforce en évitant les villages analytiques. Pour pousser l’humour un peu plus on pourrait que ses grandes sorties sont les stoïciens, Lucrèce, Spinoza, Nietzsche, Bergson. Badiou veut nous faire croire qu’il est la deuxième voie de cette autoroute celle qui va en sens inverse et jalonne la première. Tout grand penseur a ses doubles. Mais Deleuze a sans doute une richesse plus grande en ce qu’il fait coexister deux philosophies, une des flux avec Bergson et Spinoza, les séries du sens univoque, et une des forces, le fini-illimité chez Nietzsche. Badiou lui ne connaît de philosophie véritable que celle des formes. En ce sens comme il le dit très bien il fonctionne dans l’ « après-coup » BdC_89. Il ne peut saisir que des choses mortes. Son livre sur Deleuze est un cas typique de ce qui fait la singularité indiscutable de Deleuze. Le problème vient quand Badiou s’ingénie à couper l’herbe sous le pied du premier Deleuze en rejetant le sens univoque, utilisant de procédés sophistique, la chose devient plus grave certainement quand il « raille comme un idiot », disons ironiquement, les œuvres jugées trop modernes qu’il et qui porte la trace inépuisée encore de ce qu’est une philosophie, qui n’est ni des formes ni des flux. Et pourtant Badiou dans toute sa spécificité est le premier à avoir bien dissocier les deux tonalités, tel un chien de chasse il est allé directement à la première et il faut le louer pour ça.

 

 

 

Mais histoire de nuancer mon propos et de me donner un contre-pied, un récent ami m’a fait remarquer combien Deleuze, Foucault, Badiou et Derrida faisait partie des pensées dépressive. Quelque part Deleuze est celui qui, après Spinoza, au travers de la schize (du processus d’actualisation ou de dramatisation) a fait la jonction entre le concept et l’intuition. Il y a un très beau texte de Nietzsche sur la différence entre l’homme rationnel et l’homme intuitif, celui qui se protège des malheurs au travers des concepts (le stoïcien) et celui qui va au devant d’eux (Le livre des philosophe, éd. GF, III, 2, pp. 132-133). Ceci renvoie au problème de l’existence du concept et de sa substantialisation (ibid. NzLP, p. 168 note 8). Alors voici un complément moins louable sur les (entre autres le Deleuze solitaire et quelque part autoritaire, ce qui n’est pas un mal mais une fixation de la vie). La schize entre le virtuel et l’actuel et la jonction entre l’intuition et le concept, d’où le grand (virtuel en soi ) et le petit (Image cristal) circuit entre virtuel et actuel, le second essayant de nuancer le premier.

 

 

 

/nous ne vous reservons pas l'article écrit pour Sancho/

 

 

 

Dans l’expérience d’une matinée ensoleillée, c’est la joie d’exister qui se témoigne, parfois pour renouer avec cette joie, il faut faire l’usage de la pensée contre tous les affects tristes du langage (analytique et dépressif) et de la morale (coerxitive et anesthésiante). A partir de là on est dans une tonalité, sur un plan où l’on peut comprendre Badiou (et le dépasser) et un peu mieux Nietzsche, car notre époque, par sa physique et l’incertitude qui en émerge, fait étonnamment écho à l’époque pré-platonicienne, aux temps des physicoi. Histoire de faire mentir le tout premier Nietzsche (1972) mas pas le dernier. Ouvrir une brèche vers une pensée autonome et affranchie, c’est ce qu’il a fait, adieu les fardeaux et le sacrifices de soi pour les autres ou l’idée que n’importe quel ego vaille tout autre ego. C’est une pensée qui se dépersonnalise à mesure se singularise.

 

 

Lettre 41 à Mr Loraux le 31/5/6 pour l'expérience ensoleillée, introduite et complétée le 23/8/6

Dédicace à une amie qui a passé ses vacances sur l'ile d'Ikaria

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