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Publié par Paris 8 philo

/.../ il revient à la philosophie, à la pensée qu’elle retient d’abandonner les grandes distinctions, les réciprocités séculaires pour inverstir sans cesse la nuance, ces signes qui « comme des oiseaux viennent frapper du bec à la fenêtre. Il ne s’agit pas de les interpréter. Il s’agit plutôt de repérer leur trajectoire, pour voir s’ils peuvent servir d’indicateurs de nouveaux univers de référence susceptibles d’acquérir une consistance suffisante pour retourner une situation » DzCC_84, GuaAH, GuaCS. Deleuze commence ainsi avec les stoïciens ; « c’est la force des stoïciens d’avoir fait passer une ligne de séparation, non plus entre le sensible et l’intelligible, non plus entre l’âme et le corps, mais là où personne ne l’avait vue : entre la profondeur physique et la surface métaphysique. Entre les choses et les événements » DzD_76. Il poursuit « entre les deux… il y a une stricte complémentarité », c’est-à-dire une réciprocité majeure. A ce moment-là vous deviendrez « schizophrène » comme Artaud ou quelque chose comme cela, car si vous devez aller jusqu’au bout de ce que vous avancez, vous devez pour affirmer la nuance et la vie, abandonner la réciprocité des corps et des incorporels (au nombres de cinq chez les stoïciens : Temps, Lieu, Sens…). Ce n’est pas alors que tout soit corps mais que le langage est un corps comme pour le schizophrène (Artaud) et que le corps est un langage comme pour l’athlète. Pensons aux signes particules.

 

Je vous dis tout cela en pensant à Abdelatif Bénasi, le rugbymen, qui sortant l’année dernière une auto-biographie, s’était retrouvé face à un prof de philo platonicien de Pau ou Bayonne qui venait vendre un essai sur le rugby. Ce dernier rangeait le rugby dans les activités corporelles. Et Bénasi lui désapprouva cela en affirmant que le rugby n’avait rien à voir avec de la brutalité mais était une question de mental (un peu comme la nouvelle Million dollar baby pour la boxe). Pour preuve il parla de ces blessures qui sont faites le match mais que les rugbymen ne ressentent pas pendant l’effort, l’intensité (ou « mental ») avec lequel il vont au combat leur permet de dépasser cela. Il y a  blessure rencontre entre deux corps mais il n’y a pas événement. L’événement ne vient qu’après coup quand le corps est refroidi, « vieilli », un peu comme un philosophe qui, pour penser l’événement, surinvestit le langage faisant du sens quelque chose de purement langagier. Il n’y a pas dans cet exemple d’irréductibilité des incorporels. Comme le dit Freud et comme le suggère Deleuze en distinguant l’événement de l’accident, l’événement survient toujours en deux fois. Boris Cyrulnik, le dit à sa manière : il faut deux coup pour faire un traumatisme. Le second coup est toujours donné du point de vue de la puissance dominante (Etat, famille, capitalisme) par une personne un instrument qui ne perçoit combien il est conditionné au sein du système qui le « narcotise », qui l’insensibilise aux grandes choses.

 

Il y a événement quand la situation retombe dans le langage, quand elle est capturée par lui. Tant qu’il y a événement, les intensités n’ont pas leur autonomie car l’événement est pris dans la hiérarchie des corps et des langages. Mais dans le cas des athlètes, un peu comme ces gueules cassées de la Grande guerre qui ne se rendaient pas compte qu’ils avaient perdu une partie de leur cervelle, le second coup ne vient pas de suite : dès lors qu’on leur faisait remarquer ils se mettaient à geindre et s’écroulait. Tant que le corps est en capacité d’omettre la douleur, dans l’euphorie, il n’y a pas événement. Je l’ai expérimenté avec une entorse au genou après un chute de vélo. J’avais pu rentrer chez moi en pédalant, mais dès que je descendis de vélo et monta l’escalier mon genou se bloqua. Il y a une incapacité qui se transforme en gémissement mais il n’y a pas de second coup, sinon un prise de conscience après-coup. L’événement est donné du point de vue des corps et des langages, mais n’a pas d’autonomie propre. L’événement n’ouvre à aucune autonomie ou auto-affection, au contraire il la referme. C’est par une incapacité que l’on produit du langage porteur d’événement, comme une conscience qui se réveille en se rendant compte d’un danger NzGS. Si l’on est en capacité d’énergie, il n’y a pas d’événement, mai 68 est le symptôme de cela (Voir DzRF l’article de Deleuze-Guattari Mai 68 n’a pas eu lieu). On peut réduire les efficiences, les (im)pertinences à des événement mais par là on rate les constellations affectives qu’elles mettent en jeu. Je ne sais pas de quoi la pensée de l’événement est un symptôme, je suis comme indifférent aux événements et qui plus est aux autres. Les autres sont un point du système hiérarchique ou représentatif (hétéronomie) regardés depuis un autre point d’hétéronomie, les événements sont des points d’autonomie ou d’hybris appréhendés depuis un système de représentation (hétéronomie). Je suis indifférent aux événements (sans doute parce que ceux-ci ne sont pas au présent, qu’ils surgissent souvent sans bruit) mais pas du tout indifférents aux vitesses (accélérations ou diminutions) et aux intensités. On peut réduire les efficiences à des noms propres comme Deleuze, Foucault ou des noms de scientifiques, mais par là on rate non ce qui s’est passé mais ce qui peut se reproduire (état donné que cela s’est produit). Comprenez qu’on saisit par l’événement des capacités autonomes refroidies, des corps sans organes retombés. Je suis incapables de saisir les événements mais au contraire de les provoquer.

 

Pour conclure si « je » -la manifestation – est la marque d’une incapacité à former un continuum de pensée et d’action et si l’événement est ce qui permet de prendre en compte un traumatisme souvent initié par le système (hiérarchique et moral) lui-même, alors ce qui permet de résoudre le problème posé par une inaptitude, une incapacité, c’est bien une capacité (qui n’est plus une subjectivité fidèle et quelque part soumise au système). Il n’y a pas transgression puisqu’on ne se laisser voir. Le pouvoir a intérêt à provoquer des « événements » mais qui ne sont pas réellement des événements (les conflits bruyants diffèrent des événement qui arrivent sans bruits eux). Le pouvoir a tout intérêt pour se perpétuer de nous communiquer des affects tristes : ce que faisait le christianisme avec son goût pour la pitié et l’amour de soi (égoïsme). Les conflits violents laissent le champ libre à l’infini puissance erratique de l’Etat. Les « événements » sont la rencontre de la réalité, de notre propre limite de capacité, il faut pourtant retrouver le moyen de se connecter avec le fini-illimité, avec le continuum d’énergie, toujours autonome par rapport au système.

 

lettre 40 à Mr Loraux le 6/8/6 enrichie le 22/6/6

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