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Publié par Paris 8 philo

Dans notre série Qu'est-ce qu'un philosophe ? INTUITION ET CONCEPT 2. même si ce texte en reste à l'analyse conceptuelle et non aux instuitions spéculatives, celles qui précisément nous permette de sortir de la hierarchies des réprésentation (pensée hétéronome avec idrait Nietzsche son arrière-fond moral), il nous paraossait intéressant de le mettre. Pour souligner les limites de la pensée analytique par rapport au cerveau, pensée analytique qui, il faut le souligner, est aussi celle de Vincent Descombes. La philosophie analytique ramenant tout à du déterminé rejetant ainsi la puissance de l'indéterminé (c'est pourquoi ils vivent en institution :) Anthony Le Cazals.


Cerveau DU PHILOSOPHE, CERVEAU DU SCIENTIFIQUE 


par Vincent Descombes

 

Dans le passé, nous explique-t-on, le matérialisme se contentait d'affirmer que la pensée est une activité physique, une fonction dont l'organe est le cerveau. Mais les philosophes matérialistes étaient bien en peine d'expliquer ce que voulaient dire l'identité posée entre les événements mentaux et les événements cérébraux. On peut comprendre, par exemple, qu'un acte de lever le bras soit aussi un acte de demander la parole, car il arrive que ce soit en levant le bras qu'on demande la parole. Mais comment comprendre qu'une certaine agitation cérébrale soit aussi un acte de juger que l'heure est venue de passer à table ? Comment un arrangement neuronal pourrait-il avoir un contenu intentionnel ? Comment une chose que je fais (ici, juger) serait-elle en même temps un état par lequel passe mon cerveau ? On le comprendrait si l'on pouvait parler de cérébrations, au sens d'actions accomplies avec le cerveau pour organe, comme on parle de manipulations pour les actions accomplies avec l'organe de la main. Mais le cerveau n'est justement pas un organe dont on se sert, comme on se sert de ses mains ou de ses jambes.

Les philosophies mentales d'autrefois ne parvenaient pas à donner un modèle naturel convaincant de nos procès mentaux. Par modèle naturel il faut évidemment entendre : un modèle permettant la réduction d'une vie mentale en une mécanique physique. Il se trouve que, depuis l'invention des machines à calculer et le développement de l'intelligence artificielle, un tel modèle existe. Tel est du moins le message de la « révolution cognitive ». La philosophie de l'esprit a récemment cessé d'être spéculative et va devenir, à son tour, une science positive. Puisqu'on peut produire de l'intelligence artificielle, il suffit de savoir sur quels principes sont construites les machines à penser pour comprendre à quoi tiennent les capacités mentales (ou du moins les capacités intellectuelles, dites « cognitives ») des êtres humains.

Ma question sera de savoir si nous comprenons cette analogie de l'ordinateur. Question toute philosophique : dans toute cette discussion philosophique, il n'est pas réellement fait appel à des découvertes empiriques, ni à des procédés techniques, mais seulement, comme on dit, à un « changement de paradigme ». D'après le cognitivisme, nous avons aujourd'hui des concepts qui manquaient à nos prédécesseurs, et c'est ce qui nous permet de rendre intelligible une identité du mental et du physique qui restait hier mystérieuse. Tout notre examen sera donc d'ordre conceptuel. Il convient d'y insister, car la distinction n'est pas toujours faite, dans les ouvrages traitant de ce sujet, entre les recherches scientifiques et les analyses philosophiques. On trouve même des philosophes qui déguisent leurs dogmes en « hypothèses empiriques », sans d'ailleurs préciser comment ces prétendues hypothèses pourraient être évaluées sur le terrain. Un avertissement s'impose avant de scruter plus avant l'analogie entre l'automate et l'humain. Le cerveau dont nous parle la théorie du philosophe n'est pas véritablement la même chose que le système naturel qu'étudie le neurophysiologiste. Le cerveau du philosophe est, si je puis dire, un cerveau philosophique, une entité spéculative, une hypostase des opérations mentales dont la position est exigée par les principes du philosophe. C'est une coïncidence si cette hypostase porte le même nom que la partie du système nerveux que l'anatomie appelle ainsi. Du cerveau naturel, le philosophe ne sait rien de plus que le premier venu, et il n'a, en somme, pas grand-chose à en dire. Son raisonnement sur la matérialité des pensées ne lui apprend pas où se font les raisonnements, ni quels circuits de l'organisme vivant ils mobilisent. Il serait d'ailleurs malhonnête de lui demander de répondre à de telles questions empiriques, alors qu'il ne prétend nullement avoir tiré son matérialisme d'une inspection de l'animal humain. Tout ce que le philosophe soutient, en effet, c'est que, si son matérialisme est vrai, ou s'il est au moins plausible, alors le sujet pensant peut et doit être matériel. Par ailleurs, le philosophe a entendu dire que la science naturelle et la médecine reconnaissent qu'une partie de l'encéphale appelée « cerveau » joue un rôle fondamental dans l'exercice des fonctions psychologiques. Le philosophe, quand il est matérialiste, s'empare alors de ce nom pour désigner son sujet pensant. Mais rien de ce qu'il en dit ne repose sur une étude de l'activité du système nerveux. On notera que, si ce n'était pas le cas, s'il suffisait au philosophe d'être matérialiste pour que sa théorie de l'esprit soit une neurologie abstraite, c'est qu'on aurait trouvé la recette de la neurologie sans larmes : pour contribuer à cette science, il ne serait plus nécessaire d'acquérir une formation poussée, et de faire des recherches difficiles, tant sur le plan théorique que sur le plan empirique, car il suffirait d'avoir quelque chose à dire sur n'importe quel sujet d'intérêt humain. Par exemple, quelqu'un qui étudierait la diplomatie de Talleyrand ferait de la neurologie, puisque les idées de Talleyrand sont, en vertu de la thèse matérialiste, des fonctions ou des aspects du cerveau de Talleyrand. Identifier les idées directrices de Talleyrand, ce serait donc donner la description (très abstraite) d'un fonctionnement cérébral : il ne resterait aux spécialistes qu'à décrire plus en détail cette activité mentale-cérébrale.

En un mot, le philosophe est empêché par son état même de philosophe de proposer des hypothèses empiriques sur le cerveau, car toute hypothèse présentée par lui en sa qualité de philosophe devient ipso facto une spéculation portant sur un organe philosophique, un organe dont les contours et les fonctions sont dessinés sur un diagramme purement philosophique.

extrait de La Denrée mentale, Paris, Minuit, 1995, p. 151-153.

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laura 24/08/2006 16:04

Je me permets de vous suggerer d'aller voir ce blog et de nous dire ce que vous en pensez. Car j'aimerais savoir si la philosophie peut avoir un role therapeutique. Merci
http://logosconsulting.blog.mongenie.com

Paris 8 philo 24/08/2006 19:48

Chère Laura bien entendu que la philosophie a un rôle thèrapeutique. Activer sa propre pensée, apprendre à penser par soi-même, ce qui est l'une des branche de la philosopihe (l'autonomie). Ceci ne passe pas forcément par le dialogue, par la communication comme le fait Mr Junkar. C'est précisément ce que nous allons, dans les trois articles que nous allons mettre ces jour prochains. Mais nous l’avons plus ou moins aborder la hierarchie chez les rats , la philosophie ou ce que plusieurs philosophes ont appelé la pensée du Dehors, permet de passer de l’état de souffre-douleur à une libération, à une affranchissement par rapport aux situation d’oppression qui sont une des conséquences inévitables de notre société. Mais les philosophes comme par le passé avec les grecs avait la capacité à indiquer ce qui était charger de positif, aujourd’hui on parlerait de ce qui est porteur de nouveauté J, ce qui est créateur. C’est en se cforgeant ses propres armes, ses propres concept. Mais là il nous faudrait aborder ce que rejettait Platon en tant que Sophiste par exemple Hippias (qui se créait intérieurement et extérieurement) et Antiphon (qui créa un cabinet de guérison par la parole). Il n’est pas exactement sûr que la philosophie se réduise à l’art de faire accoucher les esprits comme le suggère Mr Junkar. Mais tu le retrouves par exemple chez Nietzsche quand ils parle des affligés par leur passé et de ce qui s’en libère, qui s’en affranchissent. LA PHILOSOPHIE EST THÉRAPEUTIQUE : si tu as l’occasion de passer à Paris 8 essaye de suivre les cours de MM Prado et Loraux. Tu en aura un exemple sous tes yeux.