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Publié par Anthony Le Cazals sur un tempo de Patrice Loraux

Reprise de Patrice Loraux - les ponts et les impasses dans la pensée en font le tempo. Bonne rentrée :).

Troublée par l’énigme qu’elle est pour elle-même, la pensée n’existe pas sans affectivité : ce qui excite paralyse la compréhension, mais, sans excitation, il n’y a pas de pensée, accélération vers la lumière, affectation de soi par ce qui dérange le sommeil de raison.

L'opposition n'est plus entre le visible et l'invisible, l'authentique évidence et son latéral mais le non-rapport entre le visible --- pour qui avoir en vue c'est faire --- et l'imprévisible --- à la fois incertain et inéluctable --- qui fait fondre tous les modèles, même ceux épistémologique du prétendu sceptique Nassim Taleb. Taleb n'est pas un a au sens ou contrairement à Jorion ou Larouche il est incapable de sentir ou de prédire la crise. De là le penseur, celui qui sait éviter la crise, davantage que le charlatan qui sait qu'elle aura lieu et construit ses modèles --- ses vessies qu'il nous fait prendre pour des lanternes --- en fonction. Non pas philosophe mais pur penseur celui qui, au coeur d'une activité positive, sent venir la crise : l'imminente dislocation de tout ajustement, de toute construction, de toute syntaxe. Chez le créateur, il existe une peur essentielle, celle de poursuivre. Plutôt recommencer que poursuivre : tel est le secret désir qui paralyse. Poursuivre, c'est passer par l'autonomie, hiérarchie-égalité qui admet le talent (Fourier-Proudhon) mais autonomie par rapport au comprendre classique, à l'entendement non réformé. Cette autonomie affective n'est qu'une tension, un changement d'appréhension, qui donne aussi ses déchets : la politique de Platon qui sélectionne ses tyrans, le savoir universel de Descartes ou aboslu et "encyclopédique" de Hegel qui fait devenir notre cerveau arbre et prend racine, la pseudo-science de Marx (l'économie politique est avant une analyse du Capital sous ses trois processus de production, de circulation et d'accumulation) qui attire les "révolutionnaires", le nomadisme fuyant de Deleuze qui nous fait virer schizophrène. L’affectivité peut opposer un mur à la compréhension par la raison, pour inciter à une compréhension par la sensibilité, l'intuition et l'affect en premier. Il faut alors consentir à un saut, à penser un pont, sans savoir quel sera le terrain inconnu découvert « en face », bref un peu plus loin, là où personne ne va. Mais avant tout il vaut mieux rompre, esquiver, négliger ... l'afflux incontrôlable de mots hypostasiés : Absolu, Infini, Abîme, Vide, Modèle, Utopie, Chimère, Inconditionné ; la précarité de toute oeuvre où négocier son propre disparaître. Ce disparaître étant précisément l'autonomie, étant entendu que la compréhension des choses n’est pas autonome mais que le faire oui, le faire du potier, par exemple, avant que Socrate ne lui tombe dessus avec ses questions morales. En cela Socrate disloque l'affectivité, si celle-ci n'est pas passionnée.

Dans l'autre cas, apparaît la constellation affective , il ne s'agit plus de devenirs, de processus soumis tôt ou tard à l'être de l'histoire, mais d'évolutions aparallèle, de mariages contre-nature, de symbiose qui sorte des cadre fixées par la morale (société, famille). Cette constellation dont nous avons vu entre autre qu'elle prenait la forme du dépleupleur-catalyseur-dérangeur vise à passer outre le vide métaphysique de la pensée, le Vide cosubstantiel à l'être et à la hiérarchie sans talent celle qui ne sait réembrayer en se transformant, mais en répétant la répétition. Sans ce milieu sans turbulence puisque fait de stèles et d'étincelles fulgurantes, milieu qui n'est ni isolé, ni fermé, ni ouvert (milieu turbulent), suivant qu'ils admettent des échanges d'énergie et de matière. Au diable le chaos et le cosmos. Au diable aussi l'entropie, ce chaos moderne, ne vaut que pour les système isolé, pour ceux qui croit encore au vide et ont au fond un vertige de la pensée, une peur du vide. C'est là qu'il suffit d'être négligent, entre autres, pour pouvoir pense. Ne faut-il pas être passé comme le souligne Nietzsche par tous les chromatismes stoïque, sceptique, cynique, dogmatique de la pensée. C'est un peu une histoire d'amour que je vous compte là, à la manière de celle contre-nature entre Lady Chatterley et l'homme des bois, celle portée à l'écran plus qu'au filtre par Pascale Ferran mais qui au fond est une version plus subversive que L'amant de Lady Chatterley, ou celle de Diane Arbus avec son étrange personnage dans le portrait imaginare qu'est Fur ou encore celle des personnages de Will Hunting qui se déclenche réciproquement les rebonds de leurs destinées respectives. Pensons un temps à ces attractions passionnées que d'autres trouveraient étranges, simplement parce qu'elle naissent dans un vernaculaire , une proximité affective qui n'a rien d'autochtone et bouscule les genres, comme celle de Sartre et de Beauvoir qui connaissaient leur chance de s'être rencontrés. On pourrait y voir un théâtre philosophique, mais non le théâtre de la représentation d'un texte, de personnages et de leurs intrigues et mais un théâtre de mis en branle des énergies, un champ d'énergie vivaces qui vous emporte, vous insuffle en tant que spectateur momentané inopiné. C'est là un milieu qui s'expose tout aussi étrange que les attractions qu'il met en avant. Mais si les tenants de la crise entre le savoir et la réalité maintiennent leur apparent sourire de façade, sous peu ce qui menace c'est l'absence de scène où l'énergie pourrait se mettre en représentation, en branle. Une imposture que d'autres nomment désastre. Il n'y pas de les connexions suffisants pour une constellation affective, les plus sensibles alors dépérissent par manquent d'endurance, car il ne savent poursuivre ou réembrayer sur l'oeuvre des créateurs, sur le combat des laïcs.
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