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Publié par Le Cazals

Sur les processus de dépersonnalisation et de constitution du soi.

1°) Retour sur le cours de Mr Loraux
2°) Une nouvelle théorie des signes (transgression et attirance vers le Dehors)



1°) Retour sur le cours de Mr Loraux. Ceci remonte à pas mal de cours maintenant mais j’ai ressenti très fortement le repositionnement que vous avez opéré sur les tonalités° philosophiques (que sont la force, le flux, la forme et la nœud) par rapport aux quatre rivales° de la philo : la religion, la politique, la science et l’art. A peu de chose près, j’y retrouve les quatre procédures de vérité de Badiou si l’on remplace la religion par l’amour, mais les deux au fond sont affaire de foi, de créance°. Ceci m’a fait m’interroger donc ces dernières semaine sur Badiou. C’est pourquoi j’ajoute à lettre, deux textes destiné hypothétiquement à Mr Badiou. En fait, loin de revenir sur le formalisme des ensembles qui caractérise sa philosophie, je me suis rendu compte qu’il avait entrevu quelque chose de similaire avec la pensée du Dehors qui m’occupe actuellement. En pointant le couronnement de l’Ouvert (l’Un-Tout ou encre la Relation) sous la forme d’un platonisme de l’Un, Badiou a souhaité mettre l’accent sur ce qui sert de couvercle à la grande nouveauté de Deleuze, à savoir la théorie des multiplicités et la saisie des singularités. C’est une nouveauté car les multiplicité ne sont plus pures ou abstraites comme chez Bergson (Chap IV de BgMM ainsi que BgDI) mais qu’elle sont impliquées avec une part virtuelle et une part actuelle. Ceci, afin d’expliquer le pourquoi des deux texte badioliens qui suivront.

a) Retour sur Spinoza. un problème se résout autant subversivement que formellement (i. e. la cerise sur le gâteau). Permettez-moi de vous apporter non la contradiction mais une légère différence de point de vue et sur Spinoza et sur Bergson. La philosophie de Spinoza est profondément émotionnelle et immergée dans la réalité, c’est un monisme-pluralisme (i. e. au centre des discussions de Badiou) qui considère qu’il y a une infinité d’attributs pour la substance mais que notre entendement volontairement limité en perçoit seulement que deux qui sont les « substances qualifiées » de la pensée et de l’étendue. Antonio Negri a montré très clairement combien il existait deux périodes dans l’éthique entrecoupées par l’écriture du traité théologico-politique. Si l’on s’appuie sur ce qui semble être la deuxième période les scolies et le livre V, il n’y a pas de parallélisme comme l’histoire de la philosophie (toujours pré-critique) veut nous le faire croire : je prends à parti ici Martial Guéroult le « détaché », qui montre de multiple manière comment sauver le parallélisme. En somme être paralléliste, c’est être Leibnizien (théorisant) et décalquer du Descartes sur Spinoza là où il voulait s’en arracher. Mais corps et âme, ou plus exactement pensée et étendue chez Spinoza ne sont que deux aspects d’une même chose c’est-à-dire que la substance étant absolument infinie, elle possède une infinité d’attributs mais notre entendement fini (notre intelligence sans poussée d’intensité) n’en conçoit que deux, la pensée et l’étendue, l’esprit et la matière. C’est donc bien avec cette finitude qu’il faut rompre et qui font de Spinoza comme de la pensée classique une pensée du déploiement de l’« être », de l’élévation vers l’infini. C’est ce que Deleuze appelle le Dépli, comme moment de la pensée, mais dont lui-même ne peut se soustraire complètement. Nous verrons cela dans notre prochaine lettre.

b) Retour sur Bergson. Quant à Bergson, il existe un passé en soi dans sa philosophie Chap IV de Matière et mémoire mais on en revient toujours aux deux manières d’aborder Bergson, mais ce passé en soi, qui se conserve en soi et ce qui permet au présent de passé (c’est la double répétition dont parle Deleuze à la fin de Différence et répétition mais qu’il évoquait déjà p. 56-57 de DzB). Seulement les « fruits secs » qui font de l’histoire de la philosophie (c’est-à-dire qui prennent le sens et les signes comme étant toujours déjà là) vous dirons que l’Être du passé prime sur l’ancrage du présent. Tout dépend pour Spinoza ou pour Bergson s’il l’on tient compte de ce qui est formellement établi ou de ce que leurs texte qui ont une part immergée dans la vie, ne font que suggérer. On doit tenir compte d’une chose qu’a très bien su relever Antonio Negri dans l’Anomalie suavage : il existerait deux périodes dans la genèse de l’Ethique car Spinoza s’est arrêter un temps pour entreprendre l’écriture du traité théoligico-politique. Si comme je vous ai dit que vous étiez plus bergsonien que vous ne le croyez je n’hésiterai pas à vous répéter que vous êtes (encore) plus spinoziste que vous ne le croyez, seulement il vous faut l’aborder par l’histoire de la philo en ne voyant pas que ce qu’il cherche à évacuer, à transfigurer au moyen de la affection (2ème période de l’Ethique, scolies et partie V sans doute) il est bien obliger de le définir (1ère période de l’Ethique). Bergson est « spinoziste » en ce qu’il a confronté directement ce deux périodes en étudiant là où elle étaient concentrées c’est-à-dire le livre I en rapport avec le livre V.
La critique de l’intelligence chez Bergson ou plus exactement de l’intellectualisme a pour but de dénoncer le verbalisme qu’il induit, c’est-à-dire la réduction de la réalité aux possibilités du langage et non aux potentialités de la vie qui elle transforme le langage. Jusqu’alors le langage occidentale (Logos ou discours) avait une origine métaphysique ou dialectique, ce que Bergson nommerait processus mécanique de pensée.

Que l’intellectualisme sous-tende un verbalisme tient aux caractères négatifs de l’intelligence que sont l’objectivation et la dépréciation de la vie : tout simplement les mots s’en ressentent, sous la forme d’oppositions purement abstraite qui dissèque la réalité présente plus qu’elle ne la révèle. Les processus sont pris à leur point d’arrêt et sont jugés par l’intelligence comme définitivement finis. On entrevoit donc pas Alors qu’il est de notre intuition d’entrevoir les potentialité d’une situation (= réalité présente). Il faut pour cela abandonner une vision mécanique ou statique du monde (1er niveau de réalité) pour une perception plus intuitive et plus encline au dynamisme (2ème niveau de réalité). Le premier niveau de réalité si bien enseigné dans les écoles signifie « restez assis bien sagement », « obeissez », le second niveau de réalité pousserai davantage à prendre des initiatives parfois réprimandées. Il ne s’agit plus de connaître ou d’apprendre ce qu’on nous montre mais d’entreprendre et d’expérimenter. Perception et vision ici s’opposent, la perception (intuition), ne se réduit pas à une découpe visuelle de la réalité comme le fait si bien l’intelligence, bien au contraire elle est qu’amène comme nouveauté la philosophie. Au début des Deux sources Bergson insiste sur l’exemple de Rousseau est de la perception nouvelle qu’il nous donne de la montagne. Un artiste serait celui qui amènerait au public de nouvelles perceptions.

2°) Pour une nouvelles théorie des signes.
Ceci me permet d’introduire ce que Foucault a très bien fait remettre en cause toute la tradition philosophique qui jusqu’à Husserl, tient les signes comme étant toujours déjà là. Si je devais faire une thèse ce serait sur ce thème de la théorie des signes qu’ont amenés conjointement Foucault-Deleuze-Guattari à partir de l’œuvre « prophétique de Nietzsche. Parler de cette nouvelle théorie des signes permet en fait d’articuler une pensée autour de la question de l’horizon (la Différence) qui prend le pas sur la limite qu’est la finitude. Il y a deux façon d’aborder la crise : « être las » ou « être là ». C’est la grande différence entre recueillir et entreprendre, recueillir les idées en concepts ou affects passifs et activer les idées en concepts en rapport avec la vie. Cette seconde options qui consiste à prendre des initiatives non fait aller au-delà d’une ligne d’immersion et par là même non fait transgresser la limite du langage car tout ce qui arrive, les nouveautés, les singularités, arrive sans étiquette mais est souvent, comme chez Einstein précéder de périodes corporellement intenses. Nous les appelons des intuitions. Cette ligne d’immersion, cette limite du langage telle qu’on la retrouve par exemple chez Wittgenstein, teint au fait qu’il existe deux forme de « connaissance ». Ne peut-on pas connaître objectivement et connaître par sympathie ou accointance. Mr Bitbol l’a très bien relevé quant aux sciences mais aussi concernant la philosophie. Ainsi cette limite est la différence entre philosophie cognitive et philosophie spéculative. Mais plus largement, cette différence pose la question de la transgression. La transgression de cette limite du langage est nécessaire à tout processus qui « avance », elle est le passage obligé pour toute création. Pour créer on a besoin de sympathiser, alors que maîtrise et méprise semble avoir une certaine correspondance. .A la fin de l’un de vos cours, Mr Loraux il s’est produit quelque chose de spécial. Un jeu poétique et révélateur des mots. Vous demandiez avec enthousiasme, « qu’est-ce que maîtrise le philosophe ? », au bout de plusieurs répétitions du fond de la classe, mes voisins comme moi-même, nous entendions tout autre chose. La question devenait : qu’est-ce que méprise le philosophe ? La réponse s’en est suivi : la douleur, les femmes, etc… L’ascèse comme l’appelle Foucault, la concentration (rigueur) comme l’appelle Bergson est à la jointure de ces deux formes de connaissance qui nous font au fond passer de l’amour au mépris et inversement. Mais c’est la « rareté des énoncés », l’air raréfié pour la création, qui nous pousse à la cavalcade, à toujours tendre vers… Il faut commettre l’art de l’imprudence, de l’audace transgresser ce qui est établi. On peut bien parler d’un art imprudent de l’amour. Maîtrise et non-maîtrise semble s’opposer comme création et production. Mais Amour et mépris se complète sans doute. Qu’est-ce qu’aimer ? Comment pleinement aimer ? bizarrement Aimer c’est Jean-Paul II qui en donnait une belle définition, bien obligé de constater l’usage que l’on faisait de dogmes. Pour lui aimer c’est ‘dépendre de’ mais ‘laisser faire’. Ceci résume le rapport entre l’autorité qui se gouverne elle-même et les pêcher des fidèles qui dérivent simplement, qui vivent pleinement, assumant toutes les aberrations Dz. Ainsi il s’agit de bien comprendre que la « connaissance » suppose aussi bien le respect mortifère que de mal-mener l’objet aimer.

La transgression de la limite et l’attirance vers le Dehors. Guetter l’aurore, guetter l’horizon. Pour cela non pas de penser « vrai » mais de penser « juste », pour pouvoir dans un second temps trancher net, attitude sartrienne avouons-le. Notons par ailleurs que Foucault détachera bien les deux pendant toute une période de sa vie, avant sa confrontation avec les prisons qui firent naître une énième crise en lui. Ce que veux dire Foucault par penser « juste », c’est qu’il faut « maintenir la pensée dans une distance à l’impensé qui lui permette d’aller vers lui, de se replier, de le laisser venir » FcDE1_267. Pour comprendre ce qui est au dedans de l’impensé il faut accepter le dehors, en s’immergeant dans la réalité confuse du présent. Il faut en quelque sorte transgresser le présupposé Kantien de la finitude plutôt qu’attendre derrière lui un hypothétique messie ou salut. C’est par exemple toute la thématique des veilleurs chez Foucault FcDE1_261-267 que sont Nietzsche, Blanchot ou Bataille. Il sont plus dans la transgression, dans la contestation, dans une provocation naïve que dans une réelle attente. Car pour détourner les propos de Blanchot, l’attente n’a pas pas d’objet, l’attente est profondément active et vigilante, bref il n’y a pas d’attente mais l’activation d’une perception plus poussée des choses. Comprenons-bien, il y a une former de naiveté qui fait que parler de transgression reste maladroit car on a oublier la limite, que naïvement on ne l’a pas vu trop distrait par le dehors, tout ce qui se passe. Si provoquer, ou contester, « c’est aller jusqu’au cœur vide où l’être atteint sa limite et où la limite atteint l’être » _238, guetter l’horizon c’est insister sur la fêlure inhérente à la Schize, à la Différence et c’est franchir la Finitude du village dialectique ou anthropomorphique pour aller sur la colline, au Dehors, et mieux voir l’horizon, (la Schize ou la Différence) que masquait la palissade de la finitude ou le donjon de la métaphysique. Fable un peu simpliste pour dire qu’en guettant l’horizon on oublie la limite que forme la crise et la finitude : notre désir, notre inconscience nous l’a fait franchir, on. C’est par naïveté que l’on a transgressé sans le savoir la finitude et la crise. S’il n’y a pas de transgression c’est qu’il n’y a plus de limite, que la crise a été résolue, car la limite et la transgression sont intimement liées .
Foucault en tant qu’il pense la transgression, en tant qu’il dissocie la théorie de la pratique (df Théorie de la pratique politique et théorie de la vie sexuelle) est comme Kant un penseur pré-critique, une penseur qui ne résout pas la crise . Mais au fond Foucault savait cela puisqu’il pensait « qu’aucun individu n’est irremplaçable au sein d’un travail théorique. Ce que j’ai dit, n’importe qui pourrait le dire à ma place. C’est en ce sens que je suis parfaitement inutile. » Son utilité Foucault la trouve dans l’influence de ce qu’il a pu dire et dans le trouble qu’il suscita et qui dépasse la simple analyse des discours à laquelle il se vouait. Sans doute cela tient-il aux usages et définitions renouvelées de certains termes, par exemple comme nous allons le voir du terme archive ou du terme savoir. Foucault les conçoit non comme des ensembles ou des registres mais comme des dispositifs autrement dit des conditions de possibilité : « J’appellerai archive, non pas la totalité des textes qui ont été conservé par une civilisation, ni l’ensemble des traces qu’on a pu sauver de son désastre, mais le jeu des règles qui détermine dans une culture l’apparition et la disparition des énoncés, leur rémanence et leur effacement, leur existence paradoxale d’événements et de choses » FcDE1_708. Foucault souligne événements et choses, je soulignerai le qualificatif « paradoxale », elle est paradoxale en tant qu’elle nie la distinction des mots et des choses. L’archive est un dispositif plus qu’un registre. De même je vous retranscris ici, l’usage que Foucault fait du terme savoir, pour lui le savoir n’est pas l’ensemble des connaissances mais le « socle » à partir duquel les connaissance sont possibles, on a peut-être chercher à y voir le pédagogique « socle commun de connaissance » mais l’extrait qui suis est très clair : « Dans une société, les connaissances, les idées philosophiques, les opinions de tous les jours, mais aussi les institutions, les pratiques commerciales et policières, les mœurs, tout renvoie à un certain savoir implicite propre à cette société. Ce savoir est profondément différent des connaissances que l'on peut trouver dans les livres scientifiques, les théories philosophiques, les justifications religieuses, mais c'est lui qui rend possible à un moment donné l'apparition d'une théorie, d'une opinion, d'une pratique. … et c'est ce savoir-là que j’ai voulu interroger, comme condition de possibilité des connaissances, des institutions et des pratiques » FcDE1_498.

La corde tendue par delà la fêlure entre la Dedans et le dehors devient, chez Foucault et Laporte, « une lumière allumée au milieu de l’ombre qui guide plus sûrement que la lumière de midi ». Il y a acuité plus grande et moins d’attente volontaire par rapport au jour qui vient. Guetter, veiller ce n’est pas attendre un signe convenu (le Messie par exemple), ou plutôt il faut entendre qu’à « guetter l’horizon » en maintenant de la distance avec l’impensé ce n’est pas être dans une posture d’attente, Foucault le dit à demi-mot : « il faut lire le texte de Laporte en laissant de côté, au mois pour un temps, ces guetteurs et ces veilles où la spiritualité occidentale a si souvent trouvés ses ressources métaphoriques ». A attendre on trouvera toujours du sens mais celui du Signifiant, le fameux Messie par exemple et par là même on manquera le « loup véritable » qui ne ressemble jamais au loup tant décrié de nos régions. Il n’y a plus de Je pensant, mais un anonymat naïf du guetteur.
Pour finir sur cette théorie des signes : « Nietzsche nous a signifié pourtant depuis bientôt un siècle, que là où il y a signe il ne peut y avoir l’homme, et que là où on fait parler les signes, il faut bien que l’homme se taise. Ce qui me paraît décevant, naïf sur les réflexions, les analyses sur les signes, c’est qu’on les suppose toujours déjà là, déposés sur la figure du monde » FcDE1_503.


Par là même se trouve expliquer le fait qu’à chercher l’ouverture on se ferme, à appuyer sur la limite de la finitude on rate le réel en n’osant pas transgresser la limite qu’une « ouverture » sur suppose. Peut-être est-ce là comme le remarque foucault le grand apport de Kant qui referma sa philosophie de l4ouvert par la finitude, voyant dans l’homme la réalité du transcendantal. L’ouverture suppose la limite et la limite comme le remarque si bien Foucault suppose la transgression. Comme il dit aussi très bien ailleurs : « Notre impression d’une rupture, d’une transgression est peut-être tout à fait illusoire. … Peut-être est-ce une illusion ? On a toujours l’impression que le soleil se lève pour la première fois. » FcDE1_
« Le jeu instantané de la limite et de la transgression serait-il de nos jours l'épreuve essentielle d'une pensée de l' « origine » à laquelle Nietzsche nous a voués dès le début de son oeuvre - une pensée qui serait, absolument et dans le même mouvement, une Critique et une Ontologie, une pensée qui penserait la finitude et l'être? ». L’origine étant la source ou le Dehors FcDE1_239. Michel Foucault disait l’homme occidental est un homme d’aveu. L’Eglise le fait se confesser, avouer ses pêchés, quotidiennement ou extra-ordinairement avec l’Inquisition. L’aveu suppose le mensonge. L’individu « ment » sur le fait qu’il n’est pas fini, qu’il y a pas homme, mais avoue sa finitude aux yeux de l’Eglise. Même si, sans le dire, Foucaultsur ce point s’est beaucoup basé sur Heidegger, ceci n’est pas sans rappeler Nietzsche pour qui le christianisme, sous le prétexte fallacieux d’Amour, n’a été que l’accentuation d’un processus d’égotisation. On parle d’Amour mais c’est la haine qu’on réclame, sous la forme du prochain, de l’Autre. C’est à la fin une haine de la finitude que l’individu retourne contre lui-même, une haine intériorisée sous la forme du ressentiment. On peux pousser le parallèle plus loin, la honte (ou l’orgeuil) est un regard par-dessus la crise. Regard critique qui fait que la pensée n’est pas en accord avec ce qui est. Le prétendu être et la prétendue pensée sont en inadéquation séparés par la crise. La pensée n’est pas en accord avec l’« être » que la pensée ne trouvera jamais de l’« être ». L’être est sans doute une simple copule, un mot vide qui « bizarrement » n’existe pas en Chine. Il est important de faire un parallèle entre différents processus. De voir leurs ressemblance (isomorphismes pour Foucault) ou leur point possible de recoupement. La foi dans la Raison ou la croyance dans le Tout que parfois Deleuze appelle Terre sont processus de Rationalisation et de totalisation mais ils ne correspondent en rien aux processus de libération ou d’activation qui passe, dans un premier temps, par la constitution d’un soi ou sujet autonome dans sa rébellion comme dans ses formes. On entre alors dans un deuxième niveau de réalité celui des devenirs-animaux. Le devenir-animal (2ème niveau de réalité) ne correspond en rien à l’être-humain (1er niveau de réalité). En réalité le devenir animal correspondrait plus à un processus de subjectivation qu’au processus d’assujettissement si courant dans nos société, la fameuse aliénation que dénonçait Marx : Le processus d’assujettissement produit en Moi de l’Autre, renforce la finitude mais pas de double (le soi). En France, ce processus a lieu généralement après le bac d’où l’importance de l’Université dans ce qu’elle peut amené de libératoire. Quant à cette double réalité ou cette double personnalité, Nietzsche l’avait très bien vu quand il disait dans Ecce Homo (je crois) qu’il avait rencontré peu de personne avec plusieurs personnalité mais beaucoup d’individus qui manquaient justement de personnalité. Ceci correspond à ce que j’évoquais sous le terme de dépersonnalisation (lettre 20), se dépersonnaliser c’est acquérir un double selon le thème cher à Foucault, mais c’est surtout acquérir un deuxième niveau de réalité ou les choses deviennent plus labiles et moins formelles. D’où l’importance de la nouvelle théorie des signes qu’est la théorie de la multiplicité pour saisir les singularités et les potentialités. Ce processus de dépersonnalisation qui est une forme de libération en somme a son corollaire dans ce que nous venons d’appeler processus de subjectivation, qui est une forme de compromis avec l’aspect formel de la réalité, les jeux de pouvoir dans lesquels nous baignons. Le processus de subjecivation est un compromis du processus de libération. Entrer dans un certain processus de subjectivation (toute la thématique de la gouvernance de soi chez le dernier Foucault) c’est n’est pas réinstaurer le primat du sujet mais une nouvelle subjectivité qui échapperait aux rapports de pouvoir ou rentrerai en résistance par rapport à eux. Si l’on devait amorcée une critique de cette soi-disant nouvelle subjectivité, on pourrait qu’elle demeure pleine de gouvernance (envers soi et les autres) et qu’elle forme avec le savoir, le pouvoir la triple racine des interrogations qui précédèrent selon Deleuze mai 68 , à savoir : Que sais-je ? Que puis-je ? Que suis-je ? et dont Foucaut déclarera dans son dernier entretien qu’elle ne sont que la reprise de problèmes bien traditionnels.

(1) « la limite et la transgression se doivent l’une à l’autre la densité de l’autre la densité de leur être : inexistence d’une limite qui ne pourrait pas être franchie ; vanité en retour d’une transgression qui ne franchirait qu’une limite d’illusion et d’ombre … la transgression porte la limite jusqu’à la limite de son être … La transgression n’est donc pas à la limite comme le noir est au blanc… Elle lui est lié selon un rapport en vrille dont aucune effraction simple ne peut venir à bout. » FcDE1_237.
(2) L’exemple même de de là coupure entre théorie et pratique est donné par une intervention du Groupe Information Prison que pilotait Foucault et qui fut plus ou moins à l’origine d’une révolte à la prison : « Nous étions arrivés avec nos questions sur le froid et la faim, et les détenus nous ont répondu par d'autres, celles-là même qui sont aujourd'-bleep- au caeur des révoltes et des revendications. les conditions de travail, la protection juridique des détenus à l'intérieur des prisons, le droit à l'information, la sottie et la suppression du casier judiciaire » (Le Nouvel Observateur, 17 janvier 1972, Les prisons de Plaven) FcDE&_40)

LETTRE 25 A MR LORAUX

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