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Publié par Paris 8 philo

Lettre-réponse à différents entretiens de Mr Badiou. Avec la précédente lettre elle forme le squellette du texte Deleuze et les deux éternités. Mais surtout il il y ait question du Pli, du Dépli et du Surpli.

 

 

13 avril 2005


Par cette lettre j’espère rendre raison à votre travail. En effet vous avez été l’un des premiers à pointer clairement la philosophie de l’Ouvert chez Deleuze. Celle-ci d’influence bergsonienne recouvre au final tout le pendant qui vient de ses rencontre avec Foucault et Guattari sous la forme d’une théorie des multiplicités apte à saisir des singularité. Cette distinction qui s’opère dans la philosophie de Deleuze tient en une phrase que deleuze énoncera à la fin de sa vie (1986) : L’Ouvert n’est pas le Dehors. En fait, de mon propre aveu, en pointant ce que vous vouliez dénoncé comme un

La philosophie de Deleuze est bien une métaphysique de l’Un. Mais c’est autre chose qui vous stimule chez Deleuze, je laisse volontairement de côté toute théorie de l’Être, car si l’on parle de l’Être c’est qu’il manque. Ce qui paraît vous fasciné c’est cette théorie des multiplicités et cette saisie des singularités qui se trouve dans Mille plateaux. « Ce considérable programme [théorie des multiplicités et saisie des singularités] est aussi le nôtre. Nous pensons évidemment qu’il ne l’a pas mené à son terme, voire qu’il l’a infléchi dans une direction opposée à celle que nous pensons qu’il doit tenir. » (UMM) –– 1°) Si vous divergez avec Deleuze c’est certainement que vous ne vous orientez pas vers le même sublime kantien : Deleuze a préféré l’infini dynamique, puissant, informe qui brise la composition organique et vous l’infini mathématique (immense et démesuré) qui déborde la composition organique (d’où le point d’excès). « Notre grande affaire, c’est l’infini. Car aussi bien les situations que les vérités sont infinies. » dites vous (EEM). Je n’ai pas pris de citation précisant quel infini mais cela est évident dans l’Etre et l’événement. 2°) Vous faites allusion finalement au Deleuze-Guattari qui cristallise Mille plateaux, dont Deleuze se détache quand il dit que Guattari et lui n’avais pas au fond même conception du Corps sans Organes, d’où là retombée du Corps sans Organes et plus largement de l’inspiration de Deleuze qui s’en est suivi. J’avoue projeter là mes propres interrogations, vous contaminer de mes fidélités.

Je ne pense pas que j’ai besoin de vous encourager dans votre voie, ce serait déplacé. mais toutes fois je confronterai devant vous deux citations qui font état d’une contradiction chez Deleuze si on maintenait la distinction entre ce qui est en droit et ce qui est de fait :

« On ne dois pas confondre le tout, les « touts », avec des ensembles. Les ensembles sont clos, et tout ce qui est clos est artificiellement clos. » (IM_21).

« On sait les contradictions insolubles où l'on tombe lorsqu'on traite l'ensemble de tous les ensembles comme un tout. Ce n'est pas que la notion de tout soit dénuée de sens ; mais elle n'est pas un ensemble et n'a pas de parties. Elle est plutôt ce qui empêche chaque ensemble, si grand soit-il, de fermer sur soi, et ce qui le force à se prolonger dans un ensemble plus grand. Le tout est donc comme le fil qui traverse les ensembles, et donne à chacun la possibilité nécessairement réalisée de communiquer avec un autre, à l'infini. Aussi le tout est-il l'Ouvert, et renvoie au temps ou même à l'esprit plutôt qu'à la matière et à l'espace. Quel que soit leur rapport, on ne confondra donc pas le prolongement des [/] ensembles les uns dans les autres, et l'ouverture du tout qui passe en chacun. Un système clos n'est jamais absolument clos ; mais d'une part il est relié dans l'espace à d'autres systèmes par un fil plus ou moins « ténu », d'autre part il est intégré ou réintégré à un tout qui lui transmet une durée le long de ce fil. » (IM_29-30)

Dans la seconde citations apparaît que tout ensemble quel qu’il soit reste ouvert. Si dans les années 80 Deleuze a tant insisté sur l’Ouvert c’est justement pour renforçer ou accompagner ce jeu d’ouverture et de relations qui demeure, comme pour leur donner une légitimité, une formalisation.

La philosophie du seul Deleuze est bien une métaphysique de l’Un. Ce n’est pas un hasard si Deleuze parle d’entêtement, de colline à son égard et de bifurcations et de fleuve agité (in RF) Il y a en somme comme deux philosophies chez « Deleuze » ou plus exactement il y a un Deleuze de l’Un et un Deleuze-Guattari du Dehors. Développons ces deux philosophies :

1 - l’une est philosophie de l’Ouvert qui obéit à un processus de totalisation, la seconde n’est plus la philosophie jamais efficiente d’avant l’Anti-Œdipe (c’est avec Guattari que j’ai commencé une philosophie nous dit Deleuze) et la philosophie en manque d’inspiration (des dernières années d’enseignement de Deleuze comme il avoue lui-même). Que la philosophie de Deleuze à partir d’Image-Mouvement et d’Image-Temps soit en dessous des attentes de Deleuze se comprend en ce que le processus de totalisation n’a rien d’un « mouvement proliférant, inventif, entraînant » comme l’attendrait José Gil, on peut faire un rapprochement avec le processus d’uniformisation de la science que cherchait Einstein après 1925, période dont on peut dire qu’elle était peu créatrice pour Einstein. Ainsi je vous rejoins totalement quand vous dites qu’il y a une profonde continuité entre Différence et répétition et les livres sur le cinéma. Tous appartiennent à une même philosophie de l’Ouvert, qui sont un avant et un après une « expérimentation-vie » avec Guattari. Deleuze a très bien ressenti sa perte d’inspiration, la retombée du Corps-sans-Organes, qui succéda à cette période du milieu. Il l’avoue dès 1983 au début de l’Image-mouvement : « l’essence d’une chose n’apparaît jamais au début, mais au milieu, dans le courant de son développement, quand ses forces sont affermies. Cela Bergson le savait mieux que quiconque, lui qui avait posé la question du « nouveau » au lieu de celle de l’éternité ». Je précise que cette question prend sa marque à partir de l’Evolution Créatrice.
« si le tout n’est pas donnable, c’est parce qu’il est l’Ouvert, qu’il lui appartient de changer sans cesse ou de faire surgir quelque chose de nouveau, bref de durer… Il est bien connu que Bergson a découvert la durée comme identique à la conscience. Mais une étude plus poussée de la conscience l’a amené à montrer qu’elle n’existait qu’un s’ouvrant sur un tout, en coïncidant avec l’ouverture d’un tout » (IM_20). Cette citation n’est qu’un exemple, les citation ne manque pas pour comprendre que l’Ouvert = le Tout = la Relation = … = L’Un. Mais je ne pense pas que le Virtuel soit l’Un, ni que l’Eternel Retour, le Dehors, Le Tout soit la même chose comme certains deleuziens le font à la suite de votre remise en place. Deleuze lz dit bien dans son Foucault le Dehors n’est l’Ouvert

2 – La seconde pensée dont Deleuze et Guattari ont pratiqué ensemble, est une pensée du Dehors qui repose sur la différence ou la schize entre le Dedans et le Dehors, le virtuel et l’actuel. Elle est la nouvelle philosophie à laquelle en ont appeler Foucault, Merleau-Ponty et même Heidegger. Peu avant la rencontre entre Deleuze et Guattari Foucault dans son texte sur Blanchot (La pensée du Dehors) parlait ou même en appelait à définir les « catégories » de la pensée Du Dehors. Deleuze a « de suite » vu un champ d’exploration ou plutôt a transformé l’essai la balle lancée « en avant « de Foucault. On peut appeler cela après coup une passe décisive mais qui est une transgression de l’alliance de la crise et de la finitude qu’est le cogito cartésien.

Ces deux philosophies correspondent à un pensée du dépli pour la première et à une pensée du surpli pour la seconde. Mais je développerai cela plus tard.

Mille plateaux est une intériorité, une « subjectivité » dans un dehors : cette œuvre comme beaucoup possède de l’implicite (du ténu), de l’impensé (le Dedans qui est précisément ce que Deleuze ne parvient malgré ses relectures à épuiser). Ce ténu est la multiplications des relation, que le Deleuze platonicien place sous le couvercle, le couronnement du tout. Ce que vous avez très bien vu, parce qu’au fond, si Deleuze parle d’un monisme de la Relation ou de l’Ouvert c’est pour « accompagné » ce fil ténu qui existe indépendamment de tout ensemble, que la conception des ensembles (2de citation) tolère dans son discours.
Quelque points sur vos rapports à certains philosophes :
- Platon. Comme Platon était un dévoyé par rapport à Socrate, ce que déplorait Nietzsche dès les écrits qui suivent Naissance de la Tragédie, vous êtes, par fidélité, par imitation qui veux rejoindre la source mais développe autre chose, un dévoyé par rapport à Platon. Seulement la fidélité opère sur le malentendu ce qui est au Dehors, et non sur la fidélité à une ou plusieurs intuitions qui reste(nt) en soi, non-exprimée(s), qui sont au Dedans de la pensée mais ne la constitue nullement.
- Foucault. Vous avez un non-rapport avec lui précisément parce que vous en êtes –- dans une logique de libération – complémentaire, vous vous êtes occupé de retirer tout objet propre à la philosophie, d’évacuer toute connaissance qui suppose un objet ; Foucault, lui, par la disparition de l’homme estimait contre Sartre que l’on ne peut plus considérer l’homme comme sujet de liberté même s’il demeure objet de connaissance. Sur ce dernier point, Foucault avoue quand même que l’homme comme objet de connaissance manque aujourd’-bleep- de pertinence. Plus exactement l’homme n’est pas la bonne échelle, pesons, pour prendre un exemple, à toute ces hormones qui dans des situations d’indécidabilité déterminent notre décision. Des études ont montré que les gens s’asseyaient dans les salles d’atttentes en fonction des hormones laissées pas le « sexe opposé ». Que l’homme ne soit pas la bonne échelle Foucault le dit ainsi : « Nietzsche nous a signifié pourtant depuis bientôt un siècle, que là où il y a signe il ne peut y avoir l’homme, et que là où on fait parler les signes, il faut bien que l’homme se taise. Ce qui me paraît décevant, naïf sur les réflexions, les analyses sur les signes, c’est qu’on les suppose toujours déjà là, déposés sur la figure du monde » FcDE1_503. Cette théorie des signes à laquelle Foucault en appelle après Merleau Ponty, Deleuze la réalisera sous la forme d’une théorie des multiplicités apte à saisir les singularités.
- Le sujet (soi) chez Foucault. Pour expliquer brièvement ce qui la constitution du sujet chez Foucault, je trouve partirai de deux interprétations que Deleuze fait de Foucault dans son Foucault : « je trouve l’autre en moi, je ne [le] rencontre pas à l’extérieur » DzF_105. Je prend le pari que si j’allais voir Lévinas qui a beaucoup écrit sur autrui ou n’importe qui dans le genre, pari donc impossible à réaliser, je me verrai rembarrer immédiatement, car venant du Dehors, Lévinas rejetterai ce qui serait une agression précisément du Dehors. Ceci s’est produit quand Guattari est allé voir Lacan avec lequel il était « fidèle ». La seconde citation est « Il faut que le rapport avec les autres se double d’un rapport avec soi » DzF_108. Ainsi aurait au sein du moi le partition entre un moi inconscient que vous nommez sujet et moi conscient que vous nommez conscience : le moi se partage suivant la fêlure de ce qui est à soi et à l’autre. Deleuze le dit autrement en parlant du double. Le double ou (le soi), « ce n’est pas un dédoublement de l’Un, c’est un redoublement de l’autre. … ce n’est pas l’émanation d’un je , c’est la mise en immanence d’un toujours autre ou d’un non-moi. Ce n’est jamais l’autre qui est un double, dans le redoublement, c’est moi qui me vis comme le double de l’autre DzF_105. Ne pouvant m’empêcher de poursuivre… « Ce que les grecs ont fait, ce n’est pas révéler l’Être ou déplier l’Ouvert, dans une geste historico-mondiale… ils ont plié la force sans qu’elle cesse d’être force. Ils l’ont rapportée à soi. Loin d’ignorer l’intériorité, l’individualité, la subjectivité, ils ont inventer le sujet, mais comme une dérivée, comme le produit d’une « subjectivation ». » DzFC_107-108. Précisément là on touche à votre définition du sujet en ce que le processus de subjectivation n’est pas le résultat d’un assujettissement _113, de ce que Nietzsche appel dans ses derniers écrit processus d’égotisation (Foucault reprendra cela en étudiant la société de l’aveu que se constituait au travers de la confession et de l’inquisition). On aboutit non à un sujet de liberté (homme supérieur) mais à un sujet de subversion et de contestation (créateur enclin au surhomme).
- Clairement Foucault à la suite de Merleau-Ponty pour donner une suite à votre Panorama (PPF), ont cherché à déplacer l’affaire de la philosophie (limite sur laquelle elle devait opérer) : il ne s’agissait plus de se résoudre à la finitude ou de la transgresser mais d’y être indifférent et de se focaliser sur l’horizon des signes qu’est la ligne du Dehors. On la connaît davantage sous les termes de Différence, Fêlure ou encore la Schize. Mais il n’empêche que le rapport de la pensée à l’être (qui manque forcément quand on s’interroge sur lui)
Ce qu’on m’a présenté comme des vérité notamment au cours de mon enseignement en architecture n’étaient que des formalisation mal dégrossies ou trop kantienne c’est—dire comme inadéquate avec la vie n’avaient




AJOUT IMPORTANT

1°) Le dépli comme déploiement divin de l’« être » (Spinoza)
2°) Le pli comme finitude humaine de l’ « être » (de Kant à Bergson)
3°) Le surpli comme dépassement surhumain de l’« être » vers le devenir intense (Nietzsche)
4°) Ce que Deleuze laisse en suspens…
Que ce soit le pli ou le dépli, l’un comme l’autre participent d’une philosophie de l’Ouvert

1°) Ce qui caractérise la philosophie de Spinoza, c’était une pensée du dépli, de l’élévation à l’infini, du déploiement de l’« être ». 2°) Ce qui caractérise la philosophie de Bergson, c’était une pensée du pli, de la conscience qui tendait vers le dépli, on peut la résumer comme un trajectoire allant de Leibniz à Spinoza, c’est-à-dire du pli au d. Le pli et le dépli sont caractéristiques d’une pensée de l’ouvert et donc de son corrélat la fermeture comme l’a si bien confirmé Kant. Quant à Nietzsche, qui venant après une philosophie du pli et du dépli, ce qui caractérise sa non-philosophie (de l’Ouvert), encore appelé pensée du dehors, c’est bel et bien le surhomme et l’éternel retour, c’est-à-dire un dépassement de l’« être » (plié-déplié) vers une pensée du surpli. 4°) Enfin, pour Deleuze, il demeure comme l’indique la dernière page de son Foucault tout un champ d’exploration autour de la pensée du surpli

Enfin pour recouper avec ce que je disais précédemment :
1°) Le dépli suppose la crise, la distinction entre la philo et le monde de la vie, les mots et les choses
2°) Le pli suppose la finitude.
3°) Le surpli suppose la différence ou la schize.
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