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Publié par Le Cazals

Les voies pour sortir de la phiosophie. Les 2 durées chez Bergson (complément manquant)

 

05 février 2005




Pour reprendre ce que je disais, le troisième mouvement est le mouvement d'autosuppression de la philosophique. Le quatrième mouvement est un peu comme un fil tendu au dessus du vide de la crise entre le Dedans est le Dehors. Ce quatrième mouvement est la dépersonnalisation à laquelle aspirait tant Deleuze (DzP). Il travailla non seulement à l'élimination de la part négative de la philosophie mais aussi à sa propre dépersonnalisation, c'est pourquoi, je crois, il estimait qu'il n'y serait sans doute jamais arrivé sans ses étudiants (DzP). Il s'en servait comme force du Dehors, celles du langage et de la vie, avec toutes les aberrations que véhicule heureusement la jeunesse. Mais pour revenir au troisième mouvement qui irait de la pensée (réduite à l'analyse) à l'être, il n'existe pas sinon sous la forme négative de la « connaissance cognitive ». Le troisième mouvement est le corrélat de deux mouvements: l'auto-suppression et la dépersonnalisation (= libération). Ce n'est donc pas un hasard, si dans cette lettre je serai aussi amené à parler de la coexistence des pensées de l'Ouvert et du Dehors chez Deleuze.

Pour reprendre là où j'en étais, la dernière fois, je dirais que « mon » quatrième mouvement (activation et plus largement libération) joue à saute-mouton avec « votre » troisième mouvement (auto-suppression). En fait vos cours (me) servent de catalyseur à une certaine pensée, et même votre schéma est des plus justes dans les 3 mouvements que vous considérez: du point analytique on peut aller vers la question ou vers l'institution ou encore remonter juste au point d'adhérence avant que la scission de la aise n'opère. Le quatrième mouvement pourrait être celui de la plénitude de l'R être». Si le schéma de f« escargot » est obsolète ce n'est que parce que, sorti de ces 3 mouvements, l'auto-suppression philosophique opère et simplifie l'escargot.

Mais pour bien tout récapituler nous avons trois grands courants philosophiques déjà évoqués auquel j'ajoute un quatrième (le matérialisme) :
- une philosophie de l'ouvert, résurgence spiritualiste.
- une philosophie atomiste (du multiple) lignée matérialiste qui va de Démoaite à Badiou (les atomes et le vide, les ensembles et le point d'excès)
- une pensée du Dehors que l'on retrouve en partie chez Deleuze et Foucault et qui s'appuie sur une biologie vitaliste.
- une philosophie cognitive ou analytique, cheville ouvrière et positiviste des trois philosophies précédentes. (encore que parier de philosophie cognitive (Kantisme) c'est être dans une philosophie de l'Ouvert, de la conscience). C'est par exemple la philosophie américaine qui a le vent en poupe.

Ayant succinctement posé cela, on peut préciser que le mouvement de libération qui indifféremment traite de la consistance (être) et de la pensée ne fait que reprendre ce qui est l'intuition spinoziste selon Bergson : à savoir que le mouvement par lequel 1a pensée s'effectue et le même que celui par lequel les choses s'engendrent (il n'y a pas de scission due à la aise). Deleuze nomme cela actualisation-différenciationproblématisation-dramatisation en ayant toujours en tête que le drame n'est rien d'autre que l'événement. Nous sommes alors dans une philosophie d'adéquations et de pertinences qui ne connaît que le plein et élimine peut à peu les concepts creux (philosophie à coups de marteau). Ce que l'on nomme l'absence n'est alors qu'une relation inadéquate, qu'un retardement vis-à-vis d'une relation d'adéquation possible et de plus en plus inévitable.

Si une partie seulement de la philosophie de Deleuze peut être appelée pensée du Dehors c'est qu’une seconde partie appartient encore à une pensée de l'Ouvert. Comme le dit Deleuze dans son Foucault, le Dehors n'est pas l'Ouvert, le Tout. Comme il le dit encore c'est avec Félix que j'ai commencé une philosophie. En effet Logique du sens, ne fait que parler des deux séries ouvertes ou infinies de l'être et ce la pensée, sa vision paralléliste du spinozisme n'échappe pas à cela et génère des relations biunivoques. De même, Image-Mouvement débute sur l'Ouvert chez Bergson, lequel n'est qu'un tout spirituel. Sa rencontre avec Guattari lui a permis d'effectuer des bifurcations, en somme de se faire capture par les forces du Dehors. Vient ensuite, ce qu'on peut appeler la retombée du corps sans organes, qui coïncide avec, de son propre aveu, le manque d'inspiration qui marquèrent ses dernières années d'enseignement (résonance avec la « nouveauté » IM 9-22). Ainsi les derniers ouvrages de Deleuze sont-ils plus analytiques comme le Pli (qui ne porte que sur une manière de concevoir les choses, aveu fait à la fin du livre), Qu'est-ce que !a philosophie ?, où l'on sent bien l'idée d'un retour en arrière et l'effacement de Guattari (c'est la continuation de DzDR), il en va de même pour Crüque et clinique qui laisse des pistes ouvertes. Il faut avoir en tête le fait que si Badiou a tant d'admiration pour ces derniers ouvrages et tant prise sur eux, c'est qu'il y a moins de nouveautés et une assimilation plus évidente dans ses ouvrages. Ainsi chez Deleuze au travers de Bergson, il demeure une part d'Ouvert, qui cache un anthropocentrisme ou un théocentrisme, ceci se retrouve par exemple dans l'ontologie deleuzienne, autre nom pour ce qui correspondrait à la métaphysique chez Bergson et qui consiste à dire que tout le passé se conserve et coexiste avec le présent. (C'est sans doute là la dimension que François Zourabichvili cherche à éliminer chez le Deleuze bergsonnien mais sur laquelle il bute en ne parvenant pas à formuler la part d'ouvert qu'il y a chez Deleuze.) Le passé est et le présent devient. Le passé est ce qui permet au présent de passer. Ce que Bergson formule entre autre ainsi: « Partout où quelque chose vit, il y a ouvert quelque part, un registre où le temps s'inscrit. H (EC_16l508) . Deleuze encadre cet extrait ainsi: « il est bien connu que Bergson a d'abord découvert la durée comme identique à la conscience. Mais une étude plus poussée de la conscience fa amené à montrer qu'elle n'existait qu'en s'ouvrant sur un tout, en coïncidant avec l'ouverture d'un tout... S'il fallait définir le tout, on !e définirait par la relation. C'est que la relation n'est pas une propriété des objets, elle est extérieure à ses termes. Aussi est-elle inséparable de l'ouvert, et présente une existence spirituelle ou mentale. » (DzIM 20). J'ai souligné le terme « mentale » car à plusieurs reprises Deleuze suggère que tout est une image mentale et non effective s'il n'est pas ouvert. Mais j'y reviendrais dans une parenthèse sur le faux problème de la relation du cerveau à l'esprit, la distinction cérébral-mental n'existant pas dans le corps-sans-organes, ce même Cs0 étant « la plus haute forme de spiritualité » pour Deleuze (DzFB). La « nouveauté » de Deleuze est que sa pensée à dépasser la philosophie de fOuvert (UnTout).

Cette longue citation me permet aussi d'amener de l'eau à mon moulin, concernant la relation, sous la forme de la physique quantique. Cette semaine je suis allé au premier cours de Mr Bitbol (DEA philosophie des sciences) sur les concepts de la physique quantique. Je vous en restitue les grandes lignes, ceci afin de définir le 3ème mouvement comme étant impossible sinon sous la forme d'une relation cognitive: la finitude aussi bien que la crise empêche le 3è" mouvement. On en reste à une connaissance passive et non à compréhension active et impliqué au monde...
Je résume. Pour la science moderne on ne peut accéder qu'à des relations et non à des déterminations ni à des essences absolues. La mécanique quantique s'appuie sur une philosophie cognitive issue du Kantisme et n'oublions pas que pour Kant il n'y a pas de connaissance absolue mais une connaissance objective ou plus exactement intersubjective c'est-à-dire qu'elle n'est valable que pour les sujets rationnels et finis. Le propre de la mécanique quantique est de n'avoir pour ec objet » d'étude que des relations. Elles sont de deux types : relatons cognitives ou transversales et des relations entre objets ou latérales. Mais nullement on a affaire à des relations réelles ou forces.




C'est qu'à l'échelle quantique, l'instrument de mesure influe sur l'objet et en le mesurant le fait donc varier. II n'y a pas de possibilité de connalùe l'objet de manière déterminée, certains « idéalistes » ont donc fait l'hypothèse des invariants cachés, l'objet aurait des propriétés invariantes en l'absence d'observateur ou d'instrument de mesure. Mais la mécanique quantique a évacué ce problème en ne prenant en compte que les deux types de relations. C'est qu'en réalité on est passé d'une conception du mouvement comme propriété intrinsèque de l'objet (Aristote) au mouvement comme relation (Gallilée, cf. DzIM_13). L'un des mérites de Mr Bitbof, c'est d'avoir tout de suite établi que la science de révolution porte sur des Relations (ex la révolution galiléenne porte sur la force de gravitation, la relation du temps de la chute d'un corps à l'espace parcouru) alors que la science dite « normale », porte sur des déterminations et entre en concurrence avec la première 1.
La philosophie cognitive excelle dans les dilemmes ou les trilemmes. Ces problème, la physique quantique les évacuera à mesure qu'elle s'émancipera vers ce qui est sa « nouveauté N, bien qu'avec Bohr elle trouve ses bases dans la pensée cognitive de Kantz. Ainsi premier exemple, les photons sont-ils des caps ou des ondes (mécanique corpusculaire ou ondulatoire). Les photons sont avant tout des « images » ou plutôt des impulsions de relations, ou des émissions de forces. Second exemple le trilemme de Munchhansen (personnage de conte qui s'élève dans les air en tirant la languette de ses bottes). Ce trilemme ou « trilemme des fondements » expose les 3 écueils qui empêchent de fonder une connaissance absolue, 1 °) le cercle vicieux (on se fonde sur quelque chose qui doit elle-même se fonde sur nous), 2°) le caractère dogmatique du fondement, 3°) Enfin la régression à l'infini, on fonde sa connaissance sur quelque chose qui doit elle-même être fondée.
Comme le montre plus simplement Deleuze (DzDR), le fondement est toujours second, petit exemple verbaliste : ne crée-t-on pas de grandes institutions à la suite des grands hommes, leurs « fondations ». L'évocation de ces dilemmes et de ces trilemmes qui engorgent la philosophie cognitive, n'est là que pour rappeler l'inadéquation de la « connaissance » à saisir le monde dans sa réalité. C'est peut-être qu'il y a comme si la condition de possibilité suffisait à l'existence de la chose même. La physique quantique, dans sa « nouveauté », va plus loin. Comme le dit Bohr, « le point de vue de philosophie naturelle [= cognitive] est essentiellement inadéquat pour rendre compte des phénomènes physiques ... quantiques » tNieb Bar, op. ci, a. M.
Face à toute cette complexité3 il n'y a que deux solutions, la réduction ou le saut qualitatif au dehors. Pour échapper au réductionnisme, on a mis en place ce qu'on appelle les relations de survenance: par exemple le cérébral surviendrait au mental, c'est-à-dire que [e cérébral ne peut changer que si le mental change, mais en retour le mental peut changer sans interférer sur le cérébral. Mais ceci marche avec !e monde qui survient aux prières, (prier ou attendre n'a jamais changer le monde), ou pour revenir au cas qui nous concerne les relations surviennent aux propriétés. Ainsi la possibilité de la relation survient à la relation elle-même. La propriété cache en fait l'infinie possibilité de relations, la propriété n'est qu'une disposition à entrer en relations. Deleuze, à partir de son Hume, le résume plus simplement ainsi la relation est extérieure aux termes, se rapprochant ainsi d'une physique quantique, tout en dépassant la philosophie cognitive. Deleuze ne se posant pas de question de connaissances ou de simples mesures du réel mais bien comme créer à partir de lui. Plutôt que de parler de survenance, il use d'une théorie paralléliste plus radicale, les relation bi-univoques, échappant enfin au réductionnisme: un état cérébral change en même temps qu'un état mental et inversement. Ceci ne contredit en rien [a proposition bergsonienne sur le souvenir selon laquelle le cerveau ne contient pas de représentations, non seulement le cerveau ne contient pas de représentations (mais des processus en réalité), mais en plus le cerveau est lui-même une représentation, une image-découpée dans l'organisme. Si la relation est extérieur aux termes, c'est alors que le mental et le cérébral sont indistinct, pour Deleuze c'est le cerveau qui pense. J'arrête là cette parenthèse.
Pour reprendre la distinctions des d"rfférents courants philosophiques on peut dire que la philosophie Kantienne a donné la physique quantique (Bohr), la philosophie atomiste a donné la chimie (Dalton) et la mécanique atomique (Lorentz) et enfin la biologie vitaliste4 a montré qu'une troisième voie existait qui ne se réduisait pas aux deux premières. On peut rêver à une « biologie » quantique (à une science) qui contrairement à la mécanique quantique dépasse le rapport du sujet à l'objet et nous mette d'emblée en présence de forces, mais alors ce ne sera plus une science mais une technique qui dépassera la dimension passive et cognitive. Pour l'anecdote, il est intéressant de voir que des physiciens quantiques comme Feynmann, voyait la constitution de la première bombe atomique comme une simple travail d'ingénieur qui éloignait les scientifiques de leur passionnant travail théorique. Peut-être une science nomade, ne s's'intéresserait-elle pas à ce « rapport de second ordre », à ce « rapport de rapport », comme !e dit Mr Bitbo[, qu'est la connaissance. La connaissance « vraie » ne sera jamais compréhension adéquate.


(1). ... un peu comme la concurrence du R régulier a et du Q singulier A chez Deleuze, DzIM 15.
(2). Cf Bohr, Physique atomique et connaissance humaine, folio-essai. A ta conservation de l'énergie, on peut substituer le transfert d'énergie, aux notions de corps et d'ondes, celle d'impulsion (proche du concept de force, mais avec une dimension c spectrale » propre à toute science d'observation)
(3). Cela me fait penser à tous ces cercles rectificatifs que l'on ajoutait à l'orbite des planètes, avant qu'avec Kepler on ose faire le saut qualitatif vers l'ellipse comme trajectoire des planètes.
(4). » Beaucoup de biologistes [ont] la conviction qu'aucune compréhension effective des aspects essentiels de la vie n'est possible en termes purement physiques... Ce point de vue (désigné sous le nom de vitalisme) ne peut trouver une expression non ambigué dans l'hypothèse que toute vie organique est dominée par une « force vitale » absolument inconnue de la physique. » Niels Bohr, physique atomique et connaissance humaine, p. Tout est dit et Bergson ne disait d'autre que cela dans BgEC.
 
LETTRE 20 A MR LORAUX
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