Archives

Publié par Le Cazals

3 février 2005


Je vous écris le petit post-scriptum que je n’ai eu le temps de mettre dans ma dernière lettre, ce qui me permettra d’enchaîner avec la suite c’est-à-dire les thèmes de l’auto-suppression et de la perte.

On en était avec la crise au cœur de la vie. C’était une autre topologie que j’essayais d’introduire, la crise «étant le synonyme géographique de la dépression (continentale par ex.). Et c’est forcément là que passe le courant de la vie. Cette topologie est aussi un renversement de l’axe Bien-Mal par celui de l’acivité-passivité. Ce n’est plus l’axe de l’utilité-futilité de la vie, mais celui de la natalité chez Hannah Arendt. A la question : saurez-vous dépasser l’éloge de la passivité chez Husserl (l ‘attente en somme), « je » vous amène des élément de votre parcours pour qu’« on » puisse avancer. Depuis presque trois ans que je vous connais, votre travail à consister à explorer les choses tout en évacuant les vieilles recettes, les vieux poisons. Il est loin le temps où vos trois premiers cours de DEUG sur limite-frontière-horizon. « Nous » avons fait du chemin depuis. En licence (Foucault) il y avait toujours deux lectures possibles, celle classique que faisait tout étudiant sorti de prépa, et puis celle plus labile que pouvait faire tout deleuzien. Dans le jeu de l’activation, de l’auto-suppression on était à 50-50. Les choses s’enclenchaient prodigieusement. Un truc difficile à décrire, très « amour adolescent », très vif et emporté… …

« Je » vais maintenant embrayé précisément sur ce que vous avez dit la dernière fois (02/02). Mais avant peut-être dois-je préciser que je me place toujours en amont, comme si ma critique de la philosophie était plus sévère que la votre. En fait je ne suis pas critique désormais mais je vais là où les texte me procurent de l’énergie. Il y a chez vous un acceptation couplée désormais avec une auto-suppression de la philosophie. J’ai d’ailleurs été surpris de cette suppression d’une partie de l’« escargot » :. les questions métaphysiques et l’institution évacuées. L’analyse démeurant comme la cheville ouvrière des la philosophie. Bergson la nomme « dialectique » en ce qu’elle produit des distinctions, de ce point de vue là il ne la rejette pas mais la place sous la portée de l’intuition, comme subordonnée (EC). De même, Nietzsche quand il parle des ouvriers de la philosophie qui pour lui ne sont pas les philosophes aux grandes intuitions ceux qui indiquent les nouveaux horizons, les nouvelles perceptions (BM_211).

Par cette lettre, je me place davantage dans une dialogue direct avec vous, tout simplement, pour vous dire que vous avez mener un travail d’évacuation important, comme toute la philosophie qui vaque à son auto-suppression. C’est que je ne suis pas loin de penser comme Nietzsche, Foucault, Deleuze, et même Edgar Morin (le kantien), qu’à l’heure actuelle ON a pas encore penser (JE, l’a déjà fait avec la finitude qui le caractérise et la mécanique dialectique auparavant comme l’affirme Bergson, EC). J’abonde à peu de choses en philosophie, un peu comme Deleuze qui a raréfié ses points d’appuis. Désormais loin de Kant c’est bien d’intuitions immédiates (ou « intellectuelles ») qu’il s’agit. Alors mon travail immédiat avec vous, va être de faire varier. Je parlerait par exemple volontiers d’activation de la pensée plus que d’auto-suppression de la philosophie tout simplement parce que je n’ai jamais pris d’un bloc la philosophie (Hegel, Heidegger, que j’ai lu en premier m’ont paru étrangers – à ma réalité). Vous avez ensuite parlé d’impossibilité face à laquelle se trouve toute procédure à paradoxe, toute création. Se trouver face à l’impossibilité de produire en quantité sans doute est-ce la création qu’on opposerait volontiers à la production, c’est ce que soulevait François Zourabichvili quand il parlait d’un monde sans autrui où l’air est raréfié. On a comme synonyme de l’impossibilité, la raréfaction, l’air pur des montagne de Nietzsche, l’ « étouffement » deleuzien, la rareté des énoncés foucaldienne, l’épuisé beckettien mais ce n’est en rien de la perte de la fatigue ; même si l’épuisé peut porter à confusion. Rareté plus que perte car on se trouve là face à quelque chose de « solide », de difficile mais d’essentiel.

Vous avez un goût pour le non-être que je ne conçois pas. Sans doute parce que Spinoza et Derrida coexiste chez vous sous les formes de la présence et de l’absence. Je vous renverrai bien à la partie sur l’existence et le néant dans l’Evolution créatrice, Bergson est sans appel face au non-être, au négatif (en tant qu’abstraction de la seule intelligence) : « l’illusion est tenace » (EC-284/735). C’est Renaud Barbaras qui vantait tant Bergson pour avoir été l’un des premier a avoir conçu une philosophie purement positive … je rajoute « positive » jusqu’à ce qu’on aborde l’amour du Dieu présent aux hommes mais que la ‘Shoah’ à rendu absent. A lla même page vous verrez que Bergson ne conçoit pas de vide, pas de suppression, mais seulement de la substitution. Alors au concept passif de perte on peut très bien substituer celui, actif, de substitution. Nietzsche est plus radicale pour lui tout destruction est une création, parce que toute destruction de valeurs par exemple induit forcément à ses yeux son remplacement par de nouvelles valeurs (le nouveau « tu dois » de Zarath.). Tout Mille Plateaux n’est que cela la substitution de concept passifs et moribonds par des concepts actifs : sous la forme de basculements (non pas … mais plutôt …/ bascule _124), de transformation (… vers … _103), de dérivation ou de transposition (… comme … : le loup comme…. _44-45). Deleuze a réellement accentuer l’idée bergsonienne de substitution, sous de multiple formes. Il a en quelque sorte supprimé la case vide qui traînait encore dans Logique du sens et en bon spinoziste a chassé le manque. Dans les philosophies de Bergson, de Spinoza, c’est leur grand mérité, il n’y a pas de pertes, de manque, il n’y a de la place que pour l’action, l’activité, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y ait pas de « traces », mais là je ne m’y connais pas assez.

Au final, je me fais comme Deleuze pédagogue face à ses étudiants auquel il ne réclamait que du senti (présent en eux) pas du réfléchi (absent hors d’eux), le défenseur de vos étudiants dont je suis. Certains sont en amont de la crise avant qu’elle n’ouvre deux voie l’être et la pensée, et je pense que ce n’est pas un hasard s’ils ne « sentent » pas l’absence dont vous leur parler. Certains ne reviennent à vos cours que pour être activés, d’autre on la force de la jeunesse, son intensité. Et le caractère même de toute intensité qu’elle soit durée (Bg), éternité (Sz), volonté de puissance (Nz) ou singularité (Dz) c’est justement de ne pas dissocier l’ « être » de la pensée : il ne font qu’un seul devenir, qu’un seul chemin qui évite les absences, les écueils. Ce n’est que comme cela que l’on accède à des formes de béatitude (Sz), de déterritorialisation (Dz) et de manière moins individuelle au Grand Midi ou à la rédemptionb de l’humanité chez Nietzsche. Ce ne sont pas des prises de conscience pour contredire Nietzsche, des arrêts face au danger, des attentes diriez-vous, c’est tout simplement le troisième chemin que vous cherchez (vous l’avez déjà trouvé mais de manière fugace) à avoir dans l’ « endurance ». Pour reprendre la défense de vos étudiants, je pense qu’ils viennent en amont de cela, ils n’ont pas été contaminé par toutes textes philosophiques qui marquent autant de crises, autant de « noyaux secs ». Il y a pour moi des traces de ce qui est déjà là, mais pas de traces d’absences, tout simplement parce que notre passé coexiste avec notre présent, nos absences, nos amours ratés, il faut avec une grande force de la vie les oubliés et peut-être ne pas les ressasser. Il doit y avoir une manière subtiles d’activer ces « absences », qui sont pour moi de simples retardements… Peut-on donner comme synonyme à absence celui de retardement ou plus radicalement parler d’absence, c’est demeurer dans une philosophie de l’homme, ou cette absence est quelque chose qui manque à ma propre finitude mais pas à celle du voisin, pour parler comme une philosophie de la conscience ou de l’homme. Le concept de Dieu (comme Eminence) se perd parce qu’il est moribond, parce qu’il vient des prêtres qui ont peur de la mort ou entretiennent notre peur de celle-ci, au lieu d’aller en quête d’intensité ou d’éternité. Le concept de Dieu coiffait autrefois l’humanité comme Autorité, il nous mettait chacun dans notre finitude face à des absences. Dépassée l’échelle locale, ON ne manque de rien, même si JE manque de tout (insatisfaction).

Mon jeu de variation a consisté en substitution
- Impossibilité à raréfaction
- Perte à substitution
- Absence à retardement à insatisfaction face à ce qui est.

Alors serez-vous éliminer, auto-supprimer ces absences, en ne gardant que des traces. En somme un dernier défi vers la pleine activité… il faut que le vide qui ralentit tout (le fameux retardement) se résorbe de lui-même, que la chose advienne. Pour finir vous avez parlé de mode intuitif, tournant le dos à Kant en définitive, j’essayerait donc de développer la prochaine fois sur le fait qu’ « avoir une idée » et « avoir une intuition » c’est un peu la même chose : ex « avoir une idée en cinéma » de Deleuze. De même les concepts d’importance (Sz dans le CD de Deleuze sur Sz), d’intérêt (Deleuze dit qu’il n’y a pas de copie d’étudiant bonnes ou mauvais mais des copies sans intérêt ou pas pour lui), ou encore de goût chez Nietzsche (avoir du goût pour… en termes d’art ou de musique) me semblent synonymes : la question que je vous repose abruptement en petit spinoziste : Les absences ont-elles une importance vitale ou ne sont elles pas des retardements, des « fardeaux », dans un processus de libération, d’auto-suppression ou d’activation de la vie et de la pensée ? Les absences ne mènent elles pas à la procrastination que vous dénonciez sans problèmes ? Le jeu n’est-il pas de faire varier ces concepts apparemment passifs pour les ajuster avec la vie, les faire basculer dans l’activité du « fleuve » ? Quels peuvent-être des synonymes de « traces » ?

Auto-supprimer la philosophie (sortir de la philosophie par la philosophie) consiste à éliminer tout le négatif contenu en elle. Supprimer la part négative de la philosophie (c’est-à-dire abstraite de la vie) ne consiste pas à en faire une philosophie simplement analytique (positive) mais à y substituer une pensée active et affirmative (DzNP), bref une philosophie spéculative (DzSP). Pour cela il faut opérer sur les points actif et affirmatif, faire les deux réglages évoqués dans ma précédente lettre (= création et délire). Ce qui semble toujours être de la philosophie de par son antécédence est appeler « pensée du Dehors » par Deleuze (DzF). Tel est le troisième mouvement ou libération…
 
LETTRE 19 à MR LORAUX
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article