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Publié par Anthony

Merleau-Ponty donne une jugement assez nette de la psychanalyse freudienne qui n'est pas loin du jugement de Jean-Philippe Ravoux. Ce dernier disaient que les philosophes n'avaient jamais dénoncé les manquements de la théorie de l'inconscient chez Freud et pourtant. Ne serait-ce que Deleuze ou Merleau-Ponty, la psychanalyse n'est pas épargnée, mais dans le passage que nous vous donnons, Merleau-Ponty n'épargne pas les vieilles conceptions qui hante sa propre discipline.

"Aucunes des notions que la philosophie avait élaborées, - cause, effet, moyen, fin, matière, forme - ne suffit pour penser les relations du corps à la vie totale, son embrayage sur la vie personnelle ou l'embrayage de la vie personnelle sur lui. Lme corps est éngmatique ... animé et animant, figure naturelle de l'esprit. Avec la psychanalyse l'esprit passe dans le corps comme inversement le corps passe dans l'esprit.
Ces recherches ne peuvent manquer de bouleverser en même temps que notre idée du corps, celle que nous nous faisons de son partenaire l'esprit. Il faut avouer qu'ici il reste encore beaucoup à faire pour tirr de l'expérience psychanalytique tout ce qu'elle contient, et que les psychanalystes, à commencer par Freud, se sont contentés d'un échafaudage de notions peu satisfaisantes. Pour rendre compte de cette osmose entre la vie anonyme du corps et la vie officielle de la personne, qui est la grande découverte de Freud, il fallait introduire quelque chose entre l'organisme et nous-mêmes comme suite d'actes délibérés, de connaissances expresses. Ce fut l'Inconscient de Freud. Il suffit de voir l'évolution de cette notion-Potée dans l'oeuvre de Freud, la diversité de ses emplois, les contradictions où elle entraîne, pour s'assurer que ce n'est pas là une notion mûre et qu'il reste comme Freud le laisse entendre dans les Essais de Psychanalyse, à formuler correctement ce qu'il visait sous cette formule provisoire. L'inconscient évoque à première vue le lieu d'une dynamique des pulsions dont seul le résultat nous serait donné. Et pourtant l'inconsicent ne peut-être un processus "en troisième personne", puisque c'est lui qui choisit ce qui, de nous, sera admis à l'existence officielle, qui évite les pensées ou les situation auxquelles nous résistons et qu'il n'est donc pas un non-savoir mais plutôt un savoir non reconnu, informulé, que nous ne voulons pas assumer. Dans un langage approximatif, Freud est ici sur le point de découvrir ce que d'autres ont mieux nommé perception ambiguë. C'est en travaillant dans ce sens qu'on trouvera un état civil pour cette conscience qui frôle ses objets, les élude au moment où elle va les poser, en tient compte comme l'aveugle des obstacles, plutôt qu'elle ne les reconnaît, qui ne veut pas les savoir, les ignore en tant qu'elle les sait, les sait en tant qu'elle les ignore, et qui sous-tend nos actes et nos connaissances exprès.

{L'ex tait qui suit est davantage à prendre avec des pincettes car il en reste à une philosophie de l'identité avec le travers pathologique de projection du moi sur autrui et qu'il reconduit par là la vielle distinction du corps et de l'esprit dont il faut remarquer l'incongruence d'un tel discernement qui ne fait que reconduire les illusions suprématistes de l'homme sur la nature aucune distinction fonctionnant en réciprocité. Merleau-Ponty cherche là à introduire sa philosophie de la chair et de l'incarnation]

Quoiqu'il en soit des formulations philosophiques, il est hors de doute que Freud a aperçu de mieux en mieux la fonction spirituelle du corps et l'incarnation de l'esprit. Dans la maturité de son oeuvre, il parle du rapport "sexuel-agressif", à autrui comme de la donnée fondamentale de notre vie. Comme l'agression ne vise pas une chose mais une personne, l'entrelacement du sexuel et de l'agressif signifie que la sexualité a, pour ainsi dire, un intérieur, qu'elle est doublée, sur toute son étendue, d'un rapport de personne à personne, que le sexuel est notre manière, charnelle puisque nous sommes chair, de vivre la relation à autrui. Puisque la sexualité est par rapport à autrui, et non pas seulement à un autre corps, elle va tisser entre autrui et moi le système circulaire des projections et des introjections, allumer la série indéfinie des reflets reflétants et des reflets réfléchis qui font que je suis autrui et qu'il est mooi-même."

Merleau-Ponty, Signes, pp. 373-375, éd. folio Gallimard.

Bref avec sa chair Merleau-Ponty tombe dans le pathos de la projection propre à toute mondanité..
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