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Publié par Anthony Le Cazals

Au triptyque transcendance-idéalité-immanence 315 ou à celui humanité-inhumanité-surhumanité — qui clôt Le Siècle de Badiou BdLS — correspond avec quelques décalages le triptyque hétéronomie-homonomie-autonomie. L’homonomie, dont Badiou est l’un des représentants actuels, marque le vide de l’être par l’aporie et relève les contradictions (ou antinomies) de l’hétéronomie, bref l’homonomie est juste avant l’inhumanité et fait sans cesse le point, contrairement à l’autonomie qui pour sa part fonce tout droit sans se préoccuper du qu’en-dira-t-on quitte à connaître la mort ou l’exil, il y correspond aussi le triptyque des multiplicités, du vide de l’être et des singularités — une équivoque demeure quant à savoir si les multiplicités sont hétérogènes ou homogènes. Ce qui veut dire aussi que Badiou comme Deleuze ont raison : au-delà de la limite de la loi du multiple il y a à la fois le vide de l’être et l’instance sélective. Notons que la même équivoque demeure quant à savoir si ce « à la fois » est un vide ou une pleine coexistence, c’est-à-dire savoir s’il est pensé soit de manière générique soit de manière constructiviste. Ce dispositif peut être transposé de manière non métaphorique au travers des bandes d’énergies de la physique quantique (spinélectronique et optoélectronique) : bande de valence, bande d’énergie quantique et bande de conductivité. Avec transcendance, idéalité, immanence c’est donc hétéronomie, homonomie et autonomie qu’on retrouve. Toutes, poussées à leurs extrêmes sont des quêtes d’immortalité ou d’éternités — c’est selon, et il existe plusieurs éternités. L’hétéronomie est une quête du bonheur ; l’homonomie est une quête de la Vérité, de son advenue ; l’autonomie, indépendante vis-à-vis de la Vérité mais non des vérités, est une quête de sens et de puissance (ou capacité). Elle passe d’abord par la recherche d’intensités inouïes, car il faut pouvoir sortir du marasme, des situations de délitement à l’intensité nulle (C’est un passage obligé pour qui veut s’affranchir de l’Un ou de l’Autre). Chacun de ces trois régimes de pensée possède sa propre liberté, liberté de mouvement et d’échange, liberté dans un trajet immortel, autonomie vis-à-vis de la morale et de la hiérarchie. Certains refusent d’aller droit dans le mur et se soumettent facticement aux aspirations d’un système (qu’il soit hiérarchique ou dialectique-révolutionnaire) et d’autres sont contraints à le traverser par des situations d’oppression 326c. Les situations de marges, d’oppression et de dépression sont seulement le symptôme qu’un système a ses limites et qu’avant de retrouver un équilibre, il faut passer par une zone de turbulences. Cet équilibre les philosophes l’appelaient sérénité ou béatitude. Dans tous les cas il y a effort et engrenage, travail sur soi, sur ses instincts. Pour prendre une image facile : un navire désemparé est davantage sujet aux courants latéraux, aux turbulences.

Ce dispositif relance aussi la pensée de Nietzsche, comme nous l’avons vu auparavant avec le dionysiaque, le socratique et l’apollinien, car se trouve aussi réinvesti le schéma humanité-inhumanité-surhumanité comme à la dernière page de l’essai de Badiou Le siècle. Le surhomme s’y trouve congédié comme étant une anticipation de l’homme nouveau déjà advenu. En parlant des potentialités du silicium, Deleuze DzF_140 ne dit pas autre chose, la physique quantique ouvre un monde relationnel de dispositions, où des forces inouïes peuvent être animées. Ainsi c’est le passage d’un régime du carbone (bande de valence) avec sa commbustion à celui du silicium (bande de condiction)  et de sa semi-conduction DzMP_349/DzQP_85, mais aussi d’une ère analogique à une ère numérique ou digitale DzFB. Le surhomme est cela. Cette mutation, Deleuze l’a bien relevée quant à la vie et Foucault quant au langage DzF_134/140 mais il reste une conversion du langage à faire qui est aussi celle du travail via les technologies issues entre autres des potentialités du silicium : on pensera au microscope pour la microbiologie des sols 926. Déjà nos ordinateurs et nos téléphones portables portent jusqu’au bout les premières conséquences de la physique quantique. Mais encore une fois nous sortons des formes habituelles. Il y a bien là un point au-delà duquel la loi du Même n’est plus valable, c’est aussi pourquoi mes propos sont infondés : n’y trouvant le Même, on ne peut y trouver l’Autre et l’hypothèse, qui l’accompagne, selon laquelle il y aurait, du « Deux » mais on peut en douter tout autant que pour l’« Un ». La question est : faut-il discerner l’indiscernable comme indiscernable — avec la nuance élevée au rang d’idéalité — ou discerner dans l’indiscernable — les nuances porteuses de création et l’anomalie des intensités. Mais pour en revenir à l’hétéronomie et à l’autonomie, ne perdons pas de vue que ce sont des perspectivismes, des régimes de forces, chacun possédant son type d’éternité et donc son type de capacité.

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