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Publié par Paris 8 philo

Ceci n'est qu'une amorce d'étude, d'autres éléments viendront par la suite.

 


   
Second des deux volumes ayant pour sous-titre Capitalisme et schizophrénie dans la collaboration entre le philosophe Gilles Deleuze et Félix GuattariMille Plateaux, publié en 1980, est sans doute le livre politique de Deleuze et Guattari le plus important, grâce à sa conception originale du pluralisme. Ce n'est plus l'individu qui y est conçu comme fondement de l'organisation sociale : les subjectivités sociales ou Capacité d'énergie sont toujours au-dessus ou en-dessous du niveau de l'individu, composant et décomposant des collectivités de toutes sortes. Deleuze et Guattari ont exploré des territoires jusque là inconnus pas la pensée qui font de Mille Plateaux non une totalisation d'un savoir mais l'expérimentation autour de la pensée nomade ou rhizome dans l'entre-duex qu'ouvre la schizo-analyse. C'est dans cet ouvrage que se fais jour chez Deleuze l'idée de de se dépersonnaliser. Le processus de dépersonnalisation se manifeste à travers le concept un peu barbare de déterritorialisation. Ce processus de dépersonnalisation est le corrélat ou le pendant du processus de subjectivation qui jusque là occupait seul la philosophie comme l'a démontré Michel Foucault (se gouverner soi-même). Capitalisme et schizophrénie est donc une double critique de Marx et de Freud, le premier tome (Anti-Oedipe), s'étant davantage intéressé à Freud. Mille Plateaux permet ainsi de renouveler une grande part de la théorie politique, et en particulier de la pensée marxiste, un établissant le champ d'expérimentation où l'individu devient autonome et imperceptible. C'est l'idée que le Temps ou la création consiste en des lignes de fuite, des voies de libération, des affection de soipar soi où les individus dans un ensemble (agencement collectif ou constellation affective) se dépersonalisent l'un l'autre et se singularisent l'un par l'autre. C'est tout bonnement ce qui est arrive à Deleuze et Guattari

 
 
« On est devenu soi-même imperceptible et clandestin dans un voyage immobile. Plus rien ne peut se passer, ni s'être passé. Plus personne ne peut rien pour moi ni contre moi. Mes territoires sont hors de prise, et pas parce qu'ils sont imaginaires, au contraire : parce que je suis en train de les tracer. Finies les grandes ou les petites guerres, toujours à la traîne de quelque chose. Je n'ai plus aucun secret, à force d'avoir perdu le visage, forme et matière. Je ne suis plus qu'une ligne. Je suis devenu capable d'aimer, non pas d'un amour universel abstrait, mais celui que je vais choisir, et qui va me choisir, en aveugle, mon double, qui n'a pas plus de moi que moi. On s'est sauvé par amour et pour l'amour, en abandonnant l'amour et le moi. On n'est plus qu'une ligne abstraite, comme une flèche qui traverse le vide. Déterritorialisation absolue. On est devenu comme tout le monde, mais à la manière dont personne ne peut devenir comme tout le monde. On a peint le monde sur soi, et pas soi sur le monde. »

« Mille plateaux indique beaucoup de directions dont voici les principales : d’abord une société nous semble se définir moins par ses contradictions que par ses lignes de fuite, [ses échappées, les autonomies qu’elle autorise]. Il y a une autre direction dans Mille plateaux, qui ne consiste plus seulement à considérer les lignes de fuites plutôt que les contradictions, mais les minorités plutôt que les classes [, les collectifs plutôt que les communautés et les grands individus]. Enfin, une troisième direction, qui consiste à chercher un statut des machines de guerre [par rapport à l’appareil d’Etat sédentaire] qui ne se définirait pas du tout par la guerre mais par une certaine manière d’occuper, de remplir l’espace-temps. [Mais à la grande différence que le nomade (celui qui use de la machine de guerre) n’est pas un sédentaire, bien entendu, mais surtout n’est pas un migrant. C’est que le nomade au fond reste attacher à sa terre, produit des mouvements aberrants, si vous préférez il gigote, il se débat, il resiste comme le touaregs dans son désert]. » DzP_233 (Deleuze, Pouprarlers, p. 233).


Dans cet ouvrage qui fait suite à L’Anti-Œdipe paru en 1972, Deleuze-Guattari remettent en question non seulement les fondements du structuralisme analytique et marxiste, mais aussi toutes les théories, qu’elles soient de la communication ou de l’information, qui visent à une systématisation.
Au système, ils substituent une sorte de patchwork qui distingue l’espace lisse de l’espace strié selon des multiplicités de devenirs, d’intensité qui interviennent à travers tous les régimes de signe.
De la même façon qu’ils avaient reconstruit une politique de Kafka dans laquelle son œuvre se donnait à lire comme une machine d’écriture aux ramifications multiples qui faisait apparaître une langue arrachée au sens, à la représentation et au pouvoir, de la même façon, dans Mille plateaux, Deleuze-Guattari retraversent tous les régimes de signe : la linguistique et l’écriture bien sûr mais aussi la musique, la philosophie, la psychiatrie, l’économie et l’histoire : celle des peuples et celle de l’appareil d’État.
Chacun de ces ensembles constitue un plateau c’est-à-dire “ une région continue d’intensités ” et tous ces plateaux qui s’enchevêtrent, dessinent des combinaisons, perpétuelles entre des forces majeures et mineures qui forment la trame de Mille plateaux.
En effet, il ne s’agit pas de distinguer entre majeur et mineur, mais de concevoir leur devenir, étant entendu qu’il n’y a de devenir que minoritaire. Et c’est un des grands intérêts de cet ouvrage que de ne jamais se poser en institution. Deleuze-Guattari ne s’intéressent qu’aux transformations du champ social à travers ses lignes de fuite qui concernent les éléments de l’art, de la science et de la politique.

‑‑‑‑‑ Table des matières ‑‑‑‑‑

1. Introduction : Rhizome. Racine, radicelle et rhizome – Problèmes des livres – L’Un et le Multiple – Arbre et rhizome – Les directions géographiques, Orient, Occident, Amérique – Les méfaits de l’arbre – Qu’est-ce qu’un plateau ?

2. 1914 - Un seul ou plusieurs loups ? Névrose et psychose – Pour une théorie des multiplicités – Les meutes – L’inconscient et le moléculaire

3. 10 000 av. J.-C. - La géologie de la morale. Les strates – La double articulation (segmentarité) – Ce qui fait l’unité d’une strate – Les milieux – Diversité d’une strate : formes et substances, épistrates et parastrates – Le contenu et l’expression – La diversité des strates – Molaire et moléculaire – Machine abstraite et agencement : leurs états comparés – Métastrates

4. 20 novembre 1923 - Postulats de la linguistique. Le mot d’ordre – Le discours indirect – Mots d’ordre, actes et transformations incorporelles – Les dates – Contenu et expression : les variables dans les deux cas – Les aspects de l’agencement – Constantes, variables et variation continue – La musique – Le style – Majeur et mineur – Le devenir – Mort et fuite, figure et métamorphose

5. 587 av. J.-C.- Sur quelques régimes de signes. Le régime signifiant despotique – Le régime subjectif passionnel – Les deux délires et le problème de la psychiatrie – Histoire ancienne du peuple juif – La ligne de fuite et le prophète – Visage, détournement, trahison – Le Livre – Système de la subjectivité : conscience et passion, les Doubles – Scène de ménage et scène de bureau – La redondance – Les figures de la déterritorialisation – Machine abstraite et diagramme – Génératif, transformationnel, diagrammatique et machinique

6. 28 novembre 1947 - Comment se faire un corps sans organes ? Corps sans organes et ondes, intensités – L’œuf – Masochisme, Amour courtois, Tao – Strates et plan de consistance – Antonin Artaud – Art de la prudence – Problème des trois Corps – Désir, plan, sélection et composition

7. Année Zéro - Visagéité. Mur blanc, trou noir – Machine abstraite de visagéité – Corps, tête et visage – Visage et paysage – Le roman courtois – Théorèmes de déterritorialisation – Fonctions sociales du visage – Le visage et le Christ – Les deux figures du visage : face et profil, le détournement – Défaire le visage

8. 1874 - Trois nouvelles ou « qu’est-ce qui s’est passé ? ». Nouvelle et conte : le secret – Les trois lignes – Coupure, fêlure, rupture – Le couple, le double et le clandestin

9. 1933 - Micropolitique et segmentarité. Segmentarité, primitive et civilisée – Molaire et moléculaire – Le fascisme et le totalitarisme – Ligne à segments, flux à quanta – Gabriel Tarde – Masses et classes – Machine abstraite : la mutation et le surcodage – Qu’est-ce qu’un centre de pouvoir ? – Les trois lignes et les dangers de chacune – Peur, clarté, pouvoir et mort

10. 1730 - Devenir-intense, devenir-animal, devenir imperceptible. Le devenir – Trois aspects de la sorcellerie : les multiplicités ; l’Anomal ou l’Outsider ; les transformations – Individuation et Heccéité : 5 heures du soir – Longitude, latitude et plan de consistance – Les deux plans, ou les deux conceptions du plan – Devenir-femme, devenir-enfant, devenir-animal, devenir-moléculaire : zones de voisinage – Devenir imperceptible – La perception moléculaire – Le secret – Majorité, minorité, minoritaire – Caractère minoritaire et dissymétrique du devenir : double-devenir – Point et ligne, mémoire et devenir – Devenir et bloc – Opposition des systèmes ponctuels et des systèmes multilinéaires – La musique, la peinture et les devenirs – La ritournelle – Suite des théorèmes de déterritorialisation – Le devenir contre l’imitation

11. 1837 - De la ritournelle. Dans le noir, chez soi, vers le monde – Milieux et rythme – La pancarte et le territoire – L’expression comme style : visages rythmiques, paysages mélodiques – Le chant des oiseaux – Territorialité, agencements et inter-agencements – Le territoire et la terre, le Natal – Problème de la consistance – Agencement machinique et machine abstraite – Le classicisme et les milieux – Le romantisme, le territoire, la terre et le peuple – Art moderne et cosmos – Forme et substance, forces et matériau – La musique et les ritournelles, la grande et la petite ritournelle

12. 1227 - Traité de nomadologie : la machine de guerre. Les deux pôles de l’État – Irréductibilité et extériorité de la machine de guerre – L’homme de guerre – Mineur et majeur : les sciences mineures – Corps et esprit de corps – La pensée, l’État et la nomadologie – Premier aspect : machine de guerre et espace nomade – La religion – Orient, Occident et État – Deuxième aspect : machine de guerre et composition des hommes, nombre nomade – Troisième aspect machine de guerre et affects nomades – Action libre et travail – Nature des agencements : outils et signes, armes et bijoux – La métallurgie, l’itinérance et le nomadisme – Phylum machinique et lignées technologiques – Espace lisse, espace strié, espace troué – La machine de guerre et la guerre : complexité du rapport

13. 7 000 av. J.-C. - Appareil de capture. L’État paléolithique – Groupes primitifs, villes, États et organisations mondiales – Anticiper, conjurer – Sens du mot « le dernier » (marginalisme) – L’échange et le stock – La capture : propriété foncière (rente), fiscalité (impôt), travaux publics (profit) – Problèmes de la violence – Les formes d’État, et les trois âges du Droit – Le capitalisme et l’État – Assujettissement et asservissement – L’axiomatique et ses problèmes

14. 1440 - Le lisse et le strié. Modèle technologique (textile) – Modèle musical – Modèle maritime – Modèle mathématique (les multiplicités) – Modèle physique – Modèle esthétique (l’art nomade)

15. Conclusion : Règles concrètes et machines abstraites
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