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Publié par Les Etudiants de Paris 8

René Descartes

Descartes René (1591-1650)

philosophe, 1596-1650

 

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Philosophe, scientifique et mathématicien français, un des promoteurs du rationalisme moderne.

 

Descartes est né à La Haye (aujourd’hui Descartes, Indre-et-Loire), d’un père conseiller au Parlement de Rennes, et d’une mère décédée un an après sa naissance. De 1607 à 1615, il suit l’enseignement des jésuites au collège royal de La Flèche. En 1616, il passe à Poitiers une licence en droit, mais n’embrasse pas la carrière qui s’ouvre à lui. Il prend les armes et commence à voyager. En 1618, à Breda (Pays-Bas), il fait la rencontre d’Isaac Beeckman qui oriente de manière décisive sa vocation scientifique, puis voyage en Allemagne et en Italie. De 1625 à 1628, il fréquente les milieux scientifiques et littéraires parisiens, puis s’installe aux Pays-Bas, où il rédige l’essentiel de son œuvre philosophique et scientifique. Directement, ou par l’intermédiaire de l’abbé Mersenne, il est en contact avec de nombreuses personnalités scientifiques de l’époque, notamment Bérulle, Gassendi, Hobbes, Fermat, Arnauld et Pascal. Appelé à la cour de Suède en 1649, il meurt peu après à Stockholm, le 11 février 1650, léguant à la postérité une œuvre féconde et profondément novatrice.

 

L’unité du savoir

Dès l’élaboration des Règles pour la direction de l’esprit (inachevé, v. 1628), Descartes affirme l’unité du savoir et de l’esprit humain, nonobstant la diversité des objets auxquels il s’applique. Toutes les sciences sont subordonnées à une science première, la mathesis universalis, science universelle de l’ordre et de la mesure. C’est cette intuition fondamentale qui sous-tend le célèbre Discours de la méthode pour bien conduire sa raison et chercher la vérité dans les sciences (publié sans nom d’auteur, 1637), dont le titre initialement prévu était Projet d’une Science universelle qui puisse élever notre nature à son plus haut degré de perfection. C’est encore cette idée de l’unité de la science qui réapparaît dans la Lettre-préface des Principes de la philosophie (1644, et 1647 pour la traduction française) où Descartes présente toute la philosophie comme un arbre dont «!les racines sont la métaphysique, le tronc est la physique, et les branches qui sortent de ce tronc sont toutes les autres sciences qui se réduisent à trois principales, à savoir la médecine, la mécanique et la morale!».

 

La méthode

 

La découverte de la vérité dans les sciences est conditionnée par l’observation de «!règles certaines!». Ces règles n’ont rien de commun avec la méthode syllogistique, et les préceptes de la logique aristotélicienne traditionnellement enseignés dans les écoles, que Descartes juge stériles. Par son rejet de la logique aristotélicienne et sa recherche d’une méthode susceptible d’être appliquée à tous les domaines de la connaissance, l’entreprise de Descartes suit une voie déjà tracée en France par Ramus, en Angleterre par Bacon, ou en Italie par Campanella.

 

Le fondement de la méthode cartésienne est le rejet des connaissances conjecturales, et l’obéissance stricte à la règle d’évidence («!ne recevoir jamais aucune chose pour vraie que je ne la connusse évidemment être telle!»). Toute démarche scientifique suit un cheminement qui doit commencer par les notions les plus simples, «!claires et distinctes!», et parvenir, par voie déductive, aux notions les plus composées qui dépendent des premières. Par leur procédé déductif et «!l’évidence de leurs raisons!», les mathématiques, et particulièrement la géométrie, fournissent le modèle méthodologique applicable à tous les champs du savoir.

 

Métaphysique 

La méthode s’applique à tous les domaines du savoir, y compris la métaphysique. Dans le Discours de la méthode, puis surtout dans les Meditationes de prima philosophia (1641, titre latin original des Méditations métaphysiques), Descartes reprend les arguments du scepticisme pour rejeter toutes les connaissances qui ne résistent pas à la mise en doute. Mais le scepticisme est dépassé avec la découverte d’une vérité absolument première et indubitable, ego sum, ego existo!je suis, j’existe!»), qui devient avec Descartes le fondement et le premier principe de toute connaissance. Ceci permet de mettre en évidence que l’esprit, ou res cogitans, ou encore «!substance dont toute l’essence ou la nature n’est que de penser!», est entièrement et réellement distinct du corps auquel il est uni. La métaphysique cartésienne prouve l’existence de la nature pensante (l’âme), l’existence de Dieu (en reprenant l’argument ontologique de saint Anselme), et l’existence des choses matérielles (le monde). La théorie de la création des vérités éternelles, exposée dans les lettres à Mersenne de 1630, distingue Descartes à la fois de ses devanciers et de ses successeurs : alors que théologiens et philosophes soutiennent une certaine indépendance des vérités mathématiques et logiques par rapport à Dieu, Descartes considère au contraire que toute espèce de vérité dépend de Dieu — et non l’inverse : en tant que telle, toute vérité dépend d’une instauration arbitraire. Dieu, « puissance incompréhensible », a voulu que deux et deux fassent quatre, ou que deux propositions contradictoires ne puissent être simultanément vraies, mais il « aurait pu » vouloir et faire autrement.

 

 

Mathématique, physique, physiologie

Systématisant la géométrie analytique, il s’efforce le premier de classer les courbes d’après le type d’équations complexes qui les produisent. En mathématiques, on lui doit aussi l’usage consistant à utiliser les dernières lettres de l’alphabet pour désigner les valeurs inconnues, et les premières pour les valeurs connues, ainsi que la notation en exposant pour exprimer la puissance d’un nombre.

 

Toute la physique de Descartes est exposée dans le Monde (v. 1633), ouvrage que la condamnation de Galilée, en 1633, l’empêche de publier. Elle ne sera donc publiée que dans les parties II à IV des Principes de la philosophie (1644). La physique repose sur l’identification de la matière avec la pure et simple quantité géométrique (materia vel quantitas). Toutes les «!formes substantielles!» et les «!qualités réelles!» de la scolastique sont bannies du monde physique : la pesanteur et le mouvement sont ramenés à une explication purement mécaniste. Le monde n’est ni fini, ni infini, mais indéfini. L’existence du vide est rejetée comme contradictoire. Le principe d’inertie est acquis et clairement énoncé pour la première fois.

 

En physiologie, le modèle mécanique et l’automate servent de paradigme pour l’explication scientifique du vivant (Traité de l’Homme, v. 1633!; Description du corps humain, 1648).

 

 

 

 

 

Morale et politique

Lecteur de Montaigne, et conscient comme lui de l’inconstance des mœurs, Descartes pose néanmoins les fondements d’une éthique originale, quoiqu’influencée par le néo-stoïcisme chrétien de Juste Lipse et Guillaume du Vair. Développée dans la IIIe partie du Discours de la méthode, la correspondance avec Élisabeth et Chanut (1643-1649), et le Traité des Passions de l’Âme (1649), la morale cartésienne assimile la vertu à la ferme résolution de bien faire, et au «!bon usage du libre arbitre!», aussi appelé «!générosité!». À l’opposé de l’ascétisme moral, Descartes ne condamne pas les passions, nécessairement éprouvées par l’esprit en tant qu’il est uni au corps, et reconnaît en elles un élément essentiel du bonheur.

 

 

 

 

 

Réception et postérité du cartésianisme

 

 

 

 

 

En son temps, Descartes a eu à faire face à l’hostilité des jésuites (Réponses aux septièmes objections) et de théologiens hollandais (Voetius). Sa tentative pour faire enseigner sa philosophie à l’université par l’intermédiaire du médecin Regius est un échec, et les deux hommes se brouillent. Malgré ces difficultés, la pensée cartésienne a profondément marqué toute la philosophie moderne. Malebranche, Pascal, Spinoza et Leibniz prennent appui sur son œuvre pour en prolonger les problématiques et pour la dépasser. La réception du cartésianisme se caractérise par quatre orientations majeures : la mise en relief de l’analyse des idées et des sensations (Locke, Berkeley, Hume), l’essor du mécanisme (La Mettrie), l’idéalisme (Kant, Fichte) qui prolonge l’affirmation du sujet transcendantal (condition de l’expérience), enfin une perspective rationaliste, voire positiviste. Ainsi l’on pourrait dire, en paraphrasant le propos de Withehead sur Platon, que toute la philosophie moderne s’écrit « dans les marges de Descartes ».

 

* * *

Descartes est le plus célèbre des philosophes français. Pourtant, la tradition l'a souvent réduit au rationalisme un peu rigide du trop fameux " esprit cartésien ". C'est là passer un peu vite sur la complexité d'une philosophie qui inaugure et nourrit toute la pensée moderne.


René Descartes est né en 1596 à La Haye, en Touraine. A dix ans, il entre au Collège royal de La Flèche, dirigé par des jésuites, où ses dons et sa santé fragile lui valent un traitement de faveur : ainsi le jeune René a la permission de se lever tard et de travailler au lit, habitudes qu'il cultivera toute sa vie. Le Discours de la méthode, dont la première partie relate ces années d'études, en retient surtout l'incertitude des connaissances acquises alors, et le rêve d'une science absolument sûre. En 1618, il s'engage dans diverses expéditions guerrières qui le conduisent en Hollande, au Danemark et en Allemagne. Même lorsque sa vocation intellectuelle se précise et le ramène à Paris en 1622, il y mène une vie aussi mondaine qu'intellectuelle. Il fréquente salons et savants, et son talent s'illustre dans le duel galant, comme il brille dans la discussion philosophique. Toutefois, en 1629, il décide de se retirer en Hollande pour se consacrer à son œuvre.


Son célèbre Discours paraît en 1637. L'accueil qui lui est réservé plonge son auteur au cœur de polémiques épistolaires intenses, caractéristiques de l'Europe savante du XVIIe siècle. Suit une période féconde : Descartes publie, non sans se heurter à la censure, les Méditations sur la philosophie première, les Principes de la philosophie et, enfin, les Passions de l'âme, traité largement inspiré par sa correspondance avec la princesse Elisabeth, exilée en Suède. En 1649, sur l'invitation de la reine Christine de Suède, il se rend à Stockholm, où il meurt l'année suivante, victime d'un climat trop froid pour sa constitution délicate.


Trois exigences dirigent l'œuvre cartésienne : substituer à la science obscure du Moyen Age une physique aussi sûre que la mathématique ; en tirer des applications pratiques et morales capables de rendre l'homme " comme maître et possesseur de la nature ", et maître de ses passions ; enfin situer cette science de la nature par rapport à Dieu pour mettre fin au conflit de la raison et de la foi.


Sa méthode n'est pas tant un corps d'affirmations ou de démonstrations, qu'une série de moments intellectuels qui s'engendrent successivement. Le premier pas de cet itinéraire consiste à rompre une fois pour toutes avec l'ensemble de nos croyances, connaissances acquises sous l'égide d'une autorité autre que celle de notre esprit seul, qu'il s'agisse de nos sens ou de nos précepteurs. La méthode pour y parvenir est le doute qui, radicalisé grâce à l'hypothèse extrême d'un malin génie, trompeur en toutes choses, suspend notre adhésion aux plus fortes évidences, comme celle de l'existence de notre corps et du monde, ou encore celle des vérités mathématiques.


Cette épreuve aboutit à la découverte de la seule vérité indubitable : celle du cogito, c'est-à-dire du moi pensant. Car, en doutant, j'exerce une activité de penser que le doute ne peut récuser. Douter, c'est penser, et par conséquent affirmer la certitude de l'existence. Tant qu'il m'est possible de penser, je peux dire que je suis et que j'existe. Aussi le cogito cartésien propose-t-il le modèle d'une certitude sans faille, d'une connaissance absolument certaine, dont l'objet le plus évident est précisément la pensée, que Descartes définit comme étant plus aisément connaissable que le corps.


De cela résulte un dualisme entre l'âme et le corps, entre pensée et étendue. La fiction du malin génie, et la mise en doute de l'existence de ce qui m'entoure, ne sont alors plus utiles : la connaissance des corps est rétablie, non plus comme saisie confuse et empirique d'un amas de qualités sensibles, mais comme détermination rationnelle de l'étendue. Le dualisme ontologique est la traduction philosophique des débuts de la science moderne qui cherche à appréhender tous les corps sur le modèle de l'étendue, et à mathématiser la physique.


En revanche, l'union de l'âme et du corps en l'homme, différente d'une simple juxtaposition des deux substances, est une notion-limite. Pour la comprendre, Descartes détermine un lieu qui, dans le cerveau, unifie ces deux susbstances (la " glande pinéale "), et qui permette la conciliation des dimensions physique et métaphysique de sa philosophie.


Mais notre corps est un fait dont la raison ne peut rendre compte intégralement. Il s'agit désormais d'éduquer notre nature mixte afin d'instaurer et de garantir une correspondance entre l'âme et le corps. Ainsi Descartes rapproche-t-il la morale de la médecine afin d'établir la liste des principes nous permettant de faire cohabiter harmonieusement l'âme et le corps, eux qui sont par nature soumis aux aléas de l'existence.

 

OEuvres 

Discours de la méthode (1637) en pdf, la 5e partie (en audio)

Les passions de l'âme

Principes de la philosophie


 

 Biographies

 

Richard Watson, Cogito, Ergo Sum: The Life of Rene Descartes

C Couderc, Nouveaux documents sur la situation de fortune de la famille de René Descartes , 1917.

 

Articles du site

Les 3 rêves de monsieur Descartes (10 novembre 1619)

La certitude chez Descartes

 

 

Analyses

Discours de la méthode, fiche de lecture

 

 

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