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Publié par paris8philo

 

221 Mouvements

Carnaval des Grévistes

 

Ballade au quartier latin des départements d’arts de Paris 8 Saint-Denis

 

 

Il y a quarante ans, en 1968, l’actuelle Université de Paris 8 était fondée sous le nom d’Université expérimentale de Vincennes pour accueillir, au sein des exigences intemporelles et en marge des habitudes vermoulues des lieux de savoir, tous les publics, toutes les idées neuves, tous les désirs d’expérience et de création. Depuis quarante ans y existe une UFR Arts, Philosophie et esthétique où se réunissent des artistes, des théoriciens et des philosophes dont les travaux et les modes d’organisation sont un signe de liberté et une source d’inspiration pour des universités du monde entier.

 

Pour reprendre l’expression de l’actuel président de la République française dans son discours qui a le plus profondément exprimé son mépris et sa totale ignorance de la recherche française, Vincennes, devenue Paris 8, fait partie de ces lieux où il y a, pour les chercheurs et les esprits créatifs, « de la lumière et de la chaleur ». Cette lumière coûte bien peu d’électricité pour penser et encourager les arts qui illuminent le monde, et cette chaleur compte pour presque rien dans les factures pétrolières et atomiques pour tisser jour après jour une communauté internationale d’esprits unis dans les processus contemporains de la création. Et pourtant les lois commandées par le pouvoir en place et mises en œuvre par des ministres dociles expliquent aujourd’hui, à chaque instant et dans tous les domaines, que ce serait encore trop et réclament un vaste programme de réformes pour enlever à chacun la lumière et la chaleur qu’il trouve d’abord en lui-même et dans toutes les œuvres respectables du présent.

 

 

La loi qui opère à l’Université ce travail de destruction s’appelle la loi LRU. Cette destruction menace aujourd’hui non seulement les lieux d’expérimentation et d’innovation qui sont structurellement plus fragiles et qui devraient être en réalité protégés, mais les bases les plus solides et les mieux confirmées de l’édifice universitaire. Des textes législatifs et des décrets rédigés en toute hâte, inspirés par quelques idées simplistes et fausses, imposés avec un ton autoritaire et méprisant, s’ajoutent les uns aux autres pour tout mettre sens dessus dessous.

 

Depuis trois semaines, les universités, les enseignants-chercheurs, les étudiants, les personnels techniques et administratifs sont en grève active. A Paris 8, l’UFR Arts, Philosophie et Esthétique s’est proclamée dans la période actuelle Commune des savoirs et des désobéissances. Artistes, théoriciens, philosophes, nous revendiquons le droit à autre chose que l’existence  concoctée en totale ignorance des choses par le ministère pour sa grande université marchande. Aujourd’hui, nous carnavalisons le quartier latin le temps d’une journée. Inversons leurs valeurs imbéciles ! Refusons leurs autorités arrogantes !  Désobéissons !

 

 

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oyseaulx 04/03/2009 19:29

Petite précision : s'il est exact que le Centre universitaire expérimental de Vincennes a bien été créé à la rentrée de l'année universitaire 1968-1969 et qu'il a ouvert ses portes en janvier 1969, l'actuelle U. F. R. des arts, de la philosophie et de l'esthétique n'existe, sous ce regroupement, que depuis une date bien plus récente, qui ne doit pas être antérieure aux années quatre-vingt. Dans l'organisation initiale des études, le département de philosophie était couplé avec celui de psychanalyse au sein d'une U. E. R. de philosophie et de psychanalyse, largement voulue par Michel Foucault, en 1968, dans un esprit encore althussérien. Rentré depuis l'été 1968 de Tunisie, où il enseignait depuis 1966, Foucault n'était tout simplement pas au courant des graves dissensions qui avaient secoué le milieu althussérien à partir de 1966 et il a cru sérieusement voir en Robert Linhart un épistémologue : l'Archéologie du savoir a été rédigée au cours de ces années, à partir d'une discussion avec le Cercle d'épistémologie de l'Ecole normale supérieure, dont la dissolution signait la désaffection de l'unité théorique althusséro-lacanienne, de toute façon instable et d'évidence vouée à l'échec. Que l'organisation des études ait été fondée initialement, à Vincennes, sur des bases périmées n'a pas été sans conséquences sur l'histoire de cette U. E. R. (qu'on songe à l'éviction scandaleuse de Luce Irigaray par les Lacaniens). Bref, un vrai panier de crabes (et Deleuze était loin d'être un gentil). Que nous ayons personnellement accueilli avec faveur le démembrement de cette U. E. R. contre nature, on l'imagine aisément.

Anthony 04/03/2009 22:11


Tout à ait, pas avant 80. Et oui Deleuze n'était pas un gentil. Un département ca se tient, au final c'était Châtelet et Deleuze après le différend Deleuze-Lyotard. Et même actuellement rien est
rose, mais l'important est-il que les choses soient roses ? Badiou et Rancière n'ont pas voulu maintenir le couvercle de la marmitte et leur "égalité" est préjudiciable au renouvellement non pas de
l'enseignement qui a ses attraits mais de ce qui est véritablement la création philosophique. On finirait par ne pas être plus créateurs que des philosophes analytiques :) En ce moment ils sont
plutôt concentrés sur le cas Cassin, je crois. Petite boutade. Salutazione.


Anthony Le Cazals 28/02/2009 17:47

Quelques précisions sur la "balade des inutiles". Elle traversera le quartier latin
-1ère station pour venir accrocher chacun un texte sur les grilles du ministère (rendez-vous à 14h devant St Etienne du Mont)
-2ème station devant la statue de Danton pour y lire en choeur la déclaration d'indépendance des universités
-3ème station devant l'ancienne librairie des PUF (reconvertie en marchand de fringues) pour y mener une séance de lecture (avoir chacun un livre)
-4ème station devant le Collège de France pour y organiser une vente aux enchères de concepts
-5ème station (surprise) pour y organiser une conférence de presse intempestive