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Publié par Anthony Le Cazals

« On se dit que décidément le virtuel ne vaut pas mieux que la finalité » BdCE_81.

Substituer la finalité à la virtualité après en avoir fait une impasse. — Il y a eu à une époque contemporaine de ce texte deux systématismes : celui du clos et celui de l’ouvert. Ces deux idéalismes sont, de manière respective, l’idéalisme transcendantal et l’idéalisme empirique. Le dernier grand représentant de l’idéalisme transcendantal est Badiou, celui de l’idéalisme empirique est Deleuze. Le livre de Badiou sur Deleuze est une manière de tisser une filiation usurpée entre le premier et le second sans respecter l’éthique du différend. Il n’y a pas de  compromis possible entre les deux. Pour bien le comprendre, on peut donner les variantes de ce conflit, les systèmes clos sur les essences d’un côté et les systèmes ouverts sur les circonstances et sur le temps de l’autre, de même les systèmes multiponctuels et les systèmes multilinéaires DzMP_362, ou plus simplement les systèmes arborescents et les rhizomes. Le premier idéalisme, celui de Badiou et Platon, plus que le second, celui de Deleuze et Spinoza, réduit la philosophie à un « pur acte de parole sans autre effet qu'interne ... les effets de la philosophie sont strictement philosophiques »  BdCE_140 cf. BdCE_81. Faire de la pensée un acte de détermination n’a rien à voir avec l’insistance deleuzienne à affirmer la puissance de l’impersonnel comme de l’indéterminé et à la maintenir comme telle. Pour Badiou au contraire, il s’agit de faire qu’encore une fois la pensée ou plutôt l’acte de penser soit accaparé par les systèmes philosophiques. C’est sous le terme d’« être » que cet acte de penser se jouera. Dans les deux cas c’est à un réalisme des idées auquel on a affaire : soit comme subsomption à une finalité (Bien) ou soit comme participation à une virtualité (Tout) cf. DzID_58. Si l’on se cantonne au dogme et à l’énergie restreinte du système badiousien, la première des déclarations sera qu’il y a égalité plutôt qu’il n’y a la guerre et la plus retorse à exprimer sera qu’il y a aussi de l’Un. Ceci préfigure le retournement désastreux du vide et de des idées sur la réalité et les prescriptions (lois) qui vont s’en suivre. Alors que jusque là ce qui était déterminé selon la loi — tout ce qui était à l’abri de l’être — laissait Badiou indifférent. C’est que Badiou aurait pu mourir en laissant un chef d’œuvre mais son immortalité le perd, parce qu’il en vient aux prescriptions et au mépris de sa dialectique. Ainsi tout le livre de Badiou sur Deleuze tend à faire que, sous couvert du « Deux » et de sa puissance dissolutive, il n’y a qu’un simple choix apparent entre finalité et virtualité. Cette assimilation des deux systèmes ne se retrouve pas seulement au niveau de la finalité (Bien) et de la virtualité mais aussi au niveau de la vérité et de la puissance du faux.  « la puissance temporelle du faux est une seule et même chose que l’éternité du vrai » CE_91 ou encore « il se pourrait donc que les processus de la puissance du faux » soit proprement indiscernables des processus répertoriés de la puissance du vrai » CE_87. Si les deux systèmes s’équivalent, il ne reste plus pour amoindrir l’adversaire et s’en débarrasser, d’argumenter de telle sorte que sa « finalité » apparaisse comme une impasse. Pour faire du virtuel une impasse il suffit donc de confondre sous le terme d’ « Un », le possible et le réel, ce qui peut être comme peut ne pas être avec ce qui est, bref le possible et le virtuel propre à la contemplation des images. Sous le terme d’ « Un », c’est avant Badiou qui projette sa dialectique de l’Un et du Deux : « là où ce qui se pense sous cette variation est essentiellement identique » _26-27. Toute l’argumentation de Badiou s’organise sans énoncer réellement que cette finalité sera plus tard dans l’endroit du parcours à l’envers : l’« Un-Dieu Liberté ». Il apparaît comme une révélation. Qu’il y ait de l’« Un » ne fera guère plaisir à tout ceux qui ont cru à la puissance dissolvante du « Deux ». Ce serait céder sur l’enthousiasme que produisit sur eux la puissance dissolvante de Badiou sur les idées autres des siennes. Badiou dans sa dissidence reste « le dépeupleur » BdC_352 de tout imaginaire politique. La virtualité, s’il fallait la défendre, ne vaut pas mieux que la finalité, c’est ce que dit Badiou, mais par là il pratique la politique du coucou, car en filtrant par ce qu’il appelle le Deux et qui suppose un choix, Badiou fait le point et coupe la ligne « par le milieu ». Cette ligne va de la détermination à l’indéterminé, du territoire à la déterritorialisation. C’est une prouesse que de la couper puisqu’elle est « infinie » en une extrémité. Mais la gabegie que réussit Badiou est bien de réussir à filtrer le « ni un ni multiple » de Deleuze en un choix entre la virtualité de Deleuze et sa propre finalité où au final c’est la moindre action qui choisit. « Dans cette trajectoire de pensée, le Deux s’installe au lieu de l’Un. Et quand pour sauver malgré tout l’Un, il faut en venir à un Deux impensable, à une indiscernabilité…, on se dit que décidément le virtuel ne vaut pas que la finalité » BdCE_81. En effet « poser les alternatives indécidables entre [le véridique et l’erroné] le vrai et le faux … a toujours été constitutif du mouvement de la vérité » BdCE_87. Forcer cet indécidable en est tout autant constitutif, ce n’en est que la conclusion. C’est Badiou qui de toute évidence veut y voir une « insistance du Deux » _54. Faire croire à une contemplation achevée chez Deleuze et à un rêve spéculatif alors que Deleuze oublie en bon bergsonien, se moque des rêves. Faire croire à l’analogie du temps non-choronlogique et de la vérité pour établir un fondement et par là dissoudre le système de Deleuze. Plusieurs semble-t-il y ont cru et s’y sont mordus les doigts. Pourtant, outre ces deux réalismes des idées, la finalité et la virtualité, il y avait même une troisième voie si l’on met de côté la quatrième qu’est le parcours de sagesse. Cette troisième voie serait d’en rester au réalisme naïf de Bergson, pour qui « la philosophie n'est pas une construction de système, mais la résolution une fois prise de regarder naïvement en soi et autour de soi ». Mais avec cette posture existentielle sortons-nous réellement de la prétention de la philosophie à « saisir la chose en soi à partir de ce qu’elle est » DzID_44. C’est toujours au travers d’un corrélat que la chose en soi est saisie. Certes, ce corrélat varie selon les systèmes mais il en n’est jamais absent : la durée pour Bergson, la volonté chez Schopenhauer, la vie chez Deleuze et la liberté chez Badiou. Il n’y aura que Nietzsche pour refuser de systématiser la Volonté de puissance en renonçant à l’œuvre du même nom.
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Cédric 17/12/2008 00:59

La finalité n'est rien qu'une illusion si elle n'a pas été pensée.