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Publié par Anthony Le Cazals

Systèmes fondés et systèmes sécrétés. — Certaines philosophies sont fondées sur la « Vérité », sur du vide quand d’autres sont sécrétées suivant les circonstances. C’est pourquoi Badiou cherchera à voir chez Deleuze une philosophie du fondement, il le répète à tue-tête, tout en reconnaissant que chez Deleuze « il n’y a pas de commencement » BdCE _98. Pourtant Badiou tel un adolescent gâté trépigne de ne voir arrivé le modèle de ses caprices et dit « mais il faut commencer ». Il cherche du commencement dans chaque cas qu’approche Deleuze plutôt que d’en rester comme c’est l’habitude affirmée chez Deleuze à la « nécessité du recommencement » _98/135 et au « perpétuel ré-enchaînement »  _56/123. C’est que le fondement n’est pas le secret, ni l’intempestif. Le fondement est toujours second, comme l’interruption d’une accélération. Le fondement serait, si on en suivait la logique, « défaite » ou « défection » de l’objet qu’il fonde _94. Si Badiou vient réintroduire du fondement _66-69/80/94, c’est pour nous faire confondre recommencement et commencement, c’est pour réintroduire une vision mimétique de la réalité ainsi que les catégories abstraites qui s’y rapportent. Le secret est toujours l’affaire d’un « nombre virtuel », d’un chiffre que l’on sécrèterait inconsciemment par nos actes et nos productions mais dont on jette la formule de fabrication. Quant à l’intempestif ce qui n’est pas pris en compte par un système, qui n’est pas son chiffre non plus et qui pourtant ressurgit inéluctablement comme une affectivité dionysiaque, une inspiration démonique, une énergie qui nous anime. La gageure est donc bien de vouloir fonder Deleuze plutôt qu’en bon bergsonien s’élever à la bonne tonalité, à embrayer sur ses expérimentations. Un tour de passe-passe a bien eu lieu. Badiou a bien opéré le changement de moteur dans la pensée de Deleuze permettant ainsi la réception de la sienne, « c’est vis-à-vis de Deleuze que j’inscris ma tentative et de nul autre » BdCE_11. Encore une fois, ce secret est de l’instinct incorporé, de la mémoire oubliée mais il n’est en rien la « Vérité » qui fonde, « l’oubli de l’oubli », c’est « l’interruption radicale », « la vérité oublieuse » BdCE_97. Et là on obtient non la pensée de Deleuze mais celle de Badiou, comme il dit « c’est bien ce que je pense ». Alors apparaissent les énoncés dogmatiques « le temps est la vérité elle-même », « il y a indiscernabilité entre l’être absolu du passé et l’éternité » CE_91. C’est alors que le système se referme car la nouveauté, ce qui l’ouvrirait, ce qui permet de renverser un situation de fait, se trouve rejeté. Comme le relève Badiou CE_90, Deleuze estime que « le temps a toujours était la mise en crise de la notion de vérité », c’est par cette remarque que débute la troisième période de Deleuze faite d’une contemplation comme création. Bref, le secret inactuel n’est pas le fondement, ni cette énergie qui dépasse ce que peuvent envisager les systèmes à secret et à fondement.


  • « Car s’il y a une moitié privilégié dans la division, il faut que cette moitié contienne en soi le secret de l’autre » DzID_35 « si le dualisme est dépassé vers le monisme, le monisme nous donne un nouveau dualisme, cette fois maîtrisé, dominé » DzID_36. Mais qu'est-ce que tu sais de moi, une fois dit que je crois au secret, c'est-à-dire à la puissance du faux plutôt qu'aux récits qui témoignent d'une déplorable croyance en exactitude et vérité ? DzP_21. « Comme toujours chez Deleuze, l’au-delà d’une opposition statique finit toujours par l’assomption qualitative d’une de deux termes » nous dit Badiou catégorique, qui veut produire de l’Un là où c’est un dedans comme durée subjective BdCE_19.
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