Archives

Publié par Anthony Le Cazals

Avant d'aller plus loin voici un lien où vous trouverez une trentaine de textes sur Alain Badiou

Alain Badiou se donne l’autorité et l’auto-légitimité par son système de combattre les inégalités sociales, quand il prétend partir de ces inégalités pour produire un communisme mais il produit là une autre de ses impostures. Elles ne sont que prétextes à saisir l’indignation de l’interlocuteur pour entamer son discours. Toutes les « idéalités mathématiques » de l’égalité et de l’être ne servent que d’incise dans le discours de l’autre. Le communisme n’est qu’une posture spéculative, une hypothèse posée sans condition, une égalité prononcée sans jamais advenir. S’immiscer, contraindre. Répétons-le l’égalité n’est pour Badiou que ce qui « ouvre à une stricte logique du Même » BdC_247, à une logique abstraite qui ne tient pas compte des statuts et de la redistribution des richesses : « l’égalité c’est quand chacun est renvoyé à son choix et non à son statut » BdLM, choix qui consiste à suivre ou non Platon et la politique du commun. Cette politique communautaire n’est qu’une fois de plus la tactique du coucou pour se faire accepter. Le coup de l’après coup de la politique du coucou est gagnant, il transit l’homme mal armé. Que fait Badiou ? Saisir l’adversaire, l’introduire dans son abstraction, lui couper toute dimension énergétique. Dans le cas de Deleuze, Badiou ampute toute dimension contemplative ou fabulatrice propre pour introduire ses propres idées. Elles n’ont en fait aucun rapport ni la même finalité. Badiou, par sa morale de la vie bonne, réveille bel et bien des forces réactives pour la simple raison que « les forces réactives ont toujours pour rôle de limiter l’action. Elles la divisent, la retardent, l’empêchent en fonction d’une autre action dont nous subissons l’effet » DzNP_127. Les discussions métaphysiques sur des questions abstraites sont des exemples d’atermoiement et de retardement dans l’action. Si comme Badiou on fait du discours sur l’être le point dominant de la philosophie du xxe siècle, on entend par là que ceux qui ont pratiqué « penser » ont été des philosophes idéalistes pour qui importaient avant tout de connaître, plus que de vivre, c’est-à-dire d’appréhender tout ce qui arrive à travers des « idées », en suivant soit Platon, soit Aristote, soit Spinoza. Tout appréhender avec prudence plutôt que de tenter l’audace. La « connaissance » d’une chose n’étant que l’idée de l’affection qu’elle nous procure, l’idée de sa fréquentation. Ceux qui limitent leur existence à un désir « cognitif » se refusent à percuter, à introduire une accélération, à aller plus en avant dans la bataille. La bataille ou l’événement, qu’ils idéalisent, sera par eux toujours conçus comme un excès, comme ce qui dépasse leur langage, alors que le combat est ce qui à l’inverse annule tout excès. Cette dimension de l’excès est présente tant chez Badiou que chez Deleuze, tant dans l’idéalisme transcendantal que dans l’idéalisme empirique. Si on parle d’une « imposture de l’engagement » chez un idéaliste transcendantal, les idées ne parvenant à se concrétiser finissent par produire du ressentiment. L’événement apparaît alors plus comme une incapacité physiologique à agir que comme un excès par rapport au langage qui ne pourrait dire tout. Plus une pensée est apte à rapporter ce qui s’est passé avec fidélité ou dignité, moins elle invitera à s’engager dans les conflits, mais bien dans la vengeance de l’abstraction. Certains préféreront énoncer la « combinaison », e « nombre virtuel » d’une bataille plutôt que de l’engager ou de la provoquer. C’est en cela que le philosophe idéaliste est un décadent. Le philosophe idéaliste demeure celui qui a défaut d’agir, contemple l’événement et la bataille comme un excès par rapport au langage. Il en tire la tension nécessaire à son système symbolique toujours en quête de sérénité et de béatitude voire de grâce. L’événement n’est alors que la visitation d’une grâce, une extase que d’autres appellent hapax existentiel. Mais, dans ce cas, celui qu’on l’on nomme philosophe et celui qu’on l’on nomme idéaliste, sont la même personne : aimer la sagesse c’est contempler « l’événement », et non défendre la sagesse bec et ongle. N’oublions pas que tout idéalisme ou tout réalisme des idées part d’une peur par rapport à l’ « idée » de la mort et que ce qui fonde l’œuvre de Platon est bien sa stupeur et sa lâcheté face au suicide de Socrate, ce qu’Althusser, le maître de Badiou, reproduisit à sa manière et en son temps. De là naît l’œuvre de Badi     ou et l’étonnement face aux renégats de mai 68 est l’affect premier d’une pensée qui prétendait débuter avec le geste platonicien qui consistait à rejeter tous les affects. Autre imposture qui cache mal son ressentiment. Mais qui douterait de la dimension réactive et pleine de vanité de la philosophie de Badiou pourrait aussi se pencher sur ces quelques extraits : « je suis amer », « je soupçonne… comme le font les jaloux » BdCE_15. Est-ce d’un geste que tout cela disparaît ou part l’effort ? La philosophie de Badiou n’est pas un appel à l’effort ou à la volonté mais bien un appel à l’abstraction pour noyer et camoufler le ressentiment, l’instinct de vengeance. La difficulté apparaît aujourd’hui pour Badiou qui ne cherche qu’à produire une œuvre, à platoniser en paix,  avec « le bon de sortie offert par Kant » BdLM_559. Le désastre qui le menace est de nommer l’impropre, de désigner le Bien et par là de produire des prescriptions criminelles une fois le principe de son axiomatique atteinte et les prescriptions à suivre pour l’« homme bon » qu’est le communiste énoncées. Il n’y a pas que la pensée du commun (koinos) ou communisme, il y a aussi la pensée du sage (sophos) qui s’en écarte. Il y a différentes instances en philosophie : 1°) le dépeupleur, celui qui grève l’imaginaire par l’ironie ou l’abstrait, 2°) le catalyseur, celui qui enclenche l’imaginaire sur l’humour, et 3°) le dérangeur que les philosophes perçoivent du dedans de leur idéalisme comme un satyre, mais qui leur indique la puissance du sage. Sans doute il ne s’est pas laissé prendre au piège de l’abstrait et de la décadence. Il sera donc aisé si l’on s’en tient  à l’opposition du philosophe et du sophiste de nous faire rater cette complexité et de laisser l’époque dans son crépuscule. « L’hypothèse communiste reste la bonne la bonne hypothèse, je l’ai dit, je n’en vois aucune autre » BdC_4. Comment peut-on en juger ainsi sans se baser sur un Bien fondé, comment émettre une telle « vérité » sans la fonder sur le bien fondé. Précisément c’est tout sauf une vérité ou sinon Badiou serait « excessif et douteux » C_71. Badiou fonde l’ « homme bon » sur le Bien, comme il prétend que Deleuze fonde l’« homme libre » sur l’événement CE_44. Toujours est-il que le fondement est vide CE_81 et le Bien est la limite C_71 autour du vide de la Vérité. Mais en réalité, dans l’abstraction qui s’étend de Badiou, le fondement c’est la limite et cette limite, c’est le Bien car on ne peut rien dire de ce vide, ni en donner une propriété, le fondement est impropre tout comme le Bien. Le fondement est limite « toujours [il] défait ce qu’il fonde » CE_95. Mais Badiou en exhumant son principe que l’indécidable et l’indiscernable ne faisaient que supposer trouve son principe du Bien : la liberté. Il renvoie ainsi le commun des mortels à leur égalité errante et se garde pour le rare sujet philosophique la liberté que permet l’exigence de la Vérité. Seuls les vides, les abstractions permettent l’absolu inconditionné et séparé de nous. L’Un-Dieu-Liberté comme absolu qui occupe le vide de l’opération Vérité derrière laquelle se cache le « philosophe » est dans une opposition tout en tension avec le « vide ontologique » C_66 qui tel un curseur permet l’égalité. Telle est la tension prescriptive du système de Badiou. Nous avons donc sous le nom d’Être (le Même-Egalité) l’idée que tout se vaut et que tout nous est égal et sous le nom de Bien (le Un-Liberté) le principe comme limite qui fonde. L’Evénement (le Deux qui suppose l’Un) est ce qui transit au commencement et permit ce parcours à l’envers en Vérité avant que le principe ne soit atteint et que le parcours se fasse à l’endroit avec ses lois et prescriptions pour l’« homme bon » ou le communiste. On touche avec la « bonne hypothèse » communiste sinon au « désastre » au manque de rigueur philosophique C_72, à « l’imposture » : on ne peut appareiller explicitement la Vérité et le Bien sans tomber dans l’imposture.
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Marc Lefrançois 06/12/2008 22:46

Bonjour. Nous avons le même intérêt pour la littérature! Je viens juste d'arriver sur over-blog et de créer mon propre blog... Je suis écrivain et j'ai eu l'idée de raconter mon parcours dans le monde des lettres; je vais aussi donner des conseils pour être publié mais aussi parler de mes lectures, de mon écriture, des mes passions... Est-ce qu'il serait possible de mettre mon blog dans vos liens?MerciMarc