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Publié par Anthony Le Cazals


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PREMIERE PARTIE : SUR BADIOU
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Que se passe-t-il une fois que le principe est atteint ? — La première chose à savoir est qu’Alain Badiou est un pythagoricien et platonicien. Sa philosophie est une axiomatique ou système symbolique clos, qui va de l’hypothèse de départ qu’il y aurait du Deux — L’être et l’événement 1 — au principe anhypothétique qu’il y a de l’Un. Ce dernier vient clore le système — comme cela apparaîtra dans L’être et l’événement 3. En effet, pour Badiou, « Il est exclu de procéder à partir d’un principe » BdCE_27, tout en sachant qu’il est « convaincu de l’existence des principes » BdCE_30. L’un de ces principes est dans le cas de Badiou l’Un-Dieu-Liberté : l’idée de liberté n’est pas conditionnée par la nécessité, elle est de l’ordre contingence, c’est-à-dire qu’elle peut être comme ne pas être, ce que tout platonicien nomme « Un ». Il y a bien de l’Un dans la philosophie d’Alain Badiou, alors que le Deux comme hypothèse ou posture de départ était égalité. Si nous pouvons prédire cela c’est que se trouve vérifié le précepte badiousien selon lequel en philosophie, il n’y aurait pas de nouveauté. Ce n’est pas de philosophie dans sa visée existentielle dont il est question mais de pensée en système clos : ce genre de pensée n’admet pas d’autres effets qu’internes car elle est refermée sur la vérité ou les essences vides. Ce qui se trouvait congédier au départ, à savoir qu’il y aurait de l’Un, se trouve réinvesti au final comme par miracle car tout ne peut être régi par la loi de l’égalité, la nécessité du Même. Pour Badiou l’égalité n’est qu’un mot, un prétexte qui ouvre à cette logique du même BdC_247, l’égalité n’est en rien une égalité de statut ou de redistribution. Ceci est la première abstraction et équivoque. Le geste final d’indiquer la liberté comme un absolu, un inconditionné à la manière de Sartre vient clore le système dogmatique de Badiou. Ce geste vient refermer le système sur une idée tout autre : sur son principe. La philosophie d’Alain Badiou se trouve donc n’être que le trajet à l’envers qui va du Deux à l’Un. Elle est le résultat d’une tension entre les deux. Elle est un « forçage », une déformation de la réalité sous-tendue par la finalité du Bien comme impropre. Ce Bien n’a pas de propriétés contrairement aux idées. C’est lui qui légitime la « vérité » et permet de fonder l’affinité supposée de la pensée avec la « vérité », selon le présupposé subjectif de la philosophie dans son ensemble DzNP_108-109. Est subjectif ce qui manque d’énergie pour l’action et requiert pour avancer une morale qui en appelle à la rigueur d’opérations, par exemple la « vérité » ou le temps comme sécrétion. Ce présupposé moral pousse quiconque à mépriser ce qui nous entoure. En s’attachant au « mensonge » ou forçage idéaliste de la vérité, nous perdons de vue ce qui a de l’importance : stimuler l’énergie qui permet l’action. Ne nous occupe que la vérité. Qu’il y ait une tension entre l’Un et le Deux chez Badiou, cela ressort de ce que, deux vides doivent être maintenus distants, de ce que « l’indécidable et l’innommable sont appareillés de ce qu’ils supposent l’Un » BdC_188, ce principe contingent qui ne renvoie pas à l’hypothèse qu’il y a du Deux. C’est à partir de cette tension entre l’Un et le Deux que Badiou produira sa lecture de Deleuze en plaquant et décalquant sa pensée sur la pensée de Deleuze. Rappelons que pour Badiou pour éviter toute équivoque le Deux n’est pas la dualité, l’égalité n’est pas l’opposition voir par ex. C_182, et que ce « Deux » résulte d’une interprétation un peu trop forcée du 1er axiome de la théorie de Gödel, mais nous ne sommes pas à un « mensonge » près. A présent, ne compte pour notre platonicien que la poursuite du trajet dans l’abstraction, qu’importe que ceci favorise la montée des forces réactives ou que l’on se détourne du tranchant de l’action. L’action qui n’admet pas la lâcheté et la peur qui sont à l’origine de tout idéalisme. La métaphysique perpétue ainsi ses propres inepties et l’idée que la philosophie doit attrister plutôt que d’indiquer comme une sagesse ce qui ade l’importance.

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