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Publié par Anthony Le Cazals

Puisqu’il faut faire. — Il y a au fond deux époques de pensées post-héraclitéennes, une époque de jugement et de savoir (logos) et une époque de production et de volonté raison). Par époque, j’entends des concrétions, des formations historiques, des épistémè dirait Foucault. Ces époques dépassent l’objectivité de la structure et la subjectivité constituante de la conscience. Leur temps n’est pas celui des situations.  Ces deux époques furent au fond marquées par l’idéalisme du logos et l’idéalisme de la raison — dont déjà Spinoza et Pascal notaient les limites. Le moment charnière fut Descartes : il  fit l’association des idées acquises et des idées innées par son idéalisme problématique qui part d’un solipsisme et d’un doute face au monde.  L’idéalisme transcendantal ou prétendument inné qui fut remis en cause par toutes les géométries non-euclidiennes a pour origine la lâcheté de Platon face au suicide de Socrate. Face à l’incompréhension de ce qui arriva et au choix de la cité que Socrate pouvait contourner, les idées servirent à Platon de refuge et Socrate maquilla ainsi sa lassitude de l’existence. Les secondes idées sont les idées spinozistes qui naissent de la fréquentation des choses et forment la connaissance de cette chose.  Ces idées sont unies aux perceptions et affections qui produisent les choses en nous. Ces idées trouvent leur apogées avec Kant comme connaissance a priori de la Raison Pure (Moi, Dieu, le Monde). Les idées sont alors des représentations de l’expérience. Mais nous sortons aujourd’hui des limites de la connaissance (1ère époque) et de la représentation (2ème époque). A terme la connaissance acquerra une part secondaire par rapport au savoir-faire, au combat. Faire, combattre ne seront plus l’engagement d’un idéalisme, engagement qui finissait en une « imposture ». Le fameux double « mensonge » de Platon pour, d’une part, défendre son statut de philosophe en invoquant la Vérité dans une fiction et pour, d’autre part, pour rendre la vérité ennuyante dans un rapport plus intime avec elle. Faire qu’ainsi elle subjugue tout en étant pas accaparée par d’autres. Rapport entretenu à la Vérité et rapport en conscience au Bien. Discours exotérique et discours ésotérique.  L’institution protège alors ce qui est propre à une décadence de la puissance faite de sagesse et de combat. Si on tombe en philosophie c’est bien par idéalisme. Quand les systèmes philosophiques dénoncent comme excès telle ou telle chose qui dépasse leur capacité de saisie symbolique — mesure —, ils nous feraient presque oublier que système et excès sont intimement liés. Ce ne sont que les deux faces d’un même régime symbolique : forcément l’un des idéalismes que nous avons cité plus haut. Par exemple, il n’y a entropie ou menace par le chaos que dans un système fermé qui craint sa ruine. L’un des traits commun à tous les systèmes métaphysiques actuels est l’événement, ce qui excède l’idiome ou le langage propre à un système. On pourra dire que les actions sont précisément ce qui excèdent les idées, de même que le travail, la musique, le combat, la lumière, le mouvement, tout un certain nombre de domaines qui restent autonomes à toute idéalisation, à toute mise en phrase. Le sentiment amoureux n’échappe pas à une possible idéalisation, avec tous ses excès. Mais les idées prises au sérieux ont la particularité de s’interposer entre nous et l’action. Elles font des différents idéalismes, des pensées « débiles » faites d’opérations, des « pensées » qui capturent en un « acte de penser » — l’« être » souvent — « la » pensée. Elles prennent en otage « la » pensée et légitime ainsi d’une autorité leur détenteur.  Il n’y a que le  combat pour arrêter l’idéalisme et ses excès : ses hyperboles de la Vérité fondées sur le Bien ou du temps contemplé comme une essence. Les questions récurrentes des idéalismes seront « quand est-ce qu’on passe à l’action ? » « Que dois-je faire ? » à laquelle tous les raisonnement moraux ne pourront répondre. Déjà l’envie de faire n’est plus là, c’est le propre de la décadence qui se pose trop de question. D’autres diront : puisqu’il faut faire autant faire avec passion, puisque toute santé exige l’activité autant agir avec acharnement. L’épuisement du « guerrier » viendra après et non avant comme le cachent si mal les idéalistes.
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venousto 12/06/2010 10:58



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