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Publié par Anthony Le Cazals

Nous avons été assez discrets sur la chose, mais peut-être l'avez-vous remarquez avec toute la série de commentaires publiés ici ou ici, Monsieur Jean Gayon, professeur en la Sorbonne, a menacé de porter plainte auprès du Procureur de l République de Paris pour diffamation suite à l'article de février 2007. Je souligne qu'outre le fait d'angliciser le style français d'histoire des sciences, monsieur Gayon enseigne la méthologie à la Sorbonne et nous accuse de nuire à sa notoriété, elle serait supériere aux écrits de Galilée de 1638. Afin d'éviter toute équivoque et tout emportement nous avons obtempéré dans un premier même si les faits sont clairs et portent sur deux titres. Le premier de vouloir faire, à la suite de Koyré, de Galilée un platonicien qui ne pratiquait pas d'expériences. Ceci est vrai pour les expériences de lacher d'objet du haut de la tour de Pise mais comme le rapporte lui-même Galilée :

Galilée fait dire à ses protagonistes de Discours concernant deux sciences nouvelles, 1638 qui s'oppose comme s'oppose la science aristotélicienne et la science nouvelle de Galilée ceci : l'adversaire de Galilée : « Pouvez-vous nous dire si vos expériences donnent des résultats conformes à vos conclusions théoriques ? », le représentant de Galilée, Salviati, répond : « (Galilée) n’a nullement négligé de faire des expériences ; soucieux moi-même de m’assurer que l’accélération de des graves en chute libre s’opère bien selon la proposition que nous avons décrite, j’en ai plus d’une fois cherché la preuve expérimentale, en sa compagnie, de la façon suivante » . Il dit ensuite qu’il a fait une centaine d’expériences avec des boules et des plans inclinés dont voici quelques retranscriptions :
 

« Dans une règle, ou plus exactement dans un chevron de bois, long d’environ douze coudées, large d’une demi-coudée et épais de trois doigts, nous creusions un petit canal d’une largeur à peine supérieure à un doigt, et parfaitement rectiligne ; après avoir garni d’une feuille de parchemin bien lustrée pour le rendre aussi glissant que possible, nous y laissions rouler une boule de bronze très dure, parfaitement arrondie et polie. Plaçant alors la l’appareil dans une position inclinée, en élevant l’une de ses extrémités, d’une coudée ou deux au-dessus de l’horizon, nous laissions, comme je l’ai dit, rouler la boule en notant (…) le temps nécessaire à une descente complète ; l’expérience était commencée plusieurs fois afin de déterminer exactement la durée du temps, mais sans que nous découvrissions jamais de différence supérieure au dixième d’un battement de pouls. La mise en place de cette première mesure étant accomplie, nous faisions descendre la boule sur le quart du canal seulement : le temps mesuré était toujours rigoureusement égal à la moitié du temps présent. Nous faisions ensuite varier l’expérience en comparant le temps requis pour parcourir sa moitié ou les deux-tiers, ou les trois-quarts, ou toute autre fraction ; dans ces expériences répétées une bonne centaine de fois, nous avons toujours trouvé que les espaces parcourus étaient entre eux comme les carrés des temps, et cela, quelle que soit l’inclinaison du plan,i.e., du canal dans lequel on laissait descendre la boule».

Galilée, Discours concernant deux sciences nouvelles, 1638, Troisième journée.

 

 


pris sur : http://www.philocours.com/cours/cours-galilee-experimentation.htm

autres réferences : http://cat.inist.fr/?aModele=afficheN&cpsidt=12290687 et http://cat.inist.fr/?aModele=afficheN&cpsidt=12305114

Le but clair est de faire passer Galilée pour un platonicien alors qu'en s'écartant de l'ontologie platoncienne et de la métaphysique par l'expérimentation de mobiles sur plans inclinés, Galilée a permis la discrétisation de l'accélération : le mouvement acquérant la dimension d'état qui ne produit aucun effet. C'est un peut comme si on sortait du systèmes des causes et des changements qui requiert quant à lui une substance, c'est-à-dire un inobservable. Ce sont Lamarck et Newton qui assureront la mise en équation de la dynamique des forces et de la gravitation. Nous pourrions donner plus de pièce mais je pense que le raisonnement reste éloquent.

Quant au deuxième point cela porte sur l'histoire de la biologie... ( à venir avec la refonte de notre précedent article)
 
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oyseaulx, avec les contributions de la sourys papivore 13/12/2008 10:05

Platonicien est une étiquette commode et rentable à Florence, depuis le temps où cela vous assurait les conditions de travail favorables que Cosimo de' Medici sut assurer à Argyropoulos, Crisolora ou Marsiglio Ficino, mais qui, en même temps, vous classe plutôt parmi les sectateurs d'Hermès Trismégiste que d'Archimède. Serait-ce Clavelin qui eût raison ?

gayon 05/12/2008 11:39

J'apprécie de connaître enfin le nom de la personne qui m'interpelle anonymement depuis trois ans sur le web sur le mode de l'accusation (beau modèle d'utilisation d'internet). Apparemment (?) il s'agit d'un ancien étudiant ayant suivi l'un de mes cours, qui eût mieux fait de venir me voir et échanger sur le sujet. Mais ma pratique d'enseignant n'est pas de ficher mes étudiants, avec qui j'essaie, autant que je peux, d'avoir une relation de confiance et d'échange critique. Sur le fond, il va de soi que Galilée était un personnage complexe, tout à la fois platonicien, expérimentateur et ingénieur, protégé des Médicis et haï de Rome. Ce fut cas une figure emblématique de son temps, dont j'ai tenté de faire comprendre à mes étudiants la complexité. Où est le problème? Il me paraît qu'il serait raisonnable d'arrêter là une discussion intéressante sur le fond, mais où ma personne n'a vraiment pas d'importance.