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Publié par Anthony Le Cazals

Une affectivité différente. — On peut penser que c’est la courte durée de la gestation chez l’homme qui a poussé ce dernier à compenser sa déficience motrice. Cette déficience qui pousse l’homme à se fermer sur son identité. Pour sa survie l’homme se construit alors une conception du monde d’abord solipsiste à l’image des premiers systèmes philosophiques, fermés sur les essences. Mais reste à savoir si le bombardement de percepts et d’affects de la « naissance » a une incidence si traumatique que ça : si un bébé ne pleure pas à la naissance, c’est signe que ses poumons ne se remplissent pas et qu’alors ses chances de survie sont minimes. Il semble bien et c’est ce que fait clairement apparaître la question de l’ « utérus artificiel » qu’il y a quelque chose de plus primordial qui se joue entre la fécondation et la naissance qui est l’implantation de l’œuf fécondé devenu entre temps embryon dans l’utérus de la femme. Si l’œuf fécondé — ou embryon par la suite — est un être humain et le nouveau-né une personne, il n’en est rien du statut de l’embryon implanté. Et, clairement, aujourd’hui, le placenta ou devrait-on dire notre nombril, fait écran au « doux » rêve, à cette chimère technique qu’est la grossesse artificielle. Nombre de femmes voient la réalisation de leur vie dans la maternité malgré les angoisses que cela suscite. Elles seront réticentes à ce que les grossesses deviennent artificielles. Enfin les fœtus en fin de grossesse n'ont pas de contact direct avec la mère sauf par les coups de pied et leurs oreilles qui entendent les battements de cœur ou sa voix car ils baignent dans le liquide amniotique ; tout cela excepté la médiation du cordon ombilical et du placenta peut être recréé en couveuse, avec une manipulation tactile un peu différente.  Cette modification des rapports entre individus fait que ce ne sont pas les mêmes zones cérébrales qui sont sollicitées. On peut pourtant penser que la production de toxines par nos activités industrielles et les stérilités qu’elles causeront, accéléreront le recours à ce type de grossesses. Médicalisées, les grossesses sont plus « sûres ». Elles pourront ainsi être menées au-delà du terme actuel alors que la taille critique de la tête par rapport à celle du bassin féminin impose pour notre espèce une gestation de 9 mois alors qu’elle est de deux ans par exemple chez l’éléphant. Une inconnue entrerait alors en jeu, ce serait de savoir si un nouveau terme de grossesse donnait de nouveaux individus. Ceux-ci ne connaîtraient pas les mêmes maladies infantiles, qui n’auraient pas la même motricité/ Plus adaptés à leur environnement dès la naissance, leur comportement solipsiste en serait modifié, ce qui veut dire aussi moins de types idéalistes. Pour les médecins obstétriciens, c’est en jouant davantage sur la durée contrôlée de la gestation et une compréhension améliorée du développement embryonnaire, que les problèmes de malformations congénitales seront solutionnés. Certainement l’affectivité des futures générations et leurs actions sur le monde en seront modifiées.
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