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Publié par Anthony Le Cazals

Le genre vernaculaire comme système de répartition sociale. — « Les sociétés pré-capitalistes sont fondées sur le genre » , les sociétés capitalistes sur le sexe, nous dit Ivan Illich à la page 115 de son livre sur le genre vernaculaire. C’est pourquoi l’on peut dire qu’il y a d’une part « le règne du genre [concret dans les agencements, abstrait dans la pensée], dans lequel la maisonnée [domus chez les romains ou hostal chez les occitans] obtient sa subsistance grâce à une répartition des tâches accomplies par deux couples de mains non interchangeables », et d’autre part le « régime de l’économie industrielle dans laquelle des mains produisent des marchandises en échange d’un salaire. » _117 Le premier régime — pré-capitaliste — fonctionne sur l’ « honnêteté », tandis que le second régime procède de la conscience qui s’affine par l’intériorisation d’une loi positive pour l’humain. Tout ceci résulte de l’introduction par l’Eglise au sein même de la domus, à travers une « société de la faute et l’aveu » comme le notait très justement Foucault dont les ressorts étaient l’inquisition IllGV_103 et de la confession de la conscience IllGV_104. Cette société de la faute et de l’aveu, que nous avons abandonné pour une société du préjudice et du contrôle, Boris Cyrulnik en parle aussi à sa manière : il s’agissait que l’esprit de chacun soit en conformité avec l’esprit de l’époque quitte à employer la torture. Selon Cyrulnik on agissait non sur le réel dont on avait la maîtrise avant le XIXe siècle mais sur les représentations de celui-ci CyrVC_46. Mais au sein des sociétés vernaculaires, la conscience et toutes les procédures d'entretien et d'aveu se substituent à l' « honnêteté ». L' « honnêteté », pour le préciser, est ce qui chez les occitans et les cathares permettait de dissocier  l'amour (des troubadours) de la violence imposée aux femmes via le genre   « contre la violence faite traditionnellement aux femmes, que cette minorité n’ait pas été faible, voilà qui transparaît dans la capacité de certains habitants de Montaillou [des occitans], des gens simples, de distinguer entre les femmes qu’ils ont aimées et celles qu’ils ont chéries (adamari) ». Que veut dire Ivan Illich par ce titre : le genre est vernaculaire. « Le genre est vernaculaire. Il est aussi résistant et adaptable, aussi précaire et vulnérable que le parler vernaculaire. Comme ce dernier, il est oblitéré par l’instruction, et son existence est rapidement oubliée ou même niée. » IllGV_83. Illich qui est parti d'une étude sur le genre grammatical masculin et féminin, fait la distinction ici entre le parler vernaculaire (les patois par exemple, les dialectes locaux) celui que l'on parle en famille sans trop y réfléchir et le langage appris à l'école, la langue nationale. Est « vernaculaire tout ce qui était confectionné, tissé, élevé, à la maison et destiné non à la vente mais à l’usage domestique. » _179. Illich, même si c'est un abus au niveau étymologique, oppose vernaculaire (ou local) à économique (ou universel).« Vernaculaire, c’est un terme technique emprunté au droit romain, où on le trouve depuis les premières stipulations jusqu’à la codification par Théodose (le « Cado Théodosien »). Il désigne l’inverse d’une marchandise : « vernaculum, quidquid domi nascitur, domestici fructus ; res quae alicui nata est et quam non emit » (Du Cange, Glossarium Mediae et Infimae Latinitatis, vol. VIII, P. 283). » IllGV_179.
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