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Publié par Anthony Le Cazals

Quand la capacité à voir dans son destin qur sa propre nécessité est faite sienne alors apparaît une étendue ensoleillée, un grand midi et la volonté que revienne sans cesse ce midi, cela tient à la fois à ce que Nietzsche appelle l'éternel retour comme instance qui sélectionnerait notre destin et de la volonté de puissance qui s'affirme dans un premier temps des buts proches avant de prendre de l’ampleur. On est loin des pensées abstraites et décadentes qui s'appuient sur une mathématique, une logique formelle, ou qui partent de principes abstraits de la vie, du travail et des combats qu’ils requièrent. On est loin de ses pensées qui se maintiennent dans une symbolique déclarée universelle mais qui se refusent à affirmer leur propre régime, par delà les essences et les circonstances qu’offrent les systèmes clos ou ouverts, ces fruits trop murs qui se détachent de l’arbre, tombent et pourrissent à côté des gens. S'il fallait s'intéresser aux corps de ces philosophes, on verrait combien leur destin est fait de lâcheté et d’effroi par rapport à l’existence, de retrait par rapport à la vie active. Jean-Toussaint Desanti disait qu'ils étaient faits comme les multiples peaux d'un oignon. Leur pensée est souvent marquée par le choix qu'ils ont fait de s'en tenir aux dualités par exemple, aux grandes réciprocités comme le Bien et le Mal, Le Juste et le Méchant, le Vrai et le Faux, l’Âme et le corps. Mais bien souvent ce sont de vieux cerveaux qui pensent ainsi. Ils nous renvoient par leur posture de philosophes, leurs pensées sans entrain, leurs pensées d'homme de la cinquantaine. On est loin des fulgurantes jeunesses de Spinoza, Schopenhauer ou Nietzsche. 55 ans peut paraître arbitraire et pourtant c’est un âge qui marque l’affaissement de nos capacités cérébrales et donc de nos aptitudes d’action. Il suffit d’observer ce que des penseurs qui ont mûrement écrit à cet âge avancé, par exemple la Critique de la Raison Pure ou la Monadologie. Est-ce un hasard si l’on trouve là des pensées rabougries, décharnées. Des pensées si frileuses avec les expériences qui dépassent l’abri des limites morales. Ces pensées servaient d’abri plus que de révélateurs de vie ou de destin à leur héraut. De Kant et Leibniz, on peut retenir qu’ils étaient des « freins pour la pensée », selon l’expression consacrée. Pensez à Kleist qui s’est vu coupé les chemin de l’absolu par sa lecture de Kant, à toute ces vagues romantiques. L'autre choix, est en fait un non-choix est celui de suivre ses intuitions sans chemin préétabli. Il consiste à s'immerger dans la vie et sa richesse faite d’apparentes contradictions pour la personne morale et de trouver les armes de son combat en faisant fi de toutes les certitudes. Ce non-choix, cette indifférence aux limites du déterminisme, certains par un fieffé subterfuge le qualifieront de réactif quand il s'agit précisément d'affirmer la vie et le travail en tant que simple activité. Non pas clamer « la Vie » sous toutes ses formes, même les plus débiles, mais bien laisser jouer le destin élevé en nécessité. Vouloir retraverser toutes les intensités d’une vie, de sa propre existence. Alterner travail et oisiveté, santé et maladie, solitude et compagnie. Bref, changer d’habitudes. Chercher à abaisser sa propre intellectualité, pour retrouver l'intuition qu'il existe un fond affectif de l'existence, que Nietzsche nommait dionysiaque ou Goethe démonique. Tout se joue d'abord dans les rencontres et les confrontations, dans la façon dont on compose ou non avec ce qui nous est étranger, car au final, ce à quoi l'on s'oppose n’est que la marque d'une affinité jusque là inaperçue. Il est intéressant de voir combien on a inventé par le passé le concept d'Autrui pour mieux cerner et s'écarter de ce qui est étranger, pour ne pas s'y cogner et l’éviter. Mais pour connaître autrui il faut le percuter, l’activer, ne serait-ce que par quelques traits de pensée.
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