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Publié par Anthony Le Cazals

On peut résumer toute la philosophie abstraite et détachée du mouvement ainsi : l’être est ce qui déterminé à être et non ce qui advient de manière indéterminée avec la complexité. Ce concept d’être fut forgé par les Grecs — philosophes dogmatiques d’Elée puis d’Athènes — pour masquer et asseoir la hiérarchie de faits, d’interprétations, de représentations. C’est ce qu’on appelle aussi hétéronomie. Entre-temps, la science a été capable, par un dispositif tout en rubidium, de mesurer la vie et la mort de photons s’en pour autant les détruire. Le plus âgé de ces photons, avec une demi-seconde de durée d’existence, fut appelé Mathusalem. Ceci montrait non que l’autonomie est impossible, mais que la prise d’information est toujours plus étendue. Si une autonomie des différents domaines et champs de forces est toujours possible, c’est qu’on ne contrôle toujours pas l’apparition et la disparition des photons, mais  qu’on les constate. L’information tend à remplacer ce qui s’appelait autrefois la signification, selon la hiérarchie du sens. Cette hiérarchie répartissait autrefois les rôles, une place de choix allant aux prêtres et interprètes qui définissaient le sens de nos sociétés et de leurs discours dominants. Nous étions dans des sociétés de la discipline et de la dette. La discipline était défendue par les guerriers et la dette (de sens) entretenue par les prêtres. Un autre ordre plus anesthésiant s’est constitué où le mot de passe de la réussite reste le traitement du plus d’informations possibles et où pour éviter toute erreur dans l’action humaine, se mettent en place des opérations, des procédures. Autrefois pour ces mêmes procédures infaillibles, on parlait d’idéal, d’utopie. Dans notre actuel théâtre des opérations, l’information principale est de savoir où se trouvent les ressources d’énergie, car il faut, on le sait depuis la thermodynamique, énergie et masse pour que l’information puisse être fixée et indexée. Une des exigences de la thermodynamique était de mesurer l’échelle de température d’une machine à vapeur. C’est répertoriant ses sources d’énergie et en les quantifiant que le système peut se conserver, en discrétisant les quantités mesurables. Tel est le nouveau théâtre de l’information et des opérations. Réalité inhumaine, j’en conviens, mais ainsi la « réalité » se trouve normée, calculée et gérée. La réalité est « virtualisée » dans l’information et paraît ainsi ne plus contenir de conflit. Notre société ne peut plus dès lors fonctionner sur le mode dialectique, basé depuis Platon, sur l’identité et la discrimination, mais sur un mode où tout objet non vernaculaire se trouve étiqueté par une information qui parfois prend plus de valeur que l’objet lui-même comme la signature de Duchamp sur son urinoir.
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