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Publié par Le Cazals

Nous avions vu précédemment que l'esprit persistait sous la forme résiduelle d'envies chez Nietzsche : il emploie par exemple les expression "esprit de vengeance" ou d'"esprit de sérieux", nommer ces mêmes envies ou volontés. Nous savons aussi qu'il fait une critique sévère de l'Esprit dans un aphorisme du Gai Savoir, mais il demeure bien une sphère indépendante de la conscience pour Nietzsche qui demeure de l'ordre de la direction : c'est sphère est l'esprit qui est directement connecté à notre pouvoir de synthèse (qui pour Nietzsche marque les grandes philosophies). Qu'il soit possible de parler d'envie dans les premiers ou de direction pour cette sphère de la synthèse sans mentionner cette valeur illusoire et somme toute assez vague qu'est l'esprit, est de l'ordre d'un pari tout a fait tenable. La question qui demeure est celle de savoir si par direction, dans une philosophie sans but comme la philosophie tragique et non héroïque de Nietzsche hormis , on est bien sorti du registre de la gouvernance et de la connaissance. Le seul but que l'on pourrait attribuer à Nietzsche est l'idéal-type du surhomme, synthèse collective de l'artiste, du saint et du philosophe et leur dépassement. Nous donnons ici deux citations des Fragments Posthumes de Nietzsche traitant de la "direction" mais se relativisant l'une l'autre.

10[7] "La confiance stupide dans le cours des choses (vers le "mieux") ... la croyance qu'il suffit qu'il suffit que chacun fasse selon son devoir pour que tout aille bien - tout ceci n'a de sens que si l'on admet une direction des choses sub specie boni. ... 11[145] que l'on ne se méprenne pas sur le rôle de la "conscience" ; c'est notre relation avec le "monde extérieur" qui l'a développé. En revanche la direction, soit la surveillance et la prévoyance eu égard au jeu synthétique des fonctions corporelles, ne parvient pas à notre conscience ; pas plus que l'emmagasinement intellectuel : qu'il existe pour cela, une instance suprême on ne saurait en douter [...] "Plaisir", "déplaisir" sont autant de signes venus de cette sphère."

La direction sous l'espèce du Bien (du point de vue du Bien) n'est autre que la surveillance et la prévoyance dans un régime de gouvernance. Il y a donc toujours une aporie quant à savoir non ce qui entendu sous le terme d'esprit, mais de savoir si l'esprit existe au-delà de la sphère du Bein et du Mal.


A noter que les distinctions corps - âme (psychè-souffle) - esprit (noûs-pensée) se font en fait un peu différemment. L'esprit qui est davantage l'hégémonique, c'est à dire ce qui domine le corps (hêgemonikon) n'existe pas dans la tripartition qui est courante chez les Grecs entre la splacma (les viscères, les entrailles, la partie basse du corps, celle des désirs), la Psychè (la respiration, le souffle) et la jointure des deux le phrein (ce qui correspondrait à la zone du diaphragme, le muscle juste en dessous des côtes). Si vous lisez une citation du style "le coeur fait partie des entrailles" (Napoléon le dit, per ex.), elle n'échappe pas à cette répartition, même si le coeur est au-dessus du diaphragme.

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