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Publié par Anthony

Il est une chose dont on peut se demander ce que Badiou entend par là et qui est bien la marque des malentendus que peut susciter sa « désastreuse » philosophie. Il y a en fait un très grand décalage entre le sens que prête au terme égalité, tout un chacun, et l’indétermination (absence de sens, volonté de ne pas définir le terme) dans laquelle Badiou maintient l’égalité.

 

On peut dire qu’avec Badiou l’égalité n’adviendra jamais mais que c’est un jugement qu’il détient en propre : comme il reprend la formule à Jacques rancière (autre ancien althussérien comme lui) : « l'égalité n'est jamais le but, elle est le principe. Elle ne s'obtient pas elle se déclare. Et on peut appeler "politique" les conséquences dans le monde de cette déclaration. » LM_585. C’est ce genre d’approche qui fera que l’égalité n’adviendra jamais mais que l’on pourra en discourir à pâmoison. C’est toujours un personnage animé d’un fort sentiment de supériorité qui se permet d’énoncer l’égalité, les plus fameux représentants de ce travers étant Rousseau ou Marx. Croire ou poser l’égalité c’est au fond s’illusionner pour mieux se donner prétexte à s’écarter des faits et interpréter le monde à sa guise.

 

De l’impossible définition de ce qui n’adviendra pas : L’égalité.

Pour parler de l’égalité sans avoir à la définir et par là à en trahir l’idée ou plutôt l’erreur, Badiou part au fond de la formule révolutionnaire : « Liberté, Egalité, Fraternité ». Il voit dans la liberté et la fraternité pour l’immédiate politique qu’il veut mener deux impasses car ces termes sont selon lui trop chargé de sens. La fraternité ayant un arrière fond communautaire, prenos la liberté. La liberté apparaît soit comme un concept qui « n'a pas de valeur immédiate de saisie, parce qu'il est captif du libéralisme, de la doctrine des libertés parlementaires et commerciales, c'est un vocable entièrement investit par l'opinion. C_247. Soit elle s’affine comme étant issu d’une pratique politique bien particulière que l »on peut nommée politique réelle ou restreinte. « seule une politique qui peut être nommée, en philosophie, politique égalitaire, autorise qu'on tourne vers l'éternel le temps contemporain où cette politique procède. ... Ce qui est philosophiquement sous le concept d'égalité est que la destination de la politique, quand la philosophie la saisit pour l'exposer à l'éternité, n'est pas la différence ni la souveraineté , mais l'autorité du Même. » C_248. Nous n »’expliciterons pas mais le Même participe d’une dialectique qui exclue tout autre, d’une dialectique qui se refuse d’être celle du même et de l’autre comme le fut quelque part le nazisme (cf. C_249 « Le nazisme est le paroxysme criminel de la dialectique du même et de l'autre »)

 

Il est intéressant de voir qu'il rejette du côté du matérialisme démocratique qu’il abhorre, une définition de l’égalité plus dynamique cette fois et qui consiste à dire que l’égalité c’est ne pas être séparé de ce que peut, chacun faisant en fonction de ses propres capacités : en effet pour Badiou , au sein du démocratisme qu’il abhorre, au sein de ce « nihilisme », « on est libre si nul langage (ou signifiant) ne vient interdire aux corps individuels qui en sont marqués de déployer leur capacités propres ». Etre libre consiste pour Badiou en « l’incorporation à une vérité » qui nous transit mais on peut aussi voir et c’est ce qui apparaît à terme, c’est que cette vérité devient vite une erreur, une erreur si d’autres qui n’y ont réellement goût se la rentre dans le crâne. Même si pour Badiou, la démocratie est un ajustement entre la liberté et l’égalité, on peut se dire que son choix penche du côté de l’égalité, d’une égalité soutenue par une instance où demeure la figure très appréciée de Badiou à savoir lui-même ou par substitution le juge.

 

Le passage par le tribunal de l’égalité

L’instance garante de l’égalité Badiou la nomme tribunal de l’égalité : L’Egalité postulée mais jamais acquise, et qui revient à dire que l’on est jamais égaux en fait, mais tout au plus en droit

L’équivocité, l’ambiguité à vouloir choisir un terme exempt de tout sens mais que l’on finit tout de même par définir fait que Badiou finit par céder sur les conditions et les partis pris qu’il s’était donnés. On passera sur certaines définitions abstraites qu’il en donne (AM_166) et qui nous feraient développer son système et donc le piège jargonneux et plein de restrictions de sa pensée, plus que de répondre au problème d’une égalité effective. On peut lire d’un part que « Le mot égalité doit être dégagé de toute connotation économiste (égalité des conditions objectives, des statuts, des fortunes). Il faut lui restituer son tranchant subjectif  : l'égalité est ce qui ouvre à une stricte logique du Même. » C_247 mais Badiou finit aujourd’hui par se replier sur un pis-aller que serait une politique égalitaire et qui assume sa haine pour les riches. Afin de s’attaquer il n’hésite pas à prôner l’autorité du Même et la terreur de la Vérité. Encore un fois revient se genre abstrait du Même qu’il nous est impossible de définir ici mais qui tel un vide ou un angle mort est au cœur du système de pensée badiousien. Ainsi l’égalité ne sert que de prétexte à la place d’un tribunal de l’égalité qui pour Badiou est avant tout conceptuel ou pris dans les situations qui l’occupent directement mais qui pourrait devenir institutionnel à mesure que des « sujets » s’y incorporeraient en s’illusionnant d’y voir une « liberté de vérité » (AM_23). Ainsi ce n’est qu’en situant ce tribunal de l’égalité comme organe d’autorité pour ne pas dire de terreur que l’on peut définir l’égalité. « L'égalité c'est que chacun soit renvoyé à son choix (de pensée ou de politique) non à sa position (socilae) » LM_35.

 

On a donc vu comment l’égalité fut choisie en fonction d’une époque (où il était impossible de miser ou parier sur la liberté et la fraternité), mais le plus abstraitement du monde, loin de la définition que lui donnerait l’opinion publique et qui y verrait une égalité de pouvoir et de richesse. Mais l’égalité, sous l’ambiguïté de ce mot équivoque par l’orientation que lui donne Badiou et les croyances et faux-espoirs qu’y mettrai le tout un chacun, est avant tout le prétexte à formaliser un retour au Même, à la pensée dialectique telle que la pratique Badiou et qui consiste à platoniser en paix. Tous ceux qui cèderaient relèverait non de l’autorité de Même (Terreur du mathème*) mais de la corruption de la vie.

 
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*La terreur : On connaît la terreur en politique. Il existe aussi bien une terreur du mathème ... La dialectique matérialiste assumera sans joie particulière que jusqu'à présent aucun sujet politique ne soit parvenu à l'éternité de la vérité qu'il déplie sans des moments de terreur LM_98 Comme le dit Saint-Just : "Que veulent ceux qui ne veulent ni la Vertu ni la Terreur ?" Sa réponse est connue : ils veulent la corruption - autre nom de la défaite du sujet.
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