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Publié par Le Cazals

Tu me demandais autour d'un verre de te parler de la philosophie de Badiou. Aussi te fais-je une rapide présentation de ce que tu appelles sa «  métaphysique » . Bien entendu il y a un parti pris dans mon discours, mais cela reflète quelque chose du personnage, de sa vanité entre l’autre et de sa prétention envers la vérité. Lui qui s’en déclare le gardien, l’ «  escorte »  du vide qu’elle constitue.

 

Badiou est un philosophe qui prône le Deux, c'est un peu abstrait dis comme ça, mais c'est que pour lui  il y a d'une part les opinions et d'autres part les vérités. C'est se dérive à l'infini dans sa philosophie, on a donc aussi d'un côté le sujet et de l'autre les individus ou les communautés qui baigne dans une égalité, une . Le sujet n'est en fait qu'une capacité restreinte, restreint en ce que les vérités qui le transissent ont une action précaire sur la réalité, au dire même de Badiou qui ne sait se renier. Badiou, en homme «  véridique «  comme nos fesses, s'en défend désormais comme il me l'a dit dans une lettre l'espace des vérités s'est ouvert. Ceci peut se comprendre en ce qu'il s'est accaparé dans un de ses derniers livres les variables de Heyting, en bon pythagoricien qu'il est. Je ne développe pas sur ce que c'est, sur le formes de transcendantal, pour lui chaque époque, chaque monde a quatre variables possibles (4 valeurs transcendantales), là encore c'est abstrait. Mais, vois au passage, pour comprendre que l'emprise des vérités selon Badiou serait plus grande, que le logicien Heyting est un élève de Brouwer. Ce même Brouwer est celui qui a relancé par une de ses conférences en 1928, le second Wittgenstein dans la philosophie, et il est celui qui inventa la logique intuitive, qui se différencie de la logique formelle. Disons que son système logique admet plus de nuance même s’il pose toujours et avant tout un principe d’identité. Ainsi Badiou est passé d'une pensée qui pose des postulats à une pensée qu'on qualifie de transcendantale et qui s'appuie sur des formes a-priori (en fait des a-priori formels et esthétique qui nient toute dimension physiologique, dénie du corps). Mais comme nous allons le voir cette pensée du Sujet et cette logique des formes a-priori sont deux pans d'une même philosophie pu métaphysique.

 

Badiou pratique une métaphysique du Deux, en ce qu'il y a d'une part le sujet et d'autre part l'égalité entre les individus et les communautés. Cette égalité il la nomme nihilisme, à la suite de Heidegger (même si comme Heidegger il ne prête attention au faut qu'il y a plusieurs nihilisme et que de ce fait sa philosophie accentue le second). Le nihilisme veut dire que rien ne vaut ou tout est vain (d'où un thème récurrent chez Badiou celui de la vanité). Cette égalité, il la nomme à la suite de Lacan, la loi du Même, les multiples individus et communautés étant aux yeux de Badou tous les mêmes, quelconques, bref des multiples sans histoire. Cette égalité Badiou la nomme avec une certaine vanité ou mépris l' «  indifférenciation ontologique »  expression qui n’a pas grand sens sinon d’être abstraite : pour les individus errent toutes leur vie dans une forme de survie mais sont incapable de reconnaître les vérités éternelles ou génériques qui leur donnerait accès à une vie digne d’être vécue dont se targue Badiou. Voyons tout de suite ce qu'est le générique avant de revenir sur une autre manière de nous leurrer avec le Deux. Parce qu'il met deux terme en rapport, en dialogue, sa pensée est une dialectique, c'est-à-dire qu'elle met en rapport des «  genres » posé a priori dont découlent tout le reste de sa pensée, on parle non seulement de pensée « générique » (et oui on retrouve les « genres »), mais aussi d'axiomatique (puisque des axiomes ou hypothèses plus ou moins mathématiques servent de point de départ) mais l’on comprend dès lors que la pensée de Badiou est avant tout une fiction esthétique, puisque ce qu’il dit des mathématique comme démonstration partant de postulat, à savoir que leur critère n’est pas le vrai mais le beau est aussi valable pour sa philosophie. Esthétique est synonyme de stabilité, de ce qui offre un confort visuel ou conceptuel, ouvre à une sérénité qui cache mal combien elle est un déclin de la puissance et de la vie. Pour donner un autre exemple de pensée aussi abstraite. Le structuralisme a fonctionné comme une axiomatique en posant des genres « homologues" par exemple le Signifant et le Signifié qui sont relié par la fameuse structure abstraite. Pour les genres de la dialectique chez Badiou, on retrouve aisément le Même, l'Autre et l'Etre, repris à Platon, ainsi que le sujet repris à Sartre et Lacan, Badiou a laissé de côté le Mouvement et le Repos qui sont les deux autres genres suprêmes de la dialectique de Platon (voir le sophiste ou le philèbe).

 

Revenons-en au «  sujet « , cette capacité restreinte à produire du double discours et de fausses déclarations. Le Sujet est équivoque chez Badiou, il est rare aussi malgré ce qu’il fait entendre à son auditoire. Comme peu de gens l'ont compris, quand Badiou parle à son public de sujets et d’autres que ce même auditoire acquiesce croyant qu'il parle de leur propres parcours vers quelque nouveauté ou quelque amour, c'est au fond de lui qu’il parle ou des rares personnes qui comprennent combien il méprise et la condamne à passer par son tribunal. Le Sujet (Badiou lui-même) est à la fois celui qui, se tenant en juge, manipule une prétendue pince de la Vérité qui saisit les vérités dans les disciplines créatrices (comme l'art, la science, la politique et l'amour) MAIS le sujet c'est aussi celui qui pris dans ces mêmes disciplines les fait avancer vers quelque forme nouvelle. Et là Badiou commet une erreur quant à son propre dispositif, puisqu'il se met à reprendre Gödel tout en disant rectifier certaine de ses démonstration, il se fait éditeur et dramaturge, il se fait militant politique créant ainsi les propres vérités dont il jugera la valeur ensuite. Drôle de suture, surtout quand il se met à dire contre les mathématiciens que la mathématique est une ontologie. Notons que cela est vrai si l'on pense à la mathesis grec, mais le régime de fonctionnement des mathématiques est tout autre à présent même si Frege a inventé la logique formelle pour verrouiller les choses. Giussepe Longo voit dans Badiou une forme de Godélite, un grave incompréhension du premier théorème d’incomplétude de Cantor. Si la philosophie n'a pas à intervenir normalement de ce qui la conditionne au risque d’être plus qu’un juge mais aussi une partie de ce qu’elle juge, Badiou par une métaphore maladroite n’hésite pas à dire que la mathématique est comme une voiture que l'on fait passer au garage pour en changer le moteur, il faut lui donner un contenu dialectique.

Badiou joue donc sur un double plan, et c'est au fond du même dont il est question. associant une ontologie et une logique. Tu retrouves là dans l'ordre ses deux livres majeurs : L'Etre et L'Evènement et Logique des Mondes qui en est explicitement la suite. C'est là aussi la deuxième façon qu'a Badiou de développer l'idée du Deux, l'idée qu'il n'y a pas d'ensemble de tous les ensemble et que donc il y a forcément de multiples ensembles (donc du Deux). Il y a d'une part les sujets et d'autre part les individus et les communautés qui baignent dans l'indifférence ontologique. Il y a d'une part les sujets qui sont fidèle à la rencontre d'une vérité et dans le cas de Badiou de la Vérité (Vide et aridité de la pensée), cette rencontre fait évènement et d'autre part il y a ces gens qui errent dans la survie, dans le condititionnement de l'être, Ainsi le Deux se lit comme L'Evènement et l'Etre. Le sujet est celui qui s'écarte avec mépris de l'Être.

 

La troisième façon parmi tant d'autres d'aborder le Deux, qu'il y aurait un vide au-delà duquel il n’y aurait rien, au-delà duquel l’ensemble des existences ne pourraient aller, c'est vide le l'Être ou vide ontologique. Nous progressons dans sa métaphysique encore et toujours dans sa métaphysique abstraite de la vie. Mais je viens de te dire que le sujet s'écarte de l'Etre et, pour être plus explicite, de toutes les existences qui sont conditionnées à être ou à errer parce qu'aucune vérité ne les meut, il n'y a donc pas seulement un seul vide mais deux si l'on respecte la logique du Deux. Il y a en effet chez Badiou le vide de l'Être et le vide de la Vérité dont est Badiou est le garant. Si Badiou n’était là dans son système, les deux vides communiqueraient et nous serions selon lui non plus dans une pensée de l’Un mais du Deux : parce qu’il est garant du Deux, il est garant de la Vérité que personne ne peut présenter. Nous voilà au centre de son système de Badiou, à la fois il se fait «  escorte «  au bord du vide de la Vérité et archonte (juge) des vérités qu’il saisit dès qu’un événement survient dans une discipline créatrice, et plus encore sujet : militant de la politique restreinte, dramaturge pédagogique, « mathématicien" et amoureux de sa défunte femme avec laquelle comme avec tout il a une fidélité si particulière. Lourdes tâches pour un homme loin d’être sans prétention.

 

Puisque Badiou est Sujet (juge et gardien de la Vérité au bord de son vide qui fait que personne ne la détient) et sujet fidéle à un événement qui s’écarte du vide d’un prétendue Etre qui lui-même incosiste, etc. … C'est ces deux vides constitutifs de sa pensée du Deux qui n’est en fait qu’une pensée du propre, de ce qui revient toujours au même. Enfin, pour définir la dialectique de Badiou qui se veut une pensée du Deux mais semble bien être une pensée de l'Un renouvelé (du Propre du Bien qui est l’impropre), sans quoi il ne pourrait y avoir système qui donne consistance au discours.

 

Une fois dit tout cela, nous pouvons voir combien Badiou est «  crépusculaire », c'est le qualificatif qu'il emploie pour lui-même. Très vite cela te rappellera je l'espère, non le fait que l'oiseau de sagesse (la chouette d"Athéna) déploie son vol à la tombée de la nuit, mais que comme Platon, Badiou est un philosophe académique (c'est-à-dire à plusieurs peaux comme un oignon disait Jean-Toussaint Desanti) qui voit partout des contradiction symbolique entre le vrai et le faux, le bien et le mal, le clair et l’obscur, lui s’en sortant en disant qu’il ne comment jamais de confusion, comprenez que le critère de vérité chez Badiou est avant tout moral et esthétique : appelle-le l’infini, le statique, le stable, le serein, mais vois combien il n’engendre rien couvert d’être porteur de nouveauté il l’exclut plus qu’il ne la digère, de la même manière que Frege à constitué sa logique en réaction à Rienmann, Badiou constitua sa métaphysique en réaction à Deleuze dont il veut chasser les œufs du nid. Ce qui l'oblige à faire la promotion de son oeuvre de son vivant, parce qu'il a des doutes sur la viabilité de ses écrits, contrairement à un Spinoza, un Nietzsche, un Deleuze ou un Bergson n’est pas assurée (la phrase est de ce derniers). Badiou est dans la droite lignée de Lacan en ce qu'il appartient au matérialisme discursif qui trouve sa jouissance dans le discours abstrait et condamnant la vie. ‘est tout un goût de vengeance et un dégoût de la vie hors institution (académique, familiale ou éditoriale) que nous renvoie Badiou après avoir traversé l’aridité d’un désert de 1979 à 1988.

 

La suite arps-emain Chers amis.

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palatan 24/10/2009 22:11


Je ne connais Badiou que périphériquement et après avoir lu ce texte, j'hésite toujours plus à quitter cette orbite. Cordialement


Anthony Le Cazals 22/11/2009 23:25


Quelle orbite ? Que vos lobes conservent leur lucidité :)


Ophop 15/01/2008 18:31

Ce très mauvais texte se ressent plus comme un réquisitoire malveillant qu'une critique philosophique (c'est d'ailleurs le cas de toutes les interventions de ce blog qui abondent dans votre sens). Avant de juger, qui plus est avec vulgarité, un travail philosophique, vous devriez prendre le temps de le lire : d'essayer d'en comprendre les enjeux réels, toute la puissance et, pour l'essentiel, ce en quoi elle ne vous convient pas. Ce n'est pas parce que badiou vous est antipathique qu'il faut déconsidérer sa philosophie. Les philosophes deviennent de plus en plus rares. Votre malveillance, qui se prétend deleuzienne (pauvre Deleuze), envers Badiou, l'un des plus grands philosophes vivants, laisse plutôt croire que vous n'aimez pas la pensée philosophique. Elle conribue, votre malveillance sophistique (est-ce donc cela que la philosophie à Paris 8 est devenu !), à ce que la pilosophie se fasse rare. Lisez donc Deleuze à ce sujet : un petit texte, à votre portée, sur les nouveaux philosophes. Allez... au travail.

Anthony Le Cazals 15/01/2008 22:16

Merci pour ce texte.Ce texte n'est pas malveillant avec une quelconque prétention deleuzienne, il se veut polémique et surtout relever que la pensée de Badiou est marquée par un perpétuel ressassement ("retour au Même" qui n'a rien à voir avec l'Eternel retour) de ce qui lui est propre. Ne souhaitant pas dialoguer avec vous pour la simple raison que l'effort de penser n'est pas de l'ordre de la discussion, mais de ce que l'on met en place avec sagacité tant au niveau de la critique que de la synthèse, Il s'agissait , tout en expliquant bien les limites et les travers de suggérer que d'autres effort autre que le "platoniser en paix" sont effectifs, il n'y a pas de sophistique là-dedans, mais surtout une . Badiou sait très bien que son oeuvre y est décortiquée ici, les mots "crépusculaire", "inhumanité" marquent aussi l'impasse de sa pensée pour la transformation des cerveaux humains, la manière d'appréhender les corps qu'au fond il abhorre dans leur "survie". Badiou s'est enfermé dans la vie digne et rare du Sujet. Le but de Badiou est de réintroduire des catégories vides comme la Vérité ou l'Etre, de les tenir comme telles mais elles ne marque que des volonté de dominer, aucuns affects ni volonté de puissance. C'est donc ainsi qu'on peut dire qu'il y a et aura très peu de nouveauté en philosophie, quand tout était déjà énoncé par Héraclite avant que ce que Badiou nomme proto-sophistique s'éteigne en une régime de moralité (la philosophie est née du jugement). Peut-être le fil ténu, la nuance vous échappe mais qu'importe. Une critique de la Vérité, de la volonté de la formuler tout en restant dans un cadre symbolique qui ne va au coeur affectif des choses, est tout à fait possible de manière philosophique. On peut y être indifférent, car ce qui compte c'est avant tout de s'orienter et de pouvoir indiquer ce qui est porteur sous la forme d'émergences :) et que les catégories morales tendent à nier ou à entraver. Pour résumer, ce que disent certains platoniciens, Badiou cofond le signe et l'abbréviation du signe. Une manière d'être abstrait et que la philosophie se fasse rare (Badiou le dit plus le textes qui ici reprennent sa pensée), désolé d'énoncer cette vérité. En quelques mots notre critère de vérité est de l'ordre de capacité (d'une époque), de la puissance (et de la volonté qui y tend) mais nullement de l'ordre de la moralité qui vise à mener "une vie digne", couper des affects, réduit à une capacité restreinte que Badiou nomme subjectivité. Badiou n'a émergé dans sa forme réactive (mélange d'isolat et de plèbe) de ce que un phénomène d'acculturation s'est produit qui avait été prévu par la génération précédente.