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Publié par Anthony



C’est au contempteurs du corps que je veux dire leur fait. Il ne doivent pas changer de méthode d’enseignement., mais seulement dire adieu à leur propre corps — et ainsi devenir muets.

« Je suis corps et âme » — ainsi parle l’enfant. Et pourquoi ne parlerait-on pas comme les enfants ?

Mais celui qui est éveillé et conscient dit : Je suis un corps tout entier et rien d’autre chose ; l’âme n’est qu’un mot pour une parcelle du corps.

Le corps est un grand système de raison, une multiplicité avec un seul sens, une guerre et une paix, un troupeau et un berger.

Instrument de ton corps, telle est ta petite raison que tu appelle esprit, mon frère, petit instrument et petit jouet de ta grande raison.

Tu dis « moi » et tu es fier de ce mot. Mais ce qui est plus grand, c’est — ce à quoi tu ne veux pas croire — ton corps et son grand système de raison : il ne dit pas moi mais il est moi.

Ce que les sens éprouvent, ce que reconnaît l’esprit, n’a jamais de fin en soi. Mais les sens et l’esprit voudraient te convaincre qu’ils sont la fin de toute chose : tellement il sont vains.

Les sens et l’esprit ne sont qu’instruments et jouets : derrière eux se trouve encore le soi. Le soi, lui aussi, cherche avec les yeux des sens et il écoute avec les oreilles de l’esprit.

Toujours le soi écoute et cherche : il compare, soumet, conquiert et détruit. Il règne, et domine aussi le moi.

Derrière tes sentiments et tes pensée, mon frère, se tient un maître plus puissant, un sage inconnu — il s’appelle soi. Il habite ton corps, il est ton corps.

Il a plus de raison dans ton corps que dans ta meilleure sagesse. Et qui donc sait pourquoi ton corps a besoin de ta meilleure sagesse ?

[…]

Je veux dire un mots aux contempteurs du corps. Qu’ils méprisent, ce qui fait leur estime. Qu’est ce qui créa l’estime et le mépris et la valeur et la volonté ?

Le soi créateur créa, pour lui-même, l’estime et le mépris, la joie et la peine. Le corps créateur créa pour lui-même l’esprit comme un main de sa volonté.

Même dans votre folie et dans votre mépris, vous serez votre soi, vous autres contempteurs du corps. Je vous le dis : votre soi lui-même veut mourir et se détourner de la vie.

Il n’est plus capable de faire ce qu’il préfèrerait : — créer au-dessus de lui-même. Voilà son désir préféré, voilà toute son ardeur.

Mais il est trop tard pour cela : — ainsi votre veut disparaître, ô contempteurs du corps. Votre soi veut disparaître c’est pourquoi vous êtes devenus contempteurs du corps ! car vous ne pouvez plus créer au-dessus de vous […]. Je ne marche pas sur votre chemin, contempteurs du corps !  Vous n’êtes point pour moi des ponts vers le surhumain !

 

Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra I, « Des contempteurs du corps » (traduction Henri Albert, 1901)

                       

Vous n’êtes point pour moi des ponts vers le surhumain !

Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra I, « Des contempteurs du corps » (traduction Henri Albert, 1901)

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