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Publié par Anthony

On nous parle  aujourd'hui  d'un troisième âge du capitalisme après le capialisme industriel et le capitalisme de services celui du capitalisme cognitif comme le nomme Yann Moulier-Boutang ou tournant autour de l'information comme dans le manifeste hacker de MacKenzie Wark. Pourtant c'est davantage vers une nouvelle économie, celle de la rareté du temps plus que des ressources, que nous nous dirigeons, une économie où les biens (informatiques) seront abondants mais où le temps pour en profiter manquera. La pénurie sera celle du temps avec non des infrastructures mais technologies fortement gourmandes en temps.

Mais qu'est-ce que cette ancienne forme d'économie appelée
Economie de la rareté ?

Le terme Rareté est employé par les économistes en un sens bien différent du sens commun, de la même manière que faire des économie et faire de l'économie ne désigne pas la même chose. Au sens strict, c'est L. Walras qui l’employa la première fois avec une signification précise en 1871 :  « La rareté définit le champ dans lequel les lois de l’économie mettent en relation : 1° Sujets (individus posséssifs, envieux, hors-genres, que ce soient des personnes ou des compagnies), 2° institutions (qui nourrissent symboliquement la mimesis) et 3° marchandises 4° au sein d’un environnement dans lequel les communaux ont été transformés en ressources, privées ou publiques. Il ne faut pas confondre la rareté prise dans ce sens-là et la rareté dans son sens courant… » * : rareté des espèces d’oiseaux, frugalité d’un régime alimentaire, déficience d’alimentation, pénurie dans les réserves de blé par exemples.  Pour Illich, « La disparition du genre et l’intensité et la variétés des raretés sont les deux faces d’un même processus d’occidentalisation » *. Le genre est pour Illich une répartition des tâches au sein de la société et plus particulièrement du foyer entre masculin et féminin IllGV_142

Le contre-sens facile sur la rareté.

Nombreux sont ceux qui pense que la rareté a à voir avec la pénurie notamment Jacques Attali dans nombre de ses livres. Cela vient de ce que la rareté et la valeur d’échange sont liées. En effet, la rareté serait  alors la cause de la valeur d’échange!: elle est la valeur absolue de toute marchandise (voir ici), mais ce n'est pas le manque dont ilest question mais d'un dispositif de valorisation de la marchandise (hiérarchie et valeur d'échange sont liées voir à cet éffet l'article de wikipedia sur "hétéronomie et autonomie").

Ce qui vient après une économie de la rareté...

Plus loin ce qui succèderait à l'Economie de la rareté serait pour Ivan Illich une forme de dictature écologiste, au sens où le joug de l'humanité ne serait plus l'exploitation mais l'écologie comme ce qui fixerait la limite de toute pratique. Car « à défaut de reconnaître philosophiquement et légalement la différence entre des ressources productives et des communaux partagés, poreux [comprenez le tissu social, les organisations non-lucratives qu'une certaine mode nomme "transhumaines"], la société rigidement étatique d’un futur proche sera une expertocratie oligarchique, non démocratique, autoritaire, gouvernée par les écologistes. Voilà là-dessus la démonstration solidement argumentée de William Ophuls, [in] Ecology and the Politics of Scarcity  » * [Scarcity = rareté]

* source principale, Ivan Illich, Le genre vernaculaire, Seuil, 1983, pp.141-142.
voir aussi Ernest Borneman Psychoanalyse des geldes (Francfort, Suhrkamp, 1975)
William Ophuls, Ecology and the Politics of Scarcity (San Francisco, Freeman, 1979)

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Toute la théorie de Léon Walras autour de la rareté est amenée à travers une critique de l'oeuvre de Basquiat  et dont Walras cite en extrait un propos dans introduction à l'étude de la question sociale.

« Rareté. J’admets avec Senior que la rareté influe sur la valeur. Mais pourquoi ? Parce qu’elle rend le service d’autant plus précieux.[1] »

La rareté, telle que l’entend ici Bastiat, n’est pas la rareté ; scientifique, c’est la rareté que le vulgaire oppose à l’abondance, comme il oppose le froid au chaud sans connaître les limites de l’un et de l’autre, sans même vouloir accuser implicitement l’existence de limites semblables. Pour le physicien, il n’y a ni chaud ni froid, il n’y a que des températures. Aux yeux de l’économiste, la rareté vulgaire n’est qu’une moindre abondance, comme l’abondance vulgaire n’est qu’une moindre rareté. Si Bastiat eût été réellement un penseur, il ne s’en fût jamais tenu à cet aperçu sommaire. Il eût distingué scientifiquement, d’une part, l’abondance des choses utiles qui se trouvent dans le monde en quantité illimitée, et, d’autre part, la rareté des choses qui ne se trouvent dans le monde qu’en quantité limitée. Alors, en possession du sens économique du mot rareté, il fût convenu que la rareté ne rend pas seulement les choses en général et les services en particulier plus précieux, mais qu’elle les rend précieux, c’est-à-dire qu’elle leur donne leur valeur.

La concession de Bastiat est donc l’aveu de son erreur.

« L’abbé Genovesi disait, il y a cent ans, dans son cours d’économie civile, fondé pour lui à Naples par Intieri : Les seules choses qui n’aient pas de valeur sont celles qui ne satisfont pas nos besoins, ou celles qui, tout en les satisfaisant, ne manquent à personne. (Lezioni di economia civile, II partie, chap. 1er)[2]. » Le principe économique de la rareté est tout entier dans ces mots. Ce principe a été repris par Senior ; il a été développé avec une grande rigueur philosophique en 1831 par M. Auguste Walras qui l’a victorieusement opposé à la théorie de Ricardo sur les frais de production et à celle de J.-B. Say sur l’utilité[3]. En vertu de ce principe, toutes choses utiles, naturelles ou artificielles, matérielles ou immatérielles : matière première, travail, produits, qui se trouvent autour de nous en quantité limitée sont valables et appropriables. Nos facultés personnelles sont dans ce cas ; c’est-à-dire que les efforts, les peines, les services, comme dit Bastiat, s’y trouvent. Mais la terre y est de même ; elle a de la valeur et elle est l’objet de la propriété, individuelle ou commune.

Le principe économique commun à M. Thiers et à Bastiat est donc faux qui dit que :—Tout homme jouit gratuitement de toutes les utilités fournies ou élaborées par la nature, L’homme ne jouit gratuitement des utilités fournies ou élaborées par la nature que si ces utilités sont dans le monde en quantité indéfinie. Bastiat s’est évertué à soutenir qu’en thèse absolue nous ne payons pas les dons de Dieu. Il prouve que si nous achetons de l’eau, nous ne payons point le liquide, mais le travail du porteur d’eau. Il affirme que nous ne payons point la lumière du jour, la chaleur du soleil. Tout cela est incontestable. Mais il en conclut que nous ne saurions acheter la terre et que nous ne pouvons payer que les services des hommes qui l’ont défrichée, ensemencée, etc., etc. En cela il se trompe grossièrement, faute d’attention. La terre est utile comme l’eau, comme l’air respirable, comme la lumière et la chaleur solaires ; elle est limitée dans sa quantité comme le travail des facultés personnelles. Elle est possédée ; elle se vend et s’achète. Si donc la théorie de la propriété de M. Thiers et de Bastiat, ne justifie point la propriété foncière, c’est que cette théorie est mauvaise, insuffisante ou fausse.

  
1. Harmonies économiques, De la Valeur.


 
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cristobal 06/12/2007 15:00

salut inscris toi a ma newletter sur le blog de cristobal si tu t inscris a ma newletter je m inscrirais a la tienne ps : si tu t inscris laisser un commentaire merci a+ sur le blog de cristobal

Paris8philo 07/12/2007 01:45

mais certainement :)