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Publié par Paris8philo

Il serait idiot de croire que l’esprit ça n’existe, l’esprit ça existe sous la forme d’une illusion, d’une attention à ce que l’on a appelé jusqu’alors le monde, c’est-à-dire à ce qui servait de fond de réflexion ou d’écran de projection au moi, à l’âme dite immortelle. On était alors . L’esprit est bel et bien une vue de la hiérarchie des idées et des représentations posée sur nos corps, cet pourquoi on ne peut la supprimer, mais on peut s’en libérer comme nous l’avons montré ici.

 

Le réminiscence cela existe aussi mais nullement sous la forme de réalités supérieures (Phèdre 249 b-c) mais de frayage synaptique, d’incorporation lente de schéma de pensée :comme la dialectique qui servait à appuyer pendant des siècle une gouvernance hiérarchisée. On retrouve cela tant chez Platon que chez Aristote. Cette réminiscence, ce défoulement, cette rumination corporelle vient de ce que ce n’est pas l’âme « immortelle », ni la conscience, ni l’esprit (selon Spinoza) – tout cela revenant au même – qui a le pouvoir . Il ne faut pas non plus poser l’existence d’une Mémoire pure comme Spinoza, ou d’un monde des Idées de Platon, car il n’y a pas d’ « en soi », d’ « en tant que tel » dont les mots, c’est-à-dire la communication puisse rendre compte. La philosophie a donc face à cela, comme un pari et par tradition religieuse ou morale posé l’existence d’un « Divin en soi » (« Mémoire » ou « Registre » ou « Substance »), s’appuyant sur le concept d’infini (« Tout puissant », « absolument Parfait », et j’en passe). Négligeant ainsi nos existence dites finies (alors qu’elle comportent un devenir) et la possibilité d’un fini-illimité, d’un éternel retour, d’une régénération, d’une résilience qui n’a rien à voir avec la réminiscence.

 

Cette réminiscence qui n’est pas la réminiscence d’Idées « supérieures » qui descendraient sur « notre monde inférieur » Ménon 80 d+, Phédon 72 e+ mais la concaténation, la liaison, le frayage qui s’opère dans notre corps à tout moment, indépendamment de notre esprit. En philosophie on parle de sagacité (l’oïesis chez Platon, phèdre 244, c), de recoupement (cf. Bergson dans les Deux sources).

 

 

 

La question de la littéralité chez François Zourabichvili, par exemple, vise précisément à s’en tenir à la lettre et non à l’ « esprit », au corps du texte et non à sa conscience. C’est que l’on peut estimer que beaucoup de texte dit mineurs contiennent un langage intime et sincère face à ce qu’un corps a expérimenté et non un discours qui profère et professe de toute son autorité. Encore une fois c’est la distinction, par exemple, entre le logos endiatitoslogos prophoricos chez les stoïciens. C’est là que se joue véritablement l’effort, le corps à corps avec le langage qui fut longtemps converti à la cause . En termes stratégiques et polémique, on dira que ce n’est pas avec les termes issus d’un système que l’on renversera ou détournera ce système. S’en tenir à la lettre, c’est faire de la philosophie avec rigueur dans un premier temps. Rigueur, et non sérieux, car à celle-ci il faut adjoindre, dans un second temps la célérité de l’audace, pour faire le liens entre les choses les moins aperçues de notre époques, les considérations les plus inactuelles. Les signes chez Nietzsche même s’il avait à voir plus avec l’Aurore que le Crépuscule n’avait rien à voir avec une quelconque divinatoire des présage à venir, avec l’art des oiseaux, puisque c’est au fond de choses bien corporelles, bien terre à terre mais peut aperçues par l’esprit cultivé dont il est question. Les « esprits », les têtes corrompues par la pensée discursive et abstraite : de l’effort pour ne retenir que la lettre qui libère et non l’esprit vague qui capture. Cet effort de pensée, Heidegger ne l’a que préparé à la fin de sa vie.

 
 

A l’homme rendu malheureux parce qu’il ne sait ce qui a de l’importance, selon l’expression de Platon, le « délire lui a permis de trouver à l’égard des maux présents, un moyen de libération » (Phédon). A moins d’être supersticieux il ne s’agissait pas de se protéger des malédictions, mais de poursuivre son démon intérieur, ce qui l'animait en dépit de toute forme de pouvoir qui s'asseoit en nous par la tristesse. Ce n’est qu’ainsi que l’on comprendra ce que Deleuze entendait par critique et clinique, critique du langage et de l’esprit qui s’y est s’immiscé, clinique des corps qui expérimentent.



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voir aussi
LETTRE A MR LORAUX / sur la manière non de supprimer l'esprit mais de s'en libérer

 

voir aussi Tombeau pour Zourabichvili de Jean-Clet Martin

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