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Publié par Anthony

il n'y a pas la « matière ». Dire cela ou dire que la « matière » n'existe pas peut paraître incongru ou tirer par les cheveux et pourtant. L'idée de matière repose selon Kant sur le principe de permanence qui lui-même repose sur l'idée qu'il y a de la « substance ». Or l'idée de substance en soi a été battu en brèche depuis bien un siècle en philosophie. L'idée de Matière repose sur :
1°) le principe de permanence de la substance.
2°) l'inertie : elle serait inerte et n'aurait ainsi pas de virtualité.
3°) l'impénétrabilité.
4°) Enfin la matière serait le corrélat de l' « esprit » pour les spiritualistes et le corrélat du « vide » pour les matérialistes.
 
 
Revenons sur ces points un à un :
 
 
 
1°) Le principe de permanence de la substance. - Le premier à avoir dit « il n'y a pas de Matière » est sans doute Nietzsche vers 1872, en écrits théorétiques non publiés. Mais il n'hésite pas à réécrire, en 1881,  la matière est une erreur au même titre que le Dieu des Eléates NzGS°109. Nous pourrions l'expliquer à nouveau mais le principe de substance n'est plus valable aujourd'hui, pour Kant à la suite de la Critique de la Raison Pure, le concept de chose en soi (essence ou substance) ne vaut plus, c'est un concept vide. Si la chose en soi est un concept limitatif, un recours dans l'exposition doctrinale, il ne désigne au final qu'une réalité sans cesse repousser : Kant y a eu recours pour  reprendre les propriétés primaires et les propriétés secondaires de Locke et distinguer  la chose en soi des phénomènes. Mais comme le dit Kant la chose en soi n'est pas explicable, il n'y a au fond pas de propriétés primaires et plutôt que de parler de prioriétés secondaires la science préfère parler de disposition à la mesure ou de paramètres.

2°) L'inertie. - Ce serait tout à fait valable, puisque ce qu'on appelle à tort la matière est qui entoure notre quotidien comme les tables, les chaises, les murs est statique mais c'est oublié que tous ces objets ne sont en effet que des matériaux contraints par des forces. Si ces forces n'existaient pas, ces objets se disloqueraient. La forme (corrélat de la matière) n'est qu'un composé de force, une brisure dans le continu, un écran dans l'ordre du visible. Ainsi ce serait une substance inerte sur laquelle reposerait la matière, substance qui ne serait plus permanence mais équilibre de force. Schopenhauer reprend cette idée et soupçonne qu'au fond ce que l'on a nommé jusqu'alors substance n'est en réalité que des forces qui s'équilibrent : « Force et substance sont inséparables, parce qu'elles sont au fond une seule et même chose : en effet Kant l'a montré, la matière elle-même ne nous est donnée que comme alliance de deux forces, la force d'expanson et la force d'attraction. Entre la force et la substance il y a donc, non pas une opposition mais plutôt une identité absolue.  » SchMV_1028-1029
Comment si l'on pose la matière comme inerte expliquer qu'il y ait du mouvement (ou comme l'on dit en philosophie que le mouvement soit premier), sinon par le recours à un moteur premier, une substance. Partir de la matière, c'est au fond consentir à partir de l'engourdissement de l'« esprit », de la « conscience » prisonnière de sa réflexion, un atermoiement vis-à-vis de la dynamique des forces (qu'en physique on nomme « champs »).

3°) L'impénétrabilité de la matière. - Celle-ci est valable si on réduit le monde à une schéma phéménologique, à une perception visuelle des choses. Mais alors que faire des neutrinos (plusieurs milliards émis par le soleil nous traversent à chaque seconde), ils ne font pas partis de la matière puisqu'ils ne sont pas soumis à la loi de gravitation. Mais alors que faire de la lumière et les états quantiques sur lesquels on ne peut superposer le schéma traditionnel de la mécanique classique (Newton). Mais alors que faire des deux définitions qui suivent :

4°) Deux définitions admises de la matière. - Les matérialistes définissent la matière comme l'ensemble de la réalité objective, existant indépendamment de et antérieurement à la connaissance que l'on peut en avoir. Ils ajoutent que cette matérialité est « intelligible » toujours de manière partielle, provisoire et révisable. Pour les matérialistes, la seule alternative a leur doctrine est le solipsisme.
- Par commodité, les scientifiques désignent par matière avant tout le réseau cristallin des atomes (baryons), puis les états liquides et gazeux de ceux-ci.
 
Enfin dernière objection, s'il y avait de la Matière (en soi), comment pourrait-il y a avoir de l'anti-matière, de la matière noire et de l'énergie noire ? Preuve sans doute que de parler de matière est impropre, non exhaustif si l'on veut faire d'elle la réalité objective (à moins de voir la réalité objective comme une réduction visuelle et anthropomorphique. 

La Matière n'existe pas, il n'y a pas de Matière sinon sous la forme d'une erreur irréfutable qui persiste dans nos têtes, qui en appelle à des « esprits » qui aiment le statique et les certitudes. On ne peut plus parler à présent de Matière en tant que telle, de matière en soi : ce n'est qu'une abstraction. Abandonnons donc les réciprocités abstraites sans nuances qui existent entre « forme » et « matière », « esprit » et « matière » et mettons-nous alors à penser et non plus à réfléchir à partir de schémas éculés.

- En 1°, que matière et substance soit réciproque l'une de l'autre, Schopenhauer en fait la critique à sa manière :  « La proposition a priori : « La matière se conserve donc sa quantité ne peut ni augmenter ni diminuer », peut s'exprimer ainsi : « La substance est immortelle », SchPP_458. Reste que par commodité on parle encore d'un mouvement de matière mais le terme même n'apparaît pas dans les équations, sinon au niveau de la masse comme dans l'équation E = mc2 , qui suggère « la création de matière à partir de l'énergie » HawTN_95 mais dans ce cas, la masse n'est  pas la matière mais une forme d'énergie.

- En 2°, ce que l'on a montré au final ce que la matière est un crible homogène qui induit une certaine appréhension de la réalité qui n'est plus adéquate aujourd'hui car trop générale, « trop » universelle : On y retrouve les binarités dialectiques de la forme et de la matière. « Si la forme était le fondement de la diversité, en ce qu'elle serait brisure dans la continuité, la matière ne pourrait être pensée que comme un homogène absolu » SchMV_717. La même réciprocité se retrouve ici : La matière forme la liaison entre l'Idée et le principe d'individuation SchMV_275 Bref l'hétérogène (la diversité) s'oppose à l'homogénéité et l'on ne sort pas de la pensée dialectique si peu adéquate avec les positivité tacites de notre époques les processus qui l'animent.

Aussi pour revenir à ce qui nous occupe là, c'est-à-dire souligner la distinction qui existe entre intuitions et concepts abstraits, reprenons à la lettre Schopenhauer : « la matière en tant que telle ne peut être objet d'aucune représentation intuitive mais seulement d'un concept abstrait »  SchMV_274. En effet  « La différence de la matière, pur objet a priori de la pensée, et des intuitions [...] c'est que nous pouvons faire abstraction complète de la matière » SchMV_1025. Faire complète abstraction de la matière, c'est, à la lettre, ne pas recourir à ce concept et à son corrélat qu'est la forme. Ceci est tout à fait envisage si l'on appréhende les choses comme des composés de forces et de matériaux.

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Bibliographie :
 

HawTN, Stephen Hawking, Trous noirs et bébés univers...
NzGS : Nietzsche, Gai Savoir, trad. Blondel.
SchMV : Arthur Schopenhauer, Le monde comme volonté et comme réprésentation, PUF.
SchPP : Arthur Schopenhauer, Parerga et paralipomena, Coda, 2005

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Videcoq 28/01/2012 18:17


Compte tenu du niveau de cet article, les fautes d'orthographes et de grammaire sont inexcusables !


Dès la 2eme phrase :


"Dire cela ou dire que la
« matière » n'existe pas peut paraître incongru ou tirer par les
cheveux"


dans le 2eme paragraphe :


"Si la chose en soi est un concept limitatif, un recours dans
l'exposition doctrinale, il ne désigne au final qu'une réalité sans cesse repousser "

Sébastien Junca. 13/09/2011 10:35



[...]


« Le naturalisme, ou la physique pure, ne sera donc jamais une explication suffisante ; on pourrait le comparer à un
calcul, dont on ne trouve jamais le dernier terme. Des séries causales sans fin ni commencement, des forces insondables, un espace infini, un temps qui n’a pas commencé, la divisibilité infinie
de la matière, toutes ces choses déterminées par un cerveau pensant, dans lequel seules elles existent au même titre que le rêve, et sans lequel elles disparaissent : tel est le labyrinthe
dans lequel nous promène sans cesse la conception naturaliste. Les sciences de la nature sont arrivées de nos jours à un degré de perfection que les siècles antérieurs étaient loin de soupçonner,
sorte de sommet auquel l’humanité atteint pour la première fois. Mais si grands que soient les progrès de la physique (entendue au sens large qui attachaient les anciens), ils ne contribueront
guère à nous faire avancer d’un pas vers la métaphysique ; pas plus qu’une surface, si loin qu’on la prolonge n’acquerra un contenu en volume. Les progrès de la physique ne compléteront que
la connaissance du phénomène, tandis que la métaphysique aspire à dépasser le phénomène, pour étudier la chose qui se présente comme telle[1]. »


 


Arthur Schopenhauer,


Le monde comme volonté et comme représentation.


 


Notre division de la Matière, de l’Espace et du Temps sera toujours dépendante de nos instruments de mesure. Plus ces derniers
seront fins et précis - nous permettant d’étendre la fraction à une nouvelle unité divisible - à chaque fois nous incombera la tâche de la diviser à nouveau. En conséquence, la Matière, l’Espace
et le Temps n’ont de véritable existence, (sinon de limite), que dans la précision et la capacité de nos instruments de mesure - prolongements de notre perception – à transformer l’indivisible en
divisible ; l’invisible en visible. Ce faisant, et comme le dit Merleau-Ponty, « Le néant n’est rien de plus (ni de moins) que
l’invisible[2] ».
Dans l’absolu, le monde comme représentation n’a de limite que celle inhérente à notre propre représentation du monde. La complexité de l’Univers est proportionnelle à celle de l’entendement
humain. En cela déjà, elle apparaît comme illimitée, donc non crédible car inapte à la réalisation dans le temps.


 


« Toute notre expérience scientifique nous en avertit : au dessous de l’électron, de l’énergie, la matière est encore
analysable, elle est indéfiniment décomposable en éléments naturels, dans le temps et dans l’espace,- il n’y a pas d’atomes au sens étymologique du mot. La matière est essentiellement pluralité
sans limites, poussière : il est donc impossible de construire sur elle ; et celui qui voudrait la suivre jusqu’au bout d’elle même tendrait vers le néant. La matière n’est pas un
fondement stable du monde : elle est une direction où les choses disparaissent toujours un peu plus à mesure qu’elles perdent un peu plus d’unité[3]. »


 


Pierre Teilhard de Chardin,


Science & Christ.


 


 


Sébastien Junca.


 


Extrait de L’envers du monde, Editions Edilivre, 2009, pp. 19-24.


Ou sur le site : http://les-naufrages-de-dieu.over-blog.fr












Sébastien Junca. 13/09/2011 10:30



La Matière n’est crédible qu’en tant que représentation dont la « réalité » n’est qu’une tentative de réalisation
directement associée à la conscience que nous en avons.


L’infini apparaît comme la limite de réalisation de la Matière, du Temps comme de l’Espace, eux-mêmes directement dépendants de
notre propre limite à nous les représenter. Le monde n’est que ce que nous y mettons quand nous percevons ; et nous n’y mettons ni plus, ni moins que ce que nous sommes.


Les sciences et leurs applications semblent nous prouver quotidiennement que leurs innombrables découvertes et les lois
mécanistes qu’elles en retirent correspondent et décrivent exactement la réalité observable. Cependant, les sciences tout comme la pensée se heurtent perpétuellement à l’idée d’infini. Il semble
être la limite même du réel ; sa limite de réalisation ; son défaut d’Être.


Recourons un instant à la métaphore. Le cerveau humain, sommet apparent de la complexité, serait à la proue d’un navire ce que
le neutrino ou toute autre particule élémentaire serait à sa poupe. Notre matelot-physicien ignorant l’existence de l’océan, est alors tenté d’extraire de chaque partie du navire (l’univers
observable) des relations de cause à effet entre chacune d’entre elles ; puis des lois qu’il va ensuite ériger en un système apparemment complet, mécaniste et autonome. à l’issue de toutes ses observations, pour lui, tout est dit, car tout ce qu’il a observé est quantifiable et mesurable. Il est ainsi parvenu à édifier un
modèle de réalité qui se tient d’un bout à l’autre du navire (de l’Univers) ; autrement dit depuis les particules élémentaires jusqu’au cerveau humain d’aujourd’hui. Il est parvenu à tout
lier de façon apparemment cohérente en éludant l’embarrassante question de l’infini. Ainsi, notre physicien peut tranquillement considérer le vaisseau de la réalité observable comme un système
isolé, fixe et réglé par des lois autosuffisantes. Mais il ignore que comme lui, le  navire se déplace au sein d’un autre système plus vaste : l’océan
infini. Cette allégorie n’est pas sans nous en rappeler une autre : celle de la caverne dans le Livre vii de La république de Platon. Les hommes enchaînés décrits par Socrate, prenant les ombres projetées sur la
paroi de la caverne pour la réalité, n’auraient aucune difficulté à créer un rapport de cause à effet entre chacune des représentations évoluant sous leurs yeux. Ils en retireraient également une
physique propre à ces observations. « Et si, en outre, il y avait dans la prison un écho provenant de la paroi qui leur fait face ? Quand parlerait un de ceux qui passent le long du
petit mur, croiras-tu que ces paroles, ils pourront les juger émanant d’ailleurs que de l’ombre qui passe le long de la paroi[1] ? »


 


Le physicien ou tout autre observateur de la Nature, depuis sa « surface » jusque dans ses plus infimes
terminaisons, sera toujours enclin à extraire de chaque manifestation des lois qui lui sont propres et qui correspondent à l’apparente réalité des choses observées. Mais c’est oublier que ces
lois n’en sont que des ombres portées et qu’elles n’en demeurent pas moins des représentations elles aussi.


Tout comme nous ne trouverons pas plus l’essence du cercle dans chacun des points qui le composent ; pas plus nous ne
trouverons l’essence de la vague dans chacune des molécules d’eau ; celle de l’homme dans son propre adn ou celle de l’Univers au cœur des
protons, des quarks ou des cordes de la « grande unification » que nous préparent les physiciens. Analyser la structure de la forme ne nous
éclairera jamais sur le principe. Le point n’est pas plus l’essence du cercle que du triangle, du carré ou de la ligne droite. Tout comme les atomes de carbone et d’hydrogène ne sont  pas plus à l’origine du minéral, du végétal ou de l’organique. Ils en sont la substance, non pas l’essence car celle-ci est dans le mouvement des
choses.


 


« Ainsi, pour la matière : nous pouvons la prendre par n’importe quel bout et la manipuler n’importe comment, elle
retombera toujours dans quelqu’un de nos cadres mathématiques, parce qu’elle est lestée de géométrie[2].
»


Henri Bergson,


L’évolution créatrice.