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Publié par Michel Albigens

Voici le parcours d'une contre-révolutionnaire au sens clouscardien du terme.

CONTRE-REVOLUTIONNAIRE / Anne Querrien

Figure de l’ancien ministère de l’Équipement, Anne Querrien a joué un rôle essentiel en animant Les Annales de la recherche urbaine de 1985 à 2010. Elle propose ici un récit de ses différents engagements, avant et après Mai 68, notamment autour de la clinique de La Borde avec le CERFI et Félix Guattari. 

Où êtes-vous née ? 

Anne Querrien/ Je suis née rue Blomet, dans le 15e arrondissement, dans le Paris des Bretons, c’est-à-dire que, dans ma tête, je suis née en Bretagne. En réalité, j’allais en Bretagne pendant toutes les vacances scolaires : à Guingamp, chez mes grands-parents maternels, et à l’île de Bréhat, dont était originaire mon grand-père paternel. Entre les deux, il y a Paimpol, dont mon père a été maire de 1962 à 1995. 

J’ai fait presque toute ma scolarité au lycée Victor-Duruy, dont ma mère était une ancienne élève, ce qui lui a permis d’obtenir une dérogation car, comme nous habitions rue de Sèvres, côté 6e arrondissement, j’aurais dû aller à Fénelon. Je n’ai pas connu le jardin d’enfants parce que la famille s’occupait de moi, je suis entrée directement dans ce qu’on appelle maintenant le CP et qui correspondait là-bas à la 11e. Et, en 10e, il m’est arrivé une chose assez curieuse, j’ai eu toutes les maladies d’enfant, rougeole, rubéole et même la scarlatine, si bien que j’ai été absente pendant à peu près trois mois, durant lesquels ma mère m’a fait travailler à la maison deux heures par jour, quand je n’avais plus de fièvre, avec les devoirs donnés par l’institutrice. J’ai donc appris à travailler vite. Et quand je suis revenue en classe, j’ai été très facilement première. Avec une habitude de travailler seule qui m’a suivie pendant toute ma scolarité, y compris universitaire. 

Quel était le Paris de votre enfance ? 

A. Q./ J ’allais donc en classe au lycée Victor-Duruy, depuis le 47 rue de Sèvres jusqu’au coin du boulevard des Invalides et de la rue de Babylone. Avec ma soeur Gwenaël, qui a seize mois de moins que moi, nous y allions ensemble, nous entendions le coq chanter chez les bonnes soeurs du couvent de la rue du Bac et nous longions les jardins, il y avait de grands murs à l’époque, des policiers, mais beaucoup de nature aussi dans cette rue de Babylone. Pour nous, Paris était limité à certaines choses. Par exemple, mon père adorait lécher les vitrines de la rue du Faubourg-Saint-Honoré le dimanche, il y entraînait toute la famille l’après-midi. Par contre, nous ne partions pas en week-end. En plus, le dimanche matin, nous allions à la messe à Saint-Sulpice. 

C’était une éducation assez bourgeoise, catholique, mais au lycée public ; une tradition familiale puisque, du côté de mon grand-père paternel, on était « instit’ ». Lui était douanier mais sa soeur était instit’. Par ailleurs, mes grands-parents maternels étaient postiers. Mon grand-père est monté jusqu’en haut de la hiérarchie mais, au départ, il était porteur de télégrammes. Donc, promotion sociale par la fonction publique. 

L’année de ma naissance, mon père, Max Querrien, a présenté le premier concours de l’ENA, qu’il a eu, avec cinq points de résistance car il n’était pas parti au STO. C’était une promotion où il y avait Chaban-Delmas et de grands résistants. Il a réussi le dernier concours d’entrée au Conseil d’État, qui a eu lieu début 1946, alors qu’il était élève à l’ENA depuis six mois. Pour ma part, j’étais la mascotte parce que je venais de naître et, pour ne pas mettre sur mon bulletin de naissance « étudiant », mon père avait trouvé des cours de droit constitutionnel à donner à la faculté catholique de Lille ; il était donc « prof ». J’ai fait toute ma scolarité à Duruy jusqu’à maths élem. 


Quelques dates

1945/ naissance à Paris
1965-1966/ présidente de la section de Paris de la MNEF
1966-1967/ chargée de l’hygiène mentale et du planning familial au bureau national de la MNEF
1973-1979/ directrice de recherches au CERFI
Octobre 1979/ chargée d’études à la Mission de la recherche urbaine
1985-2010/ rédactrice en chef des Annales de la recherche urbaine
1985-2010/ enseignement de la sociologie (université Paris-I, université d’Évry- Val-d’Essonne, université Paris-VIII)
Fin 2010/ retraite
Depuis 2010/ codirectrice de la rédaction de la revue Multitudes et membre du collectif de rédaction de la revue Chimères

Fils de Marcel Querrien, receveur principal régional des Douanes et de son épouse née Marguerite Guillemin, Max Querrien est élève au lycée Corneille à Rouen, au lycée Voltaire à Brest, puis au lycée Saint-Louis à Paris avant de suivre les cours de la faculté de droit de Paris où il obtient sa licence en droit et un diplôme d'études supérieures de droit public et d'économie politique, tout en suivant les cours de l'École libre des sciences politiques (dont il sort diplômé en 1944).

Il entre à l'ENA en (dans la promotion France-Combattante), mais la quitte dès avril, lorsqu'il est reçu au concours de l'auditorat du Conseil d'État. Il est également professeur à la faculté libre de droit de Lille de 1946 à 1961 et maître de conférences à l'Institut d'études politiques de Paris de 1950 à 1966.

Promu maître des requêtes en 1954, il devient, la même année, chef de cabinet de Louis Christiaens, secrétaire d'État aux Forces armées (Air) puis dirige, de février à octobre 1955, le cabinet de Raymond Triboulet, ministre des Anciens combattants. Il est chargé de la direction du cabinet de Pierre de Félice, sous-secrétaire d'État à la Reconstruction et au Logement (1956-1957) avant de diriger son cabinet lorsqu'il devient secrétaire d'État aux Affaires étrangères (février-juin 1957). De 1958 à 1962, il est ensuite directeur de cabinet de Bernard Chenot, ministre de la Santé publique et de la Population, puis ministre de la Justice.

Il est directeur de l'architecture au ministère des Affaires culturelles de 1963 à 1968. Il réintègre le Conseil d'État en 1968 et est promu conseiller d'État en 1970. Il préside le conseil d'administration de la Caisse nationale des monuments historiques et des sites de 1981 à 1986. Il est administrateur du port autonome de Nantes-Saint-Nazaire (1969-1985), président de l'Institut français d'architecture (1982-1987), membre du comité national d'évaluation des établissements publics à caractère scientifique, culturel et professionnel (1985-1989). En 1990, il préside la mission d'études sur le projet LGV Méditerranée. De 1990 à 1999, il anime le groupe de travail interministériel chargé de l'élaboration d'un code des propriétés publiques. Il est chargé notamment de la préparation d'un projet de loi concernant l'exercice des activités économiques sur le domaine public. Cette loi, promulguée le , est souvent désignée sous l'intitulé de « loi Querrien ».

Il est élu maire de Paimpol en 1961 et le demeure jusqu'en 1995.


Sources :
Article Wikipédia
« Max Querrien, ancien maire de Paimpol est décédé », sur actu.fr, 30 mars 2019
http://www.sciences-po.asso.fr/profil/max.querrien44_1.
4e de couverture de Petite histoire du grand Paimpol.
« Max Querrien : tout le patrimoine pour un seul homme », Jean-Pierre Thiollet, Le Quotidien de Paris, 10 août 1981.

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