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"Cher Jacques ton Glas est sur la table basse dans la grande pièce: quatre lettres pressées les unes contre les autres, «agglutinées» pour se garder sans doute du grand espace muet qui les entoure, où leur écho s’étend.
Je le montre à tous ceux qui viennent s’asseoir dans les fauteuils, et quand il advient qu’ils m’attendent, ils lisent.
Moi je te lis par morceaux le plus souvent – et parfois d’une plus longue haleine, mais le soir, lentement. Toujours sur cette table basse, où pas question de travail mais d’écouter qui parle en face,- je lis et c’est t’écouter. Tu écris/parles sur deux portées (deux colonnes) la main droite et la gauche : il faut apprendre à te jouer (bien que «ça joue» aussi de ne pas savoir en jouer).
On a tous ce passé sans doute. Le glas pour moi sonnait dans le petit village du Morvan où j’ai passé enfant (6-8 ans) deux années chez mes grands parents paysans (le grand père avait été garde forestier en Algérie, avait fini sa carrière au « Bois de Boulogne » où je suis né). Sa ponctuation dans le haut du silence, sur bois et champs...
Tu as écrit « quelque chose » d’extraordinaire. Tu le sais mieux que nous qui le lisons. Tu as pris de l’avance! Celle d’avoir écrit, mais on te rattrapera -pour constater que tu es déjà ailleurs... C’est pourquoi je me hâte et parle le langage de mon retard : j’ai été bouleversé, Jacques, par ce texte, ce livre, ses deux colonnes, leur monologue double et sa complicité, le labeur et l‘éclat, le neutre et sa douleur, le terne et sa splendeur, - et la redite interne en chaque «voix» de ce chœur contrasté. Passe moi ces mots, je t’en prie, dérisoires, mais Ça «dit» des choses inouïes, qui dépassent Hegel et Genet : un texte de philosophie sans précédent qui est un poème comme je n’en connais pas. Je continue à lire."
Louis

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