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Publié par Jean-Charles Robin


L'appel des choses  est si violent, si présent en chacun de nous qu'il est presque étonnant que la parole humaines se diversifie en tant d'idées, d'opinions, de convictions, de certitudes, de croyances, d'affirmations différentes. Le politique se veut réaliste : il voit les choses comme elles sont. Mais, pêle-mêle, l'ingénieur, l'homme d'affaire, le confesseur, l'ouvrier ne se paient pas de mots, vont droit à la question et décapent le fait. Tous prétendent épouser lea réalité et faire profession de haïr les songe creux, c'est-à-dire, pour eux, ceux qui se paient de mots.  Car il y aurait des mots vides et des mots pleins. Paradoxalement le mot plein serait réservé à celui qui se défie des mots, pour adhérer au réel, aux choses mêmes. Le mot plein, le mot qui sert à quelque chose, le mot de celui qui parle pour dire quelque chose, le mot de l’homme plongé dans la technique, dans l'économique, dans le politique, dans la vie pour tout dire. Mystérieusement, le mot, pour le réaliste...  le mot se vide dès que le juriste, l'écrivain, le poète, le philosophe en font usage. Dès qu'il en font un irritant usage. Avec le mot, ils argumentent, ils raisonnent, ils discutent, ils tendent un immatériel réseau, une toile d'araignée, un réseau de toiles d'araignée, une toile de raisons, d'idées, de concepts coupés du réel, et dans ces filets, mots, objets, idées-forces, actes, slogans, devises, croyances, perdent toute solidité. Une érosion mystérieuse ronge le réel, le solide, l'acte. Le mot vide a le curieux pouvoir de dissoudre le réel. Le mot vide,  celui du songe creux, ce mot inefficace, est une lèpre sans même relever la contradiction, sans même invoquer le pouvoir dissolvant des mots pour affirmer le pouvoir des mots qu'il emploie, le songe creux prend le parti de celui qui le condamne. Mégalomane le poète se fait créateur, démiurge, Dieu. L'écrivain arrache son lecteur du réel pour le plonger dans le réel et faire oublier les mots comme le compositeur plonge son auditeur dans la musique et lui fait oublier les sons. Quant au philosophe il veut aller aux choses mêmes, et c'est à l'unisson que le divorce est proclamé. Tout se passe à notre époque comme si les choses mêmes faisaient l'objet d'une surenchère. C'est à se demander si à son insu le songe creux ne devient pas pour les réalistes ce que les médecins légistes étaient pour le monarque : investis de la mission de justifier après coup l'acte du politique. Alors comment comprendre ce cœur et ce désaccord, cette volonté unanime d'adhésion aux choses mêmes et cette accusation réciproque ? Car il faut bien l'admettre le songe creux prétend détenir la seule voie d'accès aux choses, la seule conscience d'une volonté droite d’accéder aux choses. Comment comprendre cette volonté unanime d'adhésion aux choses mêmes et cette accusation réciproque de s'y prendre mal pour les appréhender ? Autrement dit pour prendre les extrêmes des deux positions le philosophe et le non-philosopohe peuvent-ils dialoguer ? Quelle réponse apporte au non-philosophe, le philosophe arraché à sa méditation ?

d'un auteur anonyme

Il y a à plusieurs reprises dans l’œuvre de Maurice Merleau-Ponty cet aveu d'une aspiration au silence de celui qui ne fait qu'employer les mots.

Maurice Merleau Ponty, racontera dans un entretien de 1959, sa rencontre première avec un athée, son professeur de philosophie d'origine juive et suicide à Biarritz en 1940 à l'approche des Allemands. Il se nommait Rodrigue. Par là il fait aveu par contraste de son protestantisme.

Ce protestantisme, traverse toute la tradition "émancipatrice" de Paris 8, on pensera à Douailler, à Vermeren mais encore à la transcendance d'Eric Lecerf (qui insiste toujours sur le "qu'on m'apporte ma Bible" du transmontain et anti-athée Proudhon (il faut parlé d'anti-théisme). Il n'y a peut-être qu'Onfray pour se réclamer des deux.

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