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Publié par Gilles Andecq

Pour illustrer le 1er chapitre de la stratégie du choc e Naomi Klein sur la seconde intifada et l'utilisation faite en Israël de l'émigration russe pour fermer les frontières avec les zones palestinienne d'où affluait la main--d’œuvre avec les accords d'Oslo (entre Rabin et Arafat). Voici le cas des Yéménites bien avant. Cet extrait est tiré de Wikipédia.

Pour illustrer le 1èr chapitre de la stratégie du choc e Naomi Klein sur la seconde intifada et l'utilisation faite en Israël de l'émifration russe pour fermer les frontières avec les zones palestinienne d'où affluait la main--d'oeuvre avec les accords d'Oslo (entre Rabin et Arafat). Voici le cas des Yéménites bien avant. Cet extrait est tiré de Wikipédia

Une main d'œuvre juive bon marché

Un problème insurmontable se pose en Palestine aux sionistes dans les années 1900 : de nombreux travailleurs juifs européens quittent la région où ils n'ont pas d'avenir économique. En concurrence avec les travailleurs arabes, ils ne sont pas embauchés par les planteurs juifs, leurs exigences salariales étant trop élevées. L'Organisation sioniste pense avoir trouvé une solution pour exclure des colonies juives les ouvriers arabes palestiniens : "employer des Juifs arabes12", qui se contentent de bas salaires. La main-d'œuvre juive yéménite est destinée à "remplacer la main d'œuvre arabe des colonies juives tout en maintenant leur caractère hébraïque12". En 1910, 2000 juifs yéménites sont ainsi "importés" en Palestine12". On leur réserve des quartiers séparés notamment à Hadera, Rehovot, Petah Tikva, Kinneret.

Ils reçoivent des salaires inférieurs à ceux des travailleurs ashkénazes pour le même travail13. Dans les années 1905-1914 le salaire moyen d'un journalier arabe palestinien versé par un fermier juif est de 5 à 8 piastres. Le journalier juif yéménite reçoit entre 6,2 et 8 piastres, parfois 9 piastres. Quant à l'ouvrier agricole ashkénaze, il reçoit 12,4 piastres. Le salaire des Yéménites ne leur permettait pas de satisfaire leurs besoins vitaux, pas même de se nourrir suffisamment : alors que les Arabes palestiniens exerçaient une autre activité salariée, qui leur assurait leur revenu principal, et ne pratiquaient que de manière saisonnière le travail agricole, les Yéménites, eux, dépendaient entièrement de leur maigre salaire de journaliers. "Ils formèrent un prolétariat vivant aux marges de l'économie de plantation"14.

Yaakov Tehon de l'Organisation sioniste justifie ainsi l'établissement permanent de familles yéménites en Palestine et non d'ouvriers adultes seulement) : « Cela permettrait d'employer des femmes et des jeunes filles pour remplacer les femmes arabes actuellement payées très cher dans presque toutes les familles de colons15 ».

Ségrégation ethnique

Les ashkénazes ont exclu les Yéménites des programmes d'achat des terres, les ont maintenus dans le statut de salariés, avec un rang inférieur sur le marché du travail ; ils les ont exclus des kibboutz, villages collectivistes juifs créés en Palestine dès 1910. Ils ont ainsi déterminé la formation d'une identité séparée des Yéménites dans la société israélienne émergente. Ainsi, selon l'historien Gershon Shafir, la ségrégation dont sont victimes les juifs yéménites n'est pas seulement liée à la spécificité de leur héritage culturel20.

Le statut social supérieur des ashkénazes en Israël est souvent attribué au fait qu'ils étaient des pionniers en Palestine, alors que les Juifs orientaux auraient émigré plus tard. Pourtant, les juifs yéménites ont fait partie des vagues de première et deuxième émigrations. Alors que des travailleurs ashkénazes comme Ben Gourion, Ben Zvi, Berl Katznelson sont parvenus à des positions de leadership, aucun Yéménite n'a jamais acquis une prééminence comparable. De toute évidence, l'antériorité de la présence en Palestine n'est nullement un facteur déterminant de mobilité sociale et politique21. Les juifs yéménites ne sont pas moins que les juifs ashkénazes des "pionniers" en Palestine, mais ils ont été effacés en tant que tels de la mémoire sioniste22.

Les juifs yéménites ont pâti du conflit israélo-arabe, et du fait d'être considérés comme des Juifs arabes, payés au "tarif arabe", selon Gershon Shafir23. Dans leurs lettres des travailleurs juifs yéménites rendent compte des insultes des contremaîtres juifs européens : ils étaient traités d'Arabes (terme utilisé ici dans une intention injurieuse), de crétins, de sauvages24.

Ella Shohat parle de l'attitude colonialiste des juifs européens en Palestine à l'égard des Arabes comme des Juifs arabes : « L'exploitation économique et politique des Yéménites allait de pair avec les sentiments classiques de supériorité des Européens. »25

Sources
12. Henry Laurens, La Question de Palestine - Tome 1 - L'invention de la Terre sainte (1799-1922), Fayard, 1999,
13. Gershon Shafir, Land, Labor and the Origins of the Israeli-Palestinian Conflict, 1882-1914, University of California Press, 1989, p.103.
14. Gershon Shafir, Land, Labor and the Origins of the Israeli-Palestinian Conflict, 1882-1914, University of California Press, 1989, p.104.
15. Ella Shohat, Le sionisme du point de vue de ses victimes juives: les juifs orientaux en Israël (première édition en 1988) La Fabrique éditions, Paris, 2006, p.72
20. "The secondary status accorded to Yemenite Jews in the labor market and in the denial of access to land was a major factor in defining their separate identity in the emerging Israeli society [...] The segregation of Yemenite jews was not just the result of their unique cultural heritage", Gershon Shafir, Land, Labor and the Origins of the Israeli-Palestinian Conflict, 1882-1914, University of California Press, 1989, p.117.
21. Gershon Shafir, "The meeting of Eastern Europe and Yemen: ‘Idealistic workers’ and ‘natural workers’ in early Zionist settlement in Palestine", Ethnic and Racial Studies, 1990.
22. Gershon Shafir,Yoav Peled, Being Israeli: The Dynamics of Multiple Citizenship, Cambridge Middle East Studies, 2002, p.75.
23. "The association of the two groups [Palestinian Arabs and Yemenite Jews], presenting them as Arab Jews, was first the source and later the consequence of the wages, lower than paid to the ashkenazim, that they received", Gershon Shafir, Land, Labor and the Origins of the Israeli-Palestinian Conflict, 1882-1914, University of California Press, 1989, p.120-121.
24. « when someone is erring, the foreman calls him : "jackass", "some Arab", "savage"... we loathed this situation, but what to do ? », Gershon Shafir, Land, Labor and the Origins of the Israeli-Palestinian Conflict, 1882-1914, University of California Press, 1989, p.103, lire en ligne : [11] [archive]
25. Ella Shohat, Le sionisme du point de vue de ses victimes juives: les juifs orientaux en Israël (première édition en 1988) La Fabrique éditions, Paris, 2006, p.73

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