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Publié par Doumek

Vladimir Poutine a reçu Marine Le Pen

Il est exceptionnel que le président russe reçoive un candidat à une élection présidentielle. La présidente du Front national est favorable à des liens plus étroits avec Moscou.

Invitée par Léonid Sloutski, président de la commission des Affaires étrangères de la Douma d'État, la chambre basse du parlement russe, Marine Le Pen a rencontré ce vendredi Vladimir Poutine au Kremlin.

Selon la télévision d'État, le président russe a assuré à la candidate du Front national à la présidentielle qu'il n'avait aucune intention d'interférer dans l'élection présidentielle française. Vladimir Poutine lui a aussi fait savoir qu'il se réservait le droit de rencontrer tous les responsables politiques français qu'il souhaitait.

"Il est intéressant d'échanger avec vous sur la façon de développer nos relations bilatérales et la situation en Europe. Je sais que vous représentez un spectre politique européen qui se développe assez rapidement", a-t-il ajouté.

Il est toutefois exceptionnel que Vladimir Poutine reçoive un candidat à une élection présidentielle à une date aussi rapprochée de l'élection. La coutume et le protocole l'amènent à rencontrer des chefs d'Etat de son rang ou éventuellement des chefs de gouvernement de pays ayant un régime parlementaire.

Le Pen s'engage à oeuvrer pour une levée des sanctions

De son côté, Marine Le Pen a affirmé que son premier geste à l'égard de la Russie, si elle est élue, sera de réfléchir à une levée rapide des sanctions imposées à Moscou dans le cadre du conflit ukrainien.

La candidate du FN a également assuré à des journalistes, dans un hôtel de Moscou, qu'elle n'avait pas évoqué avec le président russe un éventuel soutien financier à sa campagne électorale.

Une couverture médiatique favorable

Auparavant, la dirigeante du Front National avait rencontré le président de la Douma, la chambre basse du Parlement russe, Viatcheslav Volodine. "Je suis partisan de développer les relations avec la Russie dans le cadre de cette longue histoire qui lie nos deux pays", a expliqué Marine Le Pen, en tête des sondages au premier tour de l'élection présidentielle, au début de l'entretien.

Marine Le Pen est venue à plusieurs reprises en Russie où elle fait l'objet d'une couverture médiatique très favorable de la part des médias d'Etat. Elle fait partie des politiciens européens qui prônent un rapprochement avec Vladimir Poutine et qui approuvent l'annexion de la péninsule ukrainienne de Crimée en 2014 par la Russie.

Soupçons d'ingérence russe

Sa visite, annoncée au dernier moment, a suscité des interrogations après les accusations d'ingérence russe dans la campagne aux Etats-Unis . La Russie est en outre accusée de chercher à promouvoir des candidats europhobes, notamment populistes, dans les scrutins sur le Vieux Continent. Le Kremlin a vu d'un bon œil le Brexit en Grande-Bretagne et l'arrivée au pouvoir de Donald Trump aux Etats-Unis.

Le prêt de 9 millions d'euros d'une banque privée russe au FN en 2014 avait fait craindre une volonté du Kremlin de soutenir le parti de Marine Le Pen. Le principal parti d'extrême droite en France avait alors expliqué que les banques françaises avaient refusé de lui prêter de l'argent. Aujourd'hui, il écarte l'idée d'un nouveau prêt russe pour financer la campagne. "Nous n'aurons pas de financement qui vient d'une banque russe. Nous avons quelques pistes ailleurs mais ça ne sera pas en Russie", a dit le vice-président du FN Florian Philippot sur la chaîne française franceinfo.

 

Les échos 25 mars 2017

Le coeur des Russes penche désormais pour Le Pen

¤ Les médias au service du Kremlin ont banalisé la candidate du FN. ¤ Elle est vue par Poutine comme la représentante d'un « spectre politique européen qui se développe assez rapidement ».

 

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Par Stéphane DUPONT

Publié le 31/03/17 à 01h01

Une semaine après sa visite au Kremlin, la présidente du Front national a les faveurs des Russes. « Votre présidentielle est étrange cette fois... Marine Le Pen semble le candidat le plus sérieux, raisonnable et normal », confie parmi d'autres Elena Bichkova, médecin à Moscou. Comme la majorité des Russes, elle suit de loin l'élection française et uniquement via les télévisions publiques. Les chaînes contrôlées par le Kremlin, principale source d'informations de la population, ont banalisé la candidate du Front national. Présentée comme russophile, elle a été louée par le président Vladimir Poutine en représentante du « spectre politique européen qui se développe assez rapidement ». Sergueï Lavrov, ministre des Affaires étrangères, assure qu'elle n'est pas une « populiste » mais une « réaliste ».

Sentiments anti-système

Comme avec Donald Trump aux Etats-Unis, les médias au service du Kremlin ont du coup fait passer le message : ces présidentiables « pro-russes » incarnent les sentiments anti-système des populations occidentales, en phase donc avec Vladimir Poutine. « Marine contre tous », a ainsi titré son portrait « Moskovskii Komsomolets », le plus lu des tabloïds russes. « En fait, votre présidentielle conclut des années de décadence. Face au libéralisme culturel et à l'immigration, vous n'avez pas su défendre vos valeurs et votre territoire », s'attriste un riche homme d'affaires russe qui, francophile, garde l'anonymat sur cette question. « La France d'aujourd'hui n'est plus la vraie France », lance-t-il. Un point de vue repris par de nombreux Russes. Ils voient en Marine Le Pen la candidate du rétablissement de la France mais aussi d'un possible rapprochement entre Paris et Moscou après des années de tension politique.

Le Kremlin avait pourtant initialement placé ses espoirs en François Fillon, un « grand professionnel », selon la formule de Vladimir Poutine, en pleine campagne de la primaire de la droite. Les deux hommes se tutoieraient depuis que, Premiers ministres, ils ont étroitement travaillé ensemble entre 2008 et 2012. Les positions diplomatiques de François Fillon, ouvert à plus de partenariat avec le Kremlin, ont été largement reprises par les médias moscovites. « Mais le flou de Donald Trump vis-à-vis de la Russie depuis son investiture et les déboires de François Fillon en France ont refroidi, ironise un diplomate européen à Moscou. A voir la couverture de la presse, il y a eu du flottement dans le soutien pour la présidentielle. Le coeur balance désormais nettement pour Le Pen... »

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