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Publié par Anthony Le Cazals

C'est en regardant une intéressante vidéo sur les différentes morales dans Game of Thrones que je suis tombé dessus.

 

A/ Les définitions du conséquentialisme

 

Le conséquentialisme est, de manière complexe, l'affirmation éthique que les actions doivent être appréciées pour leurs conséquences anticipées ou observées de leur résultat (D). La définition plus commune mais partielle du conséquentialisme - en tant que morale normative – est que le conséquentialisme est simplement l’affirmation que nos actions doivent être jugées en fonction du résultat qu’elles induisent (B). C'est une affirmation « globale » et la façon exacte dont nous jugeons ces conséquences dépend de la version du conséquentialisme à laquelle nous souscrivons. C’est tout l’art du libéralisme anglosaxon de vous faire considérer ce choix comme libre comme si vous étiez dans un jeu, mais par là de ne pas nous faire sortir de la morale, c’est-à-dire de ne pas faire fuir le point de vue, c’est-à-dire de vous pousser à prendre un camp. Nous souscrivons un contrat dans la Partie (B) telle que pair is fair, c’est-à-dire tel que ce qui est présenté comme apparié, comme appariement apparaît comme libre, comme équitable au sens anglosaxon du terme fair que vous retrouvez dans fairplay. Je vous ferai remarquer l’importance du questionnaire à choix multiple comme mode répandu d’évaluation dans le monde anglo-saxon là où en France la dissertation et le commentaire de texte qui amènent à plus de recul par la constitution d’un discours orignal mais non personnel.

 

B / la carte des conséquentialismes appariés deux à deux

 

Cette partie se constitue un peu comme une carte faite d’une succession de lignes de démarcation. Nous décrirons ici cinq manières de distinguer au sein du conséquentialisme dix positions. On peut être de chaque côté d’une manière de distinguer, indépendamment du choix dans d’autres distinctions, donc il y a des centaines et des centaines de synthétiser les positions conséquentialistes possibles. Cela donnerait 1024 postures presque singulières, c’est-à-dire 1024 possibilités de se repérer et de se positionner au sein du conséquentialisme. Mais au-delà de tous ces conséquentialismes évaluatifs – en tant que le prérequis visé est le bien – nous verrons qu’il y a tout un champ non-évaluatif d’expérimentation qui ouvre sur des conséquentialismes dynamiques qui résonne avec bon nombre de pensées émises en France dans la seconde moitié du vingtième siècle, nous n’en ferons pas la démonstration, simplement nous poseront le postula nécessaire à l’expérimentation. Dès lors on sort de la morale normative pour l’éthique.

 

Le conséquentialisme se définit de prime abord au regard de l'utilitarisme (voir partie E) pour toutes ces dix distinctions. Nous allons regarder le choix que l'utilitarisme fait de l'utilitarisme classique et le choix, c'est une sorte de divergence par rapport à l'utilitarisme, donc dans chacun de ces appariements, vous aurez quelque chose qui est utilitaire ou quelque chose qui n'est pas utilitaire. Si vous faites la plupart des choix dans cette direction utilitariste, vous possédez un utilitarisme classique. Mais vous en faites peut-être un ou deux dans une direction différente ou vous passez de l'autre côté de cette distinction.

 

Vous aurez un type de conséquentialisme qui est similaire à l'utilitarisme classique, à une ou deux différences près. Vous pouvez également faire tous les choix ou la plupart des choix contre l'utilitarisme classique. Et vous aurez un type de conséquentialisme qui semble très différent de cet utilitarisme classique avec lequel vous pouvez vous sentir familier.

 

1°) Tout d'abord, nous avons une distinction entre conséquentialisme réaliste et conséquentialisme anticipateur. D’une part, le conséquentialisme dit que le bien est déterminé sur la base des conséquences réelles par opposition à des conséquences attendues, donc une action est bonne si ce qui s'est réellement passé s'est avéré être bon. Peu importe ce que vous attendiez, ce qui importe c’est le résultat ou plutôt les conséquences de résultat : vous auriez pu faire un mouvement très risqué plus que probable qui allait se terminer par des conséquences négatives ou mauvaises, mais si les conséquences réelles se font ressentir positivement en cas de chance votre action était bonne. D'autre part, le conséquentialisme anticipateur va dans l'autre sens bon est déterminé en fonction des conséquences attendues ou prévues pas les réels donc c'est dire que quelles que soient vos attentes ou peut-être quel que soit les attentes d'un observateur quelconque.

2°) Nous avons, également, une distinction entre le conséquentialisme hédoniste et le conséquentialisme pluraliste. D’une part, le conséquentialisme hédoniste expose que le plaisir est le seul bien que vous pourriez être capable de distinguer pour faire deux sortes de plaisir, mais en général le conséquentialisme hédoniste dit que le plaisir est le seul bien. C’est un bien individuel qui d'autre part deviendrait utilitariste ou collectif s’il tendait à la majorité ou en tout cas au plus grand nombre possible, on parle dès lors de conséquentialisme pluraliste quand il y a une variété de choses qui sont considérées comme de bonnes conséquences. De fait, vous pourriez dire qu'il y a une autre position possible pour laquelle une seule chose est considérée comme une bonne conséquence, ce n'est pas un plaisir utilitariste, mais un plaisir plus commun, cela reste une vision pluraliste où plusieurs choses distinctes sont appréhendées comme de bonnes conséquences.

3°) Vous avez également une distinction entre conséquentialisme direct et conséquentialisme normé ou régulier. Le conséquentialisme direct est également connu comme un conséquentialisme en acte ou parfois ou l'utilitarisme en acte c'est-à-dire que nous jugeons les
conséquences elles-mêmes des actes que nous faisons. Ces conséquences sont ce que nous jugeons par distinction aux
conséquences basées sur des règles générales. L’utilitarisme régulier s’intéresse prend comme cadre un ensemble de règles et s’intéresse aux conséquences que produisent ces mêmes règles. Ces règles permettent évaluer notre action c’est pourquoi ce genre de conséquentialisme se situe entre un conséquentialisme standard et une ontologie.

4°) il y a aussi une distinction entre le conséquentialisme maximisateur  et le conséquentialisme améliorateur. Au vu du conséquentialisme qui maximise, une action pour être bonne doit créer les conséquences les meilleures possibles, bien au-delà des conséquences moyennes possibles. Ce qui compte c’est le choix, qui doit maximiser, peu importe ce que ce qu’il maximise, que ce soit du bonheur, du plaisir, une action vertueuse. Le prérequis est le Bien et peu importe l’objet tant que vous optimiser un pis-aller, du statu quo. Ceci contraste avec le conséquentialisme qui vise l’amélioration où l’action pour être bonne doit créer une amélioration du statu quo ou être au-dessus de la moyenne actuelle. L’amélioration en ce sens ne vise pas qu'un seul plan d'action qui serait le meilleur
Ce qui importe pour ce genre de conséquentialisme ce ne sont pas seulement les conséquences maximales, mais une amélioration générale, élargie. Le conséquentialisme maximisateur va être plus strict et le conséquentialisme améliorateur va être plus indulgent.

5°) Nous avons aussi le conséquentialisme universel et le conséquentialisme particulier. D’une part le conséquentialisme universel dit que nous allons évaluer le bien d'une conséquence particulière en fonction de son effet sur l’ensemble de notre population ou sur « tout le monde ». Il y a là une petite perversité. Nous comptons « tout le monde », mais cela ne signifie pas nécessairement que tout le monde va compter pareil. D'autre part, le conséquentialisme particulier dit que les conséquences sont évaluées en fonction de leur impact sur un sous-ensemble de personnes ou, si vous voulez, d’animaux.

 

Ainsi le conséquentialisme évaluateur dit que les seules choses que l’on est autorisé à juger et à examiner, sont les conséquences selon leurs caractéristiques morales ou normatives. Selon notre jugement, nous pourrions dire que le plaisir est la seule caractéristique morale normative ou bien nous pourrions considérer la bonté. Il y a plusieurs caractéristiques « éthiques » différentes comme l’utilité pour le plus grand nombre ou la commodité (qui est le critère des démonstrations mathématiques, leur beauté). Mais à chaque fois ce sont des critères de la morale déontologiques qui sont resservis comme le rapport pervers au plaisir ou le rapport paradoxal à la bonté. Je ne donne pas d’illustrations. Ce qu’il faut noter c’est que, pour demeurer dans la morale conséquentialiste stricte, nous ne pouvons pas prendre en compte d'autres paramètres tels que les « propriétés du monde » qui, si elles existaient, ne relèvent d’aucune manière d'un critère éthique mais d’une croyance théologique.

 

C / Le conséquentialisme expérimental (non-évaluateur)

 

Tout ce que nous venons de voir réparti en une carte des appariments « dialectiques », contraste avec le conséquentialisme non évaluatif et transgressif qui serait notre conséquentialisme, un conséquentialisme créateur en ce que, à la fois, il dérange la norme établie, le conformisme consenti dans ses moindres habitudes et à la fois, il détient la prescription des valeurs, tombant nécessairement en butte avec les précédentes valeurs quelles qu’elles soient. En fait il nous faillait sortir de la bêtise du classement qui s’interpose avec la croisée des chemins propre à toute évolution. On sort des critères normatifs, qui nous sont souvent présentés comme relevant du sacré et du non-négociable à la différence de la loi démocratique.
Mais alors, qu'est-ce qui veut dire : « les conséquences peuvent être évaluées sur des caractéristiques non normatives » ? Que ces conséquences doivent répondre à des considérations impérieuses et pressantes qui ne relèvent pas de la routine ou de la névrose, qui d’emblée nous établit dans la morale, il ne s’agit plus de penser ce qui est bon ou ce qui fait sens mais davantage ce qui importe. Les premières considérations relèvent de caractéristiques normatives tandis que savoir et indiquer ce qui importe relève davantage de la posture du guetteur et du dérangeur que nous avons vu dans d’autres articles. Il nous fallait en quelque sorte indiqués les paliers inférieurs de ceux qui souhaitent demeurer réactifs, c’est-à-dire spectateur et simples producteurs du « monde qui l’environnent ».

L’éthique téléologique peut être décrite comme une approche par le raisonnement éthique qui met au centre, les conséquences du résultat final de nos actions. La formulation est idéaliste puisqu’elle se concentre encore sur les actions dont on chercherait un reour ou un rendement moral que sur l’itération d’une prise de risque. Cela en contraste avec les approches morales fondées sur des règles propres à l'éthique déontologique, où l'action-même est au centre des considérations, et toute violation de la règle, quel que soit le résultat, est considérée comme mauvaise. Il existe deux types principaux de l'éthique téléologique : le conséquentialisme que nous avons et l'éthique de la vertu (voir partie E).

Opérons un retour sur le conséquentialisme évaluateur. Le conséquentialisme est, nous l’avons vu, une approche éthique téléologique qui se concentre sur les conséquences du résultat des actions et qui, dans sa version étriquée et morale, juge de la moralité de ces actions en fonction de la conformité du résultat final avec des critères prédéterminés. Dans ce jugement il y a toujours un cadre théologico-politique imposé (même séculier) et non laïc. Pour les penseurs moraux conséquentialistes, la politique est généralement basée sur le bonheur ou le plaisir, pour qui l'action est considérée comme moralement juste quand vous apporter plus de bonheur/plaisir. Une approche éthique moins évaluatrice et plus expérimentale cherchera davantage une intensité, c’est-à-dire une plus grande accumulation et une plus grande dépense d’énergie qui relèvent du coup de chance (et non du hasard) quand ils sont ajointés, connectés.

Ce pan transgressif du conséquentialisme n’est pas lié à l’utilitarisme, il n’est pas lié au plus grand nombre mais sait que les forces révolutionnaires/créatrices rencontre une autre minorité que sont les forces réactionnaire/conservatrices. De ce point de vue la loi sert avant tout à maîtriser et contraindre la création tant scientifique qu’artistique.

Le prérequis du conséquentialisme évaluateur est l’insatisfaction et non pas le Bien ou l’intérêt général.

 

D / La part utilitariste du conséquentialisme.

 

La principale forme de l'utilitarisme est la pensée morale conséquentialiste, un premier système proposé par Jeremy Bentham. Pour les utilitaristes, le bonheur/plaisir est encodée dans le concept de « l'utilité ». Utilisation de l'utilitaire vous permet à rectifier vos décisions langage basé effectivement été empiriquement lié à l'intégrité physique et non ce que Bentham considérait comme des idées vagues de la morale traditionnelle ou déontologique. Par exemple, les actions qui remédient la douleur physique et la souffrance sont primordiales dans l'utilitarisme, car ceux-ci sont considérés comme des torts moraux plus facilement identifiables et objectives. En outre, ce principe d'utilité est pris au niveau social afin que les actions qui peuvent sembler être mauvaises en soi puissent effectivement être considérés comme bonnes vues en termes de résultat final qui mène à un plus grand bonheur d’ensemble (conséquentialismes maximisateur ou améliorateur). Cela rend possible pour nous de justifier quelque chose d'aussi extrême que le meurtre de certaines personnes peut sauver un certain nombre de personnes dès lors qu’on a choisi un camp et que ce choix n’a pas été interrogé (critiqué dirait le philosophe à partir de Kant) : ceci se retrouve dans l’attitude de Tywin Lannister dans Game of Thrones quand il fait assassiner sans scrupules ses ennemis dans des guet-apens pour préserver les siens. Bien qu'il existe toujours des facteurs plus complexes à prendre en compte, il est important de se rappeler cette limitation dans l'approche conséquentialiste-utilitariste, qui peut être sensiblement réduite à une approche de « la fin justifie les moyens », comme dans le cas de la loi martiale.

 

E / L’Ethique de la vertu comme second pan des morales téléologiques

 

Les actions sous la conduite conséquentialiste/utilitariste se préoccupent avant tout du résultat des actions comme un facteur déterminant pour ce qui est moralement bon ou mauvais. La principale différence, cependant, réside dans le fait que l'éthique de la vertu a une interprétation plus complexe que ce qui constitue une morale de résultat positif. Dans l'éthique de la vertu, les « telos » ou objectifs finaux, et pas seulement le bonheur immédiat d'un individu ou d'un groupe de personnes, mais plutôt la mesure dans laquelle les êtres humains sont capables d'atteindre leur plein potentiel. L’éthique de la vertu ne doit pas nécessairement avoir une idée claire de ce qu’est le potentiel visé. Ceci repose sur la notion de « juste milieu » proposée par Aristote. Ce façonnage est la part éducatrice de toute éducation que l’on délivre dans une discipline lors des études supérieures, il s’agit de faire consentir à une décomplexion, de naturaliser un statut culturel qui intègre une fonction nécessaire à la société. Rendre comme « naturel » ce qui relève d’une transmission de capital symbolique. L'éthique de la vertu insiste sur l'importance des traits caractéristiques d'une personne, c’est-à-dire sur ce qu'on considère sous le terme usuel de vertus. Différentes éthiques de la vertu existent selon la ou les vertus sur laquelle on insiste : l'honnêteté, la sympathie, la prudence, la sagacité, la douceur, le courage. Ces vertus sont mises en avant parce qu'elles permettent la réalisation de soi, autrement dit de mener une vie bonne, une vie noble, une vie digne. Penser qu'une vie bonne est une vie heureuse relève de l’eudémonisme. Notre époque à évoluer pour poser la réussite (autre les honneurs), la création, l’invention, le record, le dépassement de soi. La création c’est la création artistique en tant que liée à la création de valeurs qui se substituent aux valeurs de moindres intensités et moindre développement. L’invention c’est l’invention technique en tant qu’elle est liée au « progrès » et aux découvertes fonctionnelles. Le dépassement de soi est une dimension de l’aufhebung hégélien et de toutes les métaphysiques du dépassement qui en découle. Mais de tout cela on ne peut dire qu’il s’agit d’un appelle à la nouveauté, c’est-à-dire de mettre n avant un désir de nouveauté qui tient en haleine mais ne trouve jamais d’objet comme chez les futuristes, chez les nazis, chez tous les manipulateurs de la novlangue marketing qui font du neuf et du clinquant le meilleur.

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