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Publié par Anthony Le Cazals

LITTERATURE MINEURE 2 / Grande littérature et littérature pluraliste.

Quelque chose s'est joué en littérature qui comme toute activité de création (1) se place dans le vertige face au vide, à l'abîme et dès lors prend appui sur des autorités de sagesse pour passer de caps d'incertitude, pour aiguiller dans l'existence plus que pour s'aiguillonner dans ses cocons de ses habitudes et de ses certitudes. Les XIXe et XXe siècles furent très marqués par l'aplomb de Schopenhauer quant à l'existence. Arthur Schopenhauer a eu une influence importante sur un certain nombre d'écrivains, de philosophes et d'artistes au XIXe siècle et au XXe siècle : Richard Wagner, Léon Tolstoï, Fedor Dostoïevski, Guy de Maupassant, Friedrich Nietzsche, Sigmund Freud, Joaquim Maria Machado de Assis, de manière générale le décadentisme, Marcel Proust, Thomas Mann, Benjamin Constant, Henri Bergson, Ludwig Wittgenstein (qui s'est mis à la philosophie par Léon Tolstoï), André Gide, Louis-Ferdinand Céline, Samuel Beckett, Émile Michel Cioran, ainsi que de nos jours Michel Houellebecq, qui s'est dit n'être qu'un chien de chasse qui ramène fièrement des proies à son maître Schopenhauer, on aurait aimé l'inventer mais c'est bien la réalité et ce sont bien les propres mots de Houellebecq. La vision pessimiste et absurde du monde de Schopenhauer préfigure également l'existentialisme : Soren Kierkegaard, Jean-Paul Sartre, Albert Camus, etc. ... Tout ceci a donné une certaine modulation de la littérature, une tonalité d'objection à l'existence. C'est au niveau du langage qu'est le problème classique, quitte à rejeter l'affect, qui pourtant oriente le désir, c'est pour Lacan la parole qui fait effraction et non l'affect. L'analyse est une pratique de langage pour Lacan et quand il parle d'un inconscient structuré comme un langage, il traite là d'une langue particulière et rompt avec Saussure qui dissociait dans son Cours de linguistique générale publié de manière posthume la fonction du support, le langage de la langue particulière. Pourtant une pensée non-réflexive occupe l'espace littéraire et cette langue particulière et même étrangère, étrangère surtout à la bêtise de l'Être, celle qui fait passer un requis grammatical pour un investissement substantiel.

 

Nos propos n'ont rien d'originaux ou de placer dans la surenchère « Nietzsche et Freud n'ont pas été les seuls héritiers de Schopenhauer qui a remodelé ce territoire invisible sur lequel la littérature édifie son discours. Aussi est-il présent, on l'ignore généralement, dans la généalogie de tant de grands écrivains — de Tolstoï, Strindberg, Maupassant, Conrad, Proust, Pirandello, jusqu'à Kafka, Thomas Mann, Céline, Beckett, Bernhard. Ce sont les voies de ce renouvellement inventif qui sont ici tracées. » Telle est la présentation de l'ouvrage collectif : Schopenhauer et la littérature européenne. http://www.klincksieck.com/livre/?GCOI=22520100013770

Sur Houellebecq : dans sa mondanité et sa représentation http://youtu.be/t28j087Et7s?t=1m42s, il faut parfois contempler le vieux monde en face. Lui-même a une aversion pour Nietzsche, car à sa lecture il se considère d'emblée comme le dernier homme. On peut aussi écouter Houellebecq sur l'idéal respirianiste de la perte de goût (individus qui se nourrissent de lumière, d'eau et de sels minéraux) et sur le complexe de Céline (la femme qui s'enfuit voyant sa beauté décliner et apercevant le délabrement mental de son écrivain de mari).

Sur Louis Ferdinand Destouches (Céline) : « j'ai eu la finesse d'une chienne de traîneau pas plus » http://youtu.be/qehhcAMcO6Q?t=5m10s. C'est aussi le motif de l'écrivain atablé à son établi (http://youtu.be/oZptc4PN5Hs?t=6m7s) plutôt que debout à son écritoire comme Camus ou pianotant en pleine nature sur sa tablette numérique comme le scripteur (au plus proche de son inspiration, des flux, des énergies).

Sur l'indifférence hyperbolique à la (non-)pensée réactionnnaire, qui n'est réactionnaire qu'en tant qu'elle suscite une perte de temps avec les « immanquables » justifications et explicitations http://www.franceinter.fr/emission-le-telephone-sonne-ou-sont-passes-les-intellectuels-de-gauche.

LITTERATURE MINEURE 2 / Grande littérature et littérature pluraliste.

Le prochaine article, dans une semaine, sera sur la définition des traits de la littérature mineure.

(1) ) Et non simplement de modulation d'un cadre bourgeois, il s'agit bien de création de soi par soi, et on pas d'un marketing d'écoulement du stock marchand, mais d'un champ d'expérience impersonnel, qui dépasse le cadre individuel ou solipsiste tout en ne rejoignant pas le global ou l'universel. On peut parler de conduite commune, décente ou indécente, de configuration et d'interaction avec ce qui est à l'entour, jusqu'à la dimension climatique qui demeure un indépassable, sous le terme de Gaïa, de l'occupation humaine en tant qu'espèce, même si quelques individus se sont placés en orbite.

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