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Publié par Anthony le Cazals et Jules Bernard

IMPOSTURE 11 / Einstein imposteur

En fait tournant autour des lectures qui tentent de réécrire l'histoire des sciences on peut à propos de la théorie de la relativité de Poincaré-Einstein faire ces différentes remarques :

 

1°) Les arguments d'autorité.
-  Lorentz et Poincaré ont établi des transformations mathématiques et Einstein l'interprétation physique de la théorie de la relativité (thèse défendue par Stephen Hawking).
- Thibaut Damour fait cette remarque :  « Une conséquence cruciale de la limitation de l'horizon conceptuel de Poincaré est que le « temps local », dont il parle dans le texte de 1904 cité ci-dessus, diffère de façon essentielle du « temps » qu'Einstein attribue à un référentiel en mouvement. En effet, une lecture attentive du texte de Poincaré de 1904, des cours qu'il donna à la Faculté des Sciences de Paris pendant l'hiver 1906-1907 et d'un article publié en 1908, montre que le « temps » dont parle Poincaré est toujours un temps dont la « seconde » est battue par des horloges en « repos absolu ». » et de conclure :  « Comme Lorentz et Poincaré pensaient toujours le temps en termes de temps universel absolu de Newton, ils n'ont jamais suggéré, comme Einstein le fit, qu'une horloge en mouvement puisse battre un temps différent de celui d'une horloge au repos. ».  À cet égard, si l'on peut discuter le fait qu'Einstein ait lu ou non Poincaré avant juin 1905, il convient de se demander si Poincaré avait lu l'article de 1905 d'Einstein par la suite. Rappelons que Poincaré meurt en 1912.
- Gilles Cohen-Tannoudji soutient que « Poincaré et Einstein ont élaboré de manière quasi simultanée et indépendamment l'un de l'autre, deux théories de la relativité restreinte, qui se contredisent sur certains aspects mais qui ont chacune une cohérence propre. La théorie développée par Poincaré n'est pas un état inachevé de celle développée par Einstein, mais c'est bien une théorie de la relativité restreinte à part entière. La comparaison des deux théories est éclairante : primauté du continu, existence de l'éther, variable cachée (" temps vrai ") chez Poincaré, primauté du discontinu, non existence de l'éther, absence de variable cachée chez Einstein ». 

2°) La chronologie
En 1900, Henri Poincaré publie un article dans lequel il affirme qu'un rayonnement pourrait être considéré comme un fluide fictif d'une masse équivalente m = E/c². Il s'est inspiré pour cette interprétation de la « théorie des électrons » de Lorentz qui incorpore la pression de radiation de Maxwell.  En 1905, Albert Einstein est le premier à suggérer que lorsqu'un corps matériel perd une énergie E (sous forme de radiation ou de chaleur), sa masse décroît d'une valeur égale à E/c². En 1900, Poincaré décrit une procédure de synchronisation pour des horloges en repos les unes par rapport aux autres, très similaire à celle publiée par Einstein dans son article de 1905.

Le 5 juin 1905, devant l'Académie des sciences à Paris, Poincaré complète les transformations de Lorentz et prouve l'invariance des équations de Maxwell dans une note de 5 pages développée en un mémoire de 50 pages.  C'est Poincaré qui donne à  l'ensemble des formules de transformation le nom de « transformations de Lorentz » (1)
- L'article du 26 septembre 1905 d'Einstein ne contient aucune référence à d'autres articles. Il mentionne Lorentz en relation avec le traitement du champ électromagnétique. Poincaré n'est pas mentionné. On sait qu'Einstein a lu La Science et l'Hypothèse (1902) d'Henri Poincaré avant la rédaction de ses articles majeurs. Eneffet il avait demandé à ses amis de l'académie Olympia discute avec lui du livre de Poincaré La Science et l'HypothèseLe seul fait étrange est que Einstein donne à sa théorie le même nom que Poincaré avait donné à son principe de relativité. Einstein écrit en 1946 : « Il est hors de doute que si l’on jette un coup d’œil rétrospectif sur son évolution, la théorie de la relativité était mûre en 1905. Lorentz avait déjà découvert, par l’analyse des équations de Maxwell, la transformation qui porte son nom. De son côté, H. Poincaré a pénétré plus profondément dans la nature de ces relations. Quant à moi, je n’avais connaissance, à cette époque, que de l’œuvre importante de 1895 de Lorentz mais non des travaux ultérieurs de Lorentz et, pas davantage, des recherches consécutives de Poincaré. En ce sens, mon travail de 1905 est indépendant. Ce qui est nouveau dans ce mémoire, c’est d’avoir découvert que la portée de la transformation de Lorentz dépassait sa connexion avec les équations de Maxwell et mettait en cause la nature de l’espace et du temps. Ce qui était également nouveau, c’est que l’invariance de Lorentz est une condition générale pour la théorie physique. »  Lorentz écrit à Einstein en 1921 : « Je n’ai pas établi le principe de relativité comme rigoureusement et universellement vrai. Poincaré, au contraire, a obtenu une invariance parfaite des équations de l’électrodynamique et il a formulé le postulat de relativité, terme qu’il a été le premier à employer. »  

 

(1) Gilles Cohen-Tannoudji, préface à La " structure fine " de la théorie de la relativité restreinte, Yves Pierseaux, Éditions L'Harmattan, 1999.

(2) H.Poincaré, Compte-rendu de l'Académie des Sciences, tome 14 , 5 juin 1905, p. 1504 : « Le point essentiel, c'est que les équations du champ électromagnétique ne sont pas altérées par une certaine transformation (que j'appellerai du nom de Lorentz) et qui est de la forme suivante... » 

 

 

 

 

Einstein, imposteur ?

À qui attribuer la paternité de la théorie de la relativité restreinte ? Si aujourd’hui encore Einstein en est considéré comme le seul père, c’est qu’en 1905, il publie dans la prestigieuse revue allemande Annalen der Physik quatre articles majeurs qui retiennent toute l’attention du monde scientifique. Deux d’entre eux sont liés : datés du 30 juin et du 27 septembre 1905, ils formulent la théorie de la relativité restreinte telle qu’on l’entend aujourd’hui, théorie fondée sur les travaux de Lorentz et du mathématicien français Henri Poincaré, très occultés.

En effet, dans ses publications de 1905, Einstein ne fait aucune référence aux articles de Poincaré qui pourtant a largement contribué à bâtir la théorie. En 1900, il a publié un article dans lequel il a établi l’équivalence masse-énergie, soit, m = E/c2. Cette formule, mieux connue sous la forme E = mc2, qui fait partie intégrante de la relativité restreinte, n’est donc pas attribuable au seul Einstein. De plus, le 5 juin 1905, devant l'Académie des Sciences à Paris, Poincaré a complété les transformations de Lorentz et a prouvé l'invariance des équations de Maxwell dans une note de 5 pages, Sur la dynamique de l’électron, développée quelques semaines plus tard en un mémoire de 50 pages publié le 23 juillet. Par là, Poincaré arrive sensiblement aux mêmes conclusions qu’Einstein, mais avec deux mois d’avance.

Mais pourquoi aucune rectification n’a-t-elle été apportée ensuite ? Dans son article lapidaire, « Einstein le plagiaire du siècle », Richard Moody dénonce une véritable conspiration du silence. Il s’appuie sur des citations de plusieurs scientifiques dont celle de G. Burniston Brown (1967) : « On s'apercevra que, contrairement à la croyance populaire, Einstein n'a joué qu'un rôle mineur dans la définition de la formule usuelle de la relativité restreinte, que Whittaker a appelé la théorie de la relativité de Poincaré et de Lorentz ».

Edmund Whittaker, mathématicien et historien des sciences britannique, est le premier semble-t-il à attaquer Einstein dans son ouvrage Histoire des théories de l'éther et de l'électricité : il intitule le chapitre 2 du tome II, paru en 1953, « La théorie de la relativité de Poincaré et Lorentz », en précisant page 40, qu'en 1905, « Einstein a publié un article qui exposait la théorie de la relativité de Poincaré et Lorentz, avec quelques développements ». Whittaker crédite également Henri Poincaré pour la formule E = mc².

Peu d’organes de presse ont parlé des ces révélations. Cependant, Le Nouvel Observateur, dans son article « Il n’a pas inventé le concept d’espace-temps, Einstein plagiaire ? » publié en août 2004, nous présente Jean Hladik, physicien et auteur du livre Comment le jeune et ambitieux Einstein s’est approprié la relativité restreinte de Poincaré. Il affirme qu’Einstein « n’apporte rien de nouveau » et que Poincaré est « bien meilleur qu’Einstein ».

« Aujourd'hui, il faut se rendre à l'évidence, écrit Claude Allègre : Einstein n'a pas inventé la théorie de la relativité (restreinte). Le premier découvreur de cette théorie fut un Français : Henri Poincaré. La physique mondiale sait cela depuis que le Britannique Edmund Whittaker l'a dit, mais peu de scientifiques compétents ont voulu s'assurer de la véracité de ce fait. Personne n'osait s'interroger sur les mérites du génie absolu. La physique moderne avait sacralisé Einstein. »

Einstein réaffirme pourtant en 1946 qu’il n’avait pas connaissance des travaux ni Lorentz, ni de Poincaré : « Il est hors de doute que si l’on jette un coup d’œil rétrospectif sur son évolution, la théorie de la relativité était mûre en 1905. Lorentz avait déjà découvert, par l’analyse des équations de Maxwell, la transformation qui porte son nom. De son côté, Henri Poincaré a pénétré plus profondément dans la nature de ces relations. Quant à moi, je n’avais connaissance, à cette époque, que de l’œuvre importante de 1895 de Lorentz mais non des travaux ultérieurs de Lorentz et, pas davantage, des recherches consécutives de Poincaré. En ce sens, mon travail de 1905 est indépendant.»

Témoignage difficile à croire, en raison de la renommée, déjà mondiale, de Poincaré avant 1905. D’autant plus que, selon Etienne Klein, physicien français, Einstein avait proposé en 1902 à l’Académie d'Olympia un débat autour du livre La Science et l’Hypothèse de Poincaré, qu’il avait donc lu avant la rédaction de ses articles majeurs, ouvrage de vulgarisation dans lequel l’auteur déclare qu’il faut renoncer à l'idée d'un temps absolu dans l'univers. C’est l’un des fondements de sa théorie, le pas conceptuel qu’il fallait franchir pour dépasser la mécanique newtonienne.

Ainsi, sans nous tromper, nous pouvons affirmer que Poincaré a précédé Einstein. Cependant Einstein a su, semble-t-il, simplifier cette théorie. C’est en tout cas sa première publication, parce qu’il sent qu’il peut aller plus loin, qui le pousse à travailler pendant dix ans, jusqu’en 1915, à l’élaboration de la relativité générale, théorie étendue de la relativité restreinte. Mais cette fois encore, quelqu’un l’a précédé. David Hilbert, mathématicien allemand, souvent considéré comme l’un des plus grands mathématiciens du xxesiècle, au même titre que Henri Poincaré, présente ses travaux le 20 novembre 1915 à l'Académie royale des sciences de Göttingen. Cinq jours avant Einstein.

En 1997, pourtant, Leo Corry, Juergen Renn et John Stachel révèlent, dans le journal La Science, « un document inédit, annoté de la main même de David Hilbert, qui prouve de façon indubitable la paternité einsteinienne de la relativité générale. » (Selon le journal Le Monde, dans son article « L’honneur sauvé d’Albert Einstein ».) Ce n’est pas l’avis de Winterberg, physicien, qui réfute ces conclusions en 2004, observant que le document publié par Corry et Renn a été déformé pour en faire disparaître un passage essentiel : celui qui montre que l'article original d’Hilbert comprenait l'ensemble de la théorie. Il dénonce « une tentative brute par un certain individu inconnu de falsifier le disque historique. » Il propose son article à La Science, journal dans lequel était paru l’article tentant de laver l’honneur d’Einstein, qui refuse de le publier. Il est donc finalement publié dans la revue allemande Zeitschrift für Naturforschung.

Si nous croyons donc Whittaker et Winterberg, Einstein a plagié Poincaré pour la relativité restreinte et Hilbert pour la relativité générale. Mais malgré cette vérité, et comme le montre le film de Jean-Marc SerelleEinstein et nous, le mythe d’Einstein demeure. Nous pouvons alors nous demander si Einstein est le seul. Dans quelle mesure l’histoire des sciences s’est-elle construite sur des illusions ?

Jules Bernard

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