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Publié par Anthony Le Cazals

Nos propos pourront paraître virulents ou polémiques mais face à une certaine lecture paralléliste et systématique de Spinoza, il est toutefois bon d'enfoncer le clou. Il s'agit avant tout d'introduire au delà de la détresse de Spinoza que relèvent Nietzsche puis Negri, l'un dans le gai Savoir, § 349, l'autre dans Spinoza et Nous à la page 104, il s'agit d'introduire donc, une confiance basée sur le oubli et le mépris de soi, sur le grand dépit qui chasse les espérances et non sur les différentes formes d'amour de soi, d'amour propre ou de souci de soi. La règle est dès lors éthique, mais d'une éthique non plus conservatrice mais éternellement créatrice avec une part associée au statisme, à l'Etat qu'il s'agit de ne pas faire dépérir trop vite.


Ainsi Spinoza s'appuie-t-il sur une vision monolithique ou ecclésiastique de la religion où "le discours divin {serait cohérent" (Pierre-François Moreau), pourtant le décalogue (Première loi) comme le Deutéronome (ou seconde loi des prophètes, neviim) retranscrit par les scribes introduisent par leur juxtaposition de l'inconciliable irréconciliable, à l'origine même du judaïsme et de l'interminable interprétation du Talmud à la suite des ravim (le rav donnant l'origine du rabbin, du cohen, de la prise de pouvoir via la mise en avant de miracles par les prêtres). Le même procédé d'entourloupe a été utilisé par Lacan ou les premiers fondateurs de sectes chrétiennes. Le fait de donner comme confirmation de la paroles des prophètes des miracles consiste précisément à constituer une église tout en déclarant ces prophètes impossibles, donc à appuyer le rôle prétendument interminable de l’Église. Or il n'en est rien, "sentir et expérimenter que nous sommes éternels" n'est point en faire la révélation, l'exprimer n'en pas moins une prophétie, mais celle-ci ne pourrait s'exercer sur un mode géométrique, donc rationnel, more geometrico.

Ne peut-on lire Spinoza en spinoziste, la réponse tiendra dans le titre de l'un de vos livres, Monsieur Moreau : Spinoza et le spinozisme, comme il exista un bergsonisme pour Bergson ou un nietzschéisme de droite ou de gauche à rebours de Nietzsche pour en édulcorer les fulgurances ?. Il n'y a pas à se soucier. Si l'on doit appuyer sur l'importance de l'imagination chez Spinoza, notamment dans l'extase des prophètes, alors poussons jusqu'au bout et reconduisons-la pour précisément aboutir à une démocratie qui nous sorte de l'état oligarchique actuel, bref d'un état ou la cotisation économique viendrait se substituer à l'impôt et où le tirage au sort des politiciens et l'élection des experts viendrait remplacer l'élection des politiciens et la nomination des experts. Bref sortir du conservatisme paradoxal de Spinoza, qui n'est un prélude à l'opposé de Descartes qui finira en une négation des affects, est-ce sortirr de la représentation ? pas exactement, c'est y adjoindre autre chose. Non pas le conservatisme de l'être, le conatus, mais le détournement, clinamen, de tout cela. Détournement, vers quoi, vers l'imagination spontanément instituée.

La détresse de Spinoza est telle que sa santé et la diététique des affects qu'il introduisit, demeurèrent petites. En cela rien de terrible, c'est-à-dire ni une capacité et ni une habileté dans le métier développée. Pourtant la voie était indiquée comme le reconnaissait Nietzsche à la première lecture, par une sorte d'accointance de démarche et de sympathie d'affects. Il s'agit d'être jargonneux comme Lordon pour ne pas être clouer au pilori, de rebuter le vulgaire tout en se retenant. Étrange tension qui produit fougue et entrain propre à un pensée de l'autonomie, c'est-à-dire de sa propre règle éthique sans concession sinon le respect loin de l'individualisme du salut de l'âme déclarée immortelle (ce qui est un pléonasme à coût sûr tautologique, car on ne pose la première que pour arriver à la second). Béatitude, cela s'appelle chez Spinoza, Grâce chez d'autres. L'observation comme analyse des situations critiques et de linéaments cliniques, se fait des lors synthèse de métaboles et de là transformation du métabolisme. Jargon synthétique jusqu'à ce que l'on ajoute l'hypertexte qui y corresponde.

Bien mal celui qui lira ici, une pensée sacrilège face à l'indication par Spinoza de la vrai philosophie, mais il s'agit ici se sortir de l'artéfact nécessaire de la substance qu'elle soit Dieu ou la Nature. Repartir de l'élémentaire, qu'il soit particules ou bien états de la matière (la notion d'éléments chez les présocratiques ou Bachelard) ou agrégats politiques. D'emblée se situer dans l'éternité, cette ivresse de l'instant qui nous ferait tenir pour un prophète. Il s'agit derechef de témoigner d'états jubilatoires de qui n'ont plus rien à voir avec une expérience merveilleuse initiale dont on garderait simplement la trace écrite ou le souvenir, mais de les reconduire sans aucun autre narcotique que son propre enthousiasme. S'agit-il de produire cette catharsis chez d'autres ? Faut-il toujours polémiquer dès que s'aperçoivent les forces réactionnaires ou dans une moindre mesure conservatrices ? Il s'agit avant tout d'y amorcer ce processus jubilatoire et de ne point s'enfermer dans l'ornière de la querelle, simplement en usant de retenue dès lors que l'abus a été pointer et que l'auditoire ou le lectorat non abusé peut entrer en connivence.

Etre incapable de sortir de la Nature ou de la substance pour habiter la Terre et y développer le sens aberrant d'une existence impulsée, intense, accomplie, dont l'enthousiasme désarmerait ses pourfendeurs, les empêchant d'établir les obstacles d'un ordre premier et établi. On pourra toujours nous parler d’hypocrisie, là où nous ne serons qu'obséquieux, mon seigneur ! au point de tout s'accaparer, donc de tout substituer, laissant coi l'adversaire. Il est l'or de se réveiller, mon senior ! Puissance du valet chez Molière qui, d'intelligence, recompose tous les codes tout en conservant la prose mondaine. Simple aparté, non autre exemple de cette obéissance qui conspire et renverse l'ordre établi sans pour autant revisiter le passé ou réviser l'histoire. La hâte fait que l'on n'a pas le temps de s'attarder, de se dire zut on nous aurait menti, dans un geste ultime de trahison vécue et de ressentiment latent. Spinoza ne dit pas autre chose aux tenants des saintes écritures dont il respectent l'imagination des prophètes. Qu'importe l'établi, puisqu'il est déjà dépassé. Les crises ou prétendues transformations du capitalisme sont en fait appliquer par des fonctionnaires de l'austérité qui maintiennent à dessein la non-usure des rendement de la rente étant donné la baisse tendancielle du taux de profit (qui au passage chez Marx s'entend en deux sens).

En terme de métabole, c'est-à-dire de mise en tension des polarités, restons impénitents, persistons, c'est là que le jus passe. Si vous vous mettez à placer de l'humour dans vos textes et à laisser le lecteur conclure vous verrez ceux-ci seront contagieux car le rire casse la mécanique plus encore qu'il ne naîtrait de l'interruption du mouvement mécanique.

Dis autrement, l'incongruité apparaît quand Frédéric Lordon loue l'une des rares fautes de raisonnement, de la "figure tutélaire" qu'est Spinoza, dans le traité politique, telle que relevée par Ivan Segré, lui qui vante dans La société des affects, l'hétéronomie qu'énonce Spinoza.

Bref, on peux être un ami de Spinoza, tout en ne partageant ni les prémisses de sa pensée, l'artefact nécessaire de la substance (sauf revue par Loraux), ni sa décadence affective. Sans doute cela paraît-il dur, mais c'est au contraire l'apprécier, non le juger, c'est-à-dire pouvoir embrayer sur ses traits de pensée par désaccoutumance forcenée à l'idéalisme (en les faisant ressortir), par sa propre idiosyncrasie, sa casuistique de l'égoïsme, sa diététique âpre à l'affaire, bref ne rien lâcher.

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